lundi 21 mai 2018

CHARLY, DIAS DE SANGRE (1990)



Charly est un solitaire introverti, continuellement traumatisé par la mort de son frère survenue quand tous deux étaient adolescents. Son paternel, un flic un peu à la masse, demande au meilleur ami de l'ado, Dani, d'emmener son fils dans une ancienne demeure familiale qu'il tient à sa disposition.
Le gazier se dit que si Dani pouvait trouver une donzelle à Charly, cela permettrait au binoclard de sortir de la triste monotonie dans laquelle il s'est enfermé. En compagnie d'un autre pote et de trois belles plantes, ils s'en vont donc passer un week-end qui s'annonce d'ores et déjà torride : l'ultra-poumonnée Sandra jette son dévolu sur Charly, laissant le champ libre aux deux autres couples pour forniquer en toute tranquillité.
Seul petit souci : constamment hanté par le décès tragique de son frangin, Charly se transforme chaque nuit en ersatz de Freddy Krueger dont le passe-temps favori consiste à démastiquer du jeune con.


Le cinéma fantastique argentin peut souvent cacher d'excellentes surprises, suffit de mater la trilogie Plaga Zombie pour s'en convaincre.
Mais il peut aussi nous pondre des trucs totalement improbables, prompts à marcher dans les pas des productions les plus fauchées voire de flirter avec l'amateurisme le plus désarmant. Bien que mis en boite par un fameux réalisateur, Carlos Galettini, Charly Dias de Sangre fait partie de cette seconde catégorie. Après une séquence d'ouverture où trois charmantes demoiselles se savonnent les roploplos dans une baignoire tout en ricanant comme des cruches et ce avant de se faire écharper par un rôdeur, le film nous présente le père de Charly, chargé d'enquêter sur la boucherie.
Devant le trio de macchabées alignés devant lui il balance à son comparse un "J'ai horreur des malfrats" qui, telle une grosse fiente terminant sa course sur la tronche d'un vacancier allongé sur une plage, vient annoncer d'entrée de jeu le ton donné au moyen métrage (71 minutes en tout).
Pourtant interprété par un comédien argentin chevronné (Norman Briski), le fonctionnaire, visiblement sois sous acide soit adhérent aux alcooliques anonymes, fait preuve d'un comportement hallucinant quand il convoque l'un des copains de son fils pour lui faire partager les inquiétudes qu'il éprouve vis à vis de Charly. Gesticulant dans tous les sens, tenant des propos à la limite du compréhensible, il n'hésite pas à suggérer à son invité la nécessité de payer une fille si cela peut permettre à son gosse de tirer un coup. Surement qu'il juge cela bien moins onéreux que de raquer pour une bonne thérapie. Et de poursuivre la conversation dans ses chiottes alors qu'il est pris d'une furieuse envie de pisser ! Du grand art.

"- Tu vois Dani, faut vraiment que tu fasses quelque chose pour Charly.
Dégote-lui une gonzesse, parce qu'à part se tripoter la nouille à longueur de journée ça va pas chier loin.
Je sais plus quoi faire avec lui, j'ai l'impression de pisser dans un violon.
- Ouais ben là c'est sur vos pompes que vous pissez."

" - Alors j'aimerais que tu te débrouilles pour que le môme évacue un peu la pression, si tu vois où je veux en venir.
- Et moi j'aurais aimé que vous vous soyez lavé les mains avant de me tripatouiller la ganache."

Dés l'arrivée des six ados à la maison de vacances, le film sombre alors dans un mélange de sexe softcore et de scènes tournant autour de liaisons compliquées à la "je t'aime moi non plus. Comment le pauvre Charly (Fabian Gianola, l'un des seuls du lot qui poursuivra une carrière dans la comédie) peut-il rester à ce point insensible devant la plantureuse Sandra (la bombasse Julieta Melogno) qui ne cesse de lui faire du rentre-dedans ?
La pauvre ne voit-elle pas que le gazier a véritablement un pet au casque pour refuser à ce point ses avances ? On veut bien lui trouver quelques circonstances atténuantes vu qu'il se sent coupable de n'avoir pu aider son frère aîné étant gamin, lequel périssait sous ses yeux dans un incendie, mais quand même... Hé mec, t'as vu cette paire ?! Bon, ne lui jetons pas la première pierre même s'il a la tête pour ça, il parviendra malgré tout à combler la belle... avant de fondre en larme et de la snobber dés le lendemain. C'est clair, Charly n'est pas net, et ses copains, bien plus occupés à culbuter leurs fiancées, n'en ont strictement rien à carrer.

"- Retourne-toi Charly, regarde les jolis ballons qui t'attendent.
- Ballons ? Bordel de m....., c'est le mois prochain que débute le Mondial !
Je file illico faire le plein de binouzes et de pizzas surgelées ! "

"Je hais ces connards de footeux."

Alors que le film ne dépasse jamais le niveau d'un drame télévisé épisodique pour ados, les protagonistes se révèlent plutôt sympathiques, et ce malgré l'interprétation hyper approximative des acteurs. C'est peut-être à travers cela que le film se démarque : ils ont beau être bêtes à manger du foin, tous ces jeunes bellâtres s'avèrent attachants au bout du compte. Autant dans certains slashers on a hâte que certains protagonistes insupportables passent à la trappe, autant là ça nous ennuierait presque qu'ils nous abandonnent. Surtout les filles, toutes très mignonnes et qui ne versent jamais dans la vulgarité gratuite (à part la blonde peut-être... et encore). Dés lors basculer dans un carnage prévisible aurait eu un impact majeur mais malheureusement les réactions de tout ce petit monde, alors que certains d'entre eux commencent à périr sous les coups de lardoir d'un Charly métamorphe, viennent tout foutre en l'air. Pourquoi Dani et son copain ne défoncent-ils pas la porte du grenier où le tueur s'est enfermé avec Sandra, préférant palabrer pendant des plombes, multiplier les allers et retours inutiles voire soigner leurs petits bobos jusqu'à ce que fatalement l'infortunée kidnappée finisse la gorge tranchée ? Jamais on n'a vu de personnages si peu soucieux du danger qui les menace ainsi que du bien-être de leurs camarades.

"- Sors du grenier et relâche Sandra, enfoiré ! Ou je te jure qu'on enfonce la porte ! 
- Ailleuh, je me suis mangé la porte avec la tronche ! 
- Ferme-la Dani, ou il va croire qu'on est des charlots."

"- Que de la gueule, bande de branquignols ! 
Z'aurez jamais les couilles d'entrer. Je vais la saigner la cochonne ! 
- Bouge pas, on va réfléchir à un plan et on revient !"

"- Bon alors on fait quoi Dani ?
- Je sais pas. Buvons un coup ça va surement nous rafraîchir les idées.
- Aaaaaaaah !!! Au secoooouuuurs ! 
- Elle peut pas la fermer elle aussi ? Ça m’empêche de réfléchir. Déjà que j'ai un mal de tronche phénoménal."

"- Tu m'étonnes, mon pauvre biquet, tu es tout écorché. Et tu t'es blessé au genou en plus. Ah là là...
Je reviens, je vais te chercher des pansements.
- Merci ma couille, je ne sais pas ce que je ferais sans toi."

"- Bon les connards, ça va durer longtemps vos conneries ? Je vais pas passer la nuit dans le grenier moi.
- Non mais attends, t'as pas vu la balafre que je me suis faite. Aie, ça pique bordel !
- Et puis merde, je vais zigouiller la brunette puisque c'est comme ça."

A bien y réfléchir, ce sont probablement les éléments horrifiques qui coulent le métrage. Mis à part le massacre des trois filles au début, Charly, Days Of Blood (titre anglais) rame un maximum pour entrer dans le registre du film d'horreur après 45 minutes sans une once de violence.
Galettini use et abuse des ralentis et des zooms, incruste ici et là des chats invisibles qui miaulent agressivement autour de la baraque, tentent de brouiller les pistes quant à l'identité du psychopathe avant de lâcher l'affaire et de nous révéler que c'est bien Charly qui découpe du quidam.
A se demander si le réalisateur ne se sent pas carrément forcé de transformer son oeuvre en drame sanguinolent. Un peu comme si au bout de trois quarts d'heure il avait oublié quel genre de produit il était censé livrer et qu'en apercevant le temps restant se dépêchait de corriger le tir en butant illico presto la quasi totalité de son casting.
Le pire c'est qu'il n'y a absolument aucune tentative de lier le côté slasher au reste du film et ce dans un quelconque cadre logique. Qui est le tueur au visage de bacon ? Est-il le fantôme du frère de Charly qui aurait investi le corps de ce dernier ? Ou alors un dédoublement de personnalité façon Jekyll et Hyde du jeune homme ? Et si tel est le cas, pour quelle raison ? Et quel est le lien avec le triple homicide en ouverture ? En quoi cela est-il lié au reste de l'intrigue ? C'est quoi ce bordel avec ces matous dingos ? Le père de Charly, en pleine crise d'on ne sait pas trop quoi à la fin du film ne serait-il pas au courant de tout ce foutoir ? Que des questions dont visiblement tout le monde sur le plateau semble se foutre.

"- Désolé ma belle, ça fait 5 heures que je poireaute, j'en ai ras-le-bol.
Tes potes sont en train de picoler devant un match de foot... pas que ça à foutre, moi !
- Empaffés de footeux !"

Mais au final est-ce important si rien ici n'a de sens logique ou narratif ? Non, pas vraiment, car Charly, Dias De Sangre est un film de commande tourné en quelques jours surement et avec pour seul décor une grosse baraque et son jardin. Après tout ce n'est qu'un énième DTV, il n'a pas de réelle motivation artistique ou de désir d'être pris au sérieux. Il offre exactement ce que les fans d'horreur voulaient à l'époque en louant impulsivement une cassette au vidéoclub du coin : passer un moment peinard sans trop se prendre la tête. Et il y arrive d'ailleurs plutôt bien malgré son manque flagrant de violence, ses mouvements de caméras anarchiques, ses dialogues au ras des pissenlits et sa musique Bontempi. Il ne restera certes pas dans les mémoires mais parvient, on ne sait pas trop comment, à capter notre attention sans jamais nous entraîner dans les bras de Morphée.
Peut-être est-ce dû à tout ce cortège quasi constant de blagues foireuses et de poitrines exposées ?
On notera quand même quelques morceaux intéressants : Sandra, que le spectateur pressentait comme la Final Girl de rigueur et qui avait survécu plus longtemps que prévu est brutalement assassinée, l'absence de happy end et des maquillages bien cradingues. Charly Dias de Sangre n'est ni bon ni mauvais, il se laisse regarder mais ne comblera certainement pas tous ceux qui furent élevés aux Vendredi 13, Halloween et compagnie...
Les filles sont belles, les mecs trépanés ou sous acide et le film a la décence de ne pas s'éterniser des plombes... c'est déjà pas mal pour un petit truc torché à l'arrache.

C'est le copain Petertaste qui m'a gentiment offert ce truc bien fendard, via un VHS Rip qu'il a lui-même sous-titré.
Un énorme merci à lui car comme d'habitude il a fait du super taf . N'hésitez pas à le contacter si besoin est.

4 commentaires:

  1. Quelle chronique, pile poil dans le mille...... enjoy the movie et merci du relais

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  2. Merci pour ce film,merci Petertaste pour le travail fourni!

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  3. Merci pour ce post et aussi à Mon Pote pour la TRAD :) fait un bail ^^

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