vendredi 15 décembre 2017

PLAGA ZOMBIE : REVOLUCION TOXICA (2011)


Bill, John et Max ont fini par découvrir l'horrible vérité qui se cachait derrière la peste zombie : les aliens n'avaient jamais projeté de transformer les terriens en morts-vivants afin que ces derniers s'entretuent pour leur laisser le champ libre. En réalité le stade décrépi et purulent des cobayes n'était que symptomatique d'une gestation en cours à l'intérieur de leurs corps. Une fois arrivées à maturation, les carcasses s'ouvrent littéralement pour libérer un nouvel envahisseur extra-terrestre. Les trois copains mettent alors au point un plan astucieux afin de stopper le vaisseau-mère ennemi avant que celui-ci ne se décide à aller infecter une autre ville: Max devra capturer un zombie et le bourrer de poudre à canon avant qu'il ne soit récupéré par l'engin spatial que Bill et John auront préalablement localisé. Mais si sur le papier tout cela parait simple, la réalité va très vite leur rappeler que rien ne se fait sans effort : Bill aura maille à partir avec un agent du FBI belliqueux afin de récupérer un radar à aliens, John, privé de sa force spectaculaire suite aux effets dévastateurs d'un rayon tracteur s'engagera dans une véritable quête pour redevenir celui qu'il était, et Max s'éprendra malgré lui de Junior, le sympathique mort-vivant qui doit lui servir de cheval de Troie.

Dix ans séparent Plaga Zombie Zona Mutante de Revolución Tóxica. Dix longues années pendant lesquelles les comparses de Farsa  n'ont pas chômé un seul instant, accumulant les productions à succès, chacun d'entre eux jouant tour à tour le rôle de metteur en scène, d'acteur ou de scénariste. Leur renommée n'est désormais plus à faire et leurs budgets un peu plus confortables, même si loin d’être mirobolants, leur offrent toujours plus d'opportunités. Ils auraient pu facilement mettre de coté la franchise Plaga Zombie mais ces p'tits gars n'étaient pas du genre à laisser tomber les nombreux fans qui réclamaient à corps et à cris la suite des aventures de Bill Johnson et compagnie. En 2001 ils avaient promis de réaliser un jour ou l'autre un troisième et dernier épisode, histoire de finaliser l'intrigue entamée en 1997; en mars 2008 leur parole est tenue, la Révolution Toxique est officiellement lancée. Le tournage aura lieu à Buenos Aires et le film sera définitivement bouclé en mars 2012, le temps à Pablo Parés et Hernán Sáez, de nouveau derrière la caméra, de peaufiner leur bébé et d'en faire l'opus le plus abouti visuellement. Il est loin le petit truc amateur  de la fin des années 90, mis en boite avec deux copecks et quelques pâtisseries en guise d'effets spéciaux, Farsa Producciones pond désormais des produits capables de rivaliser voire de surpasser des bobines vingt fois plus friquées.


Le long-métrage débute quelques minutes après la fin du précédent opus : Bill, John et Max viennent de faire la lumière sur la mystérieuse peste zombie et, pour avoir subtilisé un bouffeur de cervelle sur le point d’être récolté, sont poursuivis par le gigantesque vaisseau-mère alien.
A l'aide d'un faisceau tracteur l'appareil tente d'embarquer le colis transporté par John et finit par y parvenir après avoir carrément pompé toute la musculature du cowboy. Une combine astucieuse pour expliquer en fait l'importante perte de poids subie par Sebastián "Berta" Muñiz depuis Zona Mutante. Pas toujours évident de mettre en boite une suite une décennie plus tard tout en essayant de faire croire qu'elle se déroule à la même période que la précédente.
On sait bien que nos acteurs ont  pris de la bouteille mais malgré tout l'illusion est parfaite, la transformation de John est plus que crédible et ses deux potes semblent ne pas avoir changé d'un iota. L'étude de leur personnalité déjà bien entamée dans le second opus atteint ici son paroxysme. Peut-être aux dépens de l'action non-stop auquel nous étions habitués diront certains et ils auront surement raison. Mais s'il est en effet plus calme que son prédécesseur, Revolución Tóxica n'est nullement ennuyeux et sait éviter les temps morts grâce à des situations toujours plus délirantes.
A bien y regarder on pourrait même découper le film en trois genres via les croisades respectives des personnages principaux : ainsi si les mésaventures de John ont tout du drame psychologique, celles de Bill s'orientent manifestement vers l'action; Max de son coté incarnant le coté purement comique.

"- Pas de pleurnicheries, je t'avais prévenu que si tu bouffais encore un voisin je te mettais à la diète.
- Gné gné gné gné bleuarrrghhh !
- Comment ça, c'est pas toi ? Et la tête de la vieille mère Tapdur que j'ai retrouvée sous ton lit ?
Te fous pas de ma gueule ! A partir d'aujourd'hui c'est pâté pour chien et puis c'est tout !"

"Et le Yorkshire de la vieille qui sèche dans ton armoire, tu vas me dire que tu n'y es pour rien non plus ?
Allez hop, privé de jeux vidéo pendant un mois ! De toute façons "Zombies Ate My Neighbors" c'est pas bon pour toi !"

Parés, Sáez et Soria, tous trois à l'origine du scénario, savent définitivement où ils vont et éliminent ce petit coté brouillon auquel ils nous avaient habitués jusqu'à présent. Fini les querelles puériles entre les personnages, leur amitié prend ici toute sa valeur et les fait reconnaître pour ce qu'ils sont vraiment : des héros. Et puisqu'on parle de Soria, le lascar abandonne la simple figuration pour enfin trouver un rôle important dans la saga: celui de Junior, le zombie verdâtre mangeur de sucettes de Zona Mutante et qui devient ici ce fameux "zombie de Troie" que veut construire Max.
A l'image du Bub du Jour des Morts-Vivants, Junior est le seul monstre "gentil" du film; une créature répugnante au visage jovial qui s'exprime par borborygmes et que son supposé tortionnaire finit par considérer comme son propre fils à force de le côtoyer.
Rôle plus conséquent également pour le cinquième larron de chez Farsa, Walter Cornás dans la peau de l'agent fédéral Jack Taylor, tête de nœud hautement entraînée au combat qui va donner pas mal de fil à retordre à Bill. Façon Monthy Python, chacune de leur confrontation se terminera par un nouvel estropiage du bonhomme. A noter également le retour du frangin de Pablo Parés, Diego, qui incarnait Willie dans le premier épisode.
Toujours dans le rôle du manager de John, il revient à son tour d'entre les morts pour filer un coup de main à son vieux pote et le remettre sur les rails après le coup dur que lui ont infligé les envahisseurs d'un autre monde. Mais est-ce vraiment lui ?


Tout comme ses grands frères, Revolución Tóxica combine le meilleur des B' Movies, les productions bas du front, gores, autogérées et au final créées pour n’être que de purs divertissements, allusions intelligentes aux grands classiques du cinéma de genre (voir cette fois-ci un hommage direct à Terminator avec ces hideux cyborgs travestis en agents fédéraux où à Rocky via l'entrainement intensif de John pour redevenir maousse costaud). Face aux œuvres étrangères qui s’intéressent au thème du mort-vivant le plus sérieusement du monde, le plus souvent sur un ton paranoïaque ou maladif, la saga Plaga Zombie est surement la première du genre à aborder la question comme une bande dessinée, voire une parodie féroce, toujours truffée d'excellents effets cradingues, d'amputations et de mutilations en tous genres.
Revolución Tóxica ne déroge pas à la règle et respecte à la lettre près le style et l’esthétique de ses prédécesseurs, même si, comme je l'ai déjà dit, il est moins frénétique dans sa construction. Rassurez-vous il comporte son lot de dégueulasseries bien allumées. On ne compte plus les membres arrachés, les coups de pompe qui défoncent les cages thoraciques, les geysers d'hémoglobine, les organes vitaux extraits à mains nues et recyclés en armes létales, les lames de taille-haies maniées comme des tronçonneuses.... L'amateurisme des premiers films made in Farsa a laissé place à des maquillages, certes toujours faits maison, mais extrêmement élaborés et cinquante mille fois mieux foutus que les merdasses en CGI du moment.
Suffit de voir le soin apporté à l'animation des aliens ou de leur gigantesque astronef ; difficile de se dire en constatant tout cela que la péloche a été entièrement autofinancée.

"Yeeeeaaahhhh !!! C'est le moment de jouer à 'Charcle un max de zomblards' !
Celui qui amasse le plus de barbaque en une minute se fait payer à bouffer par les autres !
C'est partiiiiiii !!!!!"

"Yaaaaaaaahhh ! Quel panard !"

Armés d'un admirable autodidacte perfectionné au fil des années, les membres de Farsa Producciones, plus créatifs que jamais et à la plus grande joie de tous les disciples de la franchise Plaga Zombie, terminent donc en beauté via une ultime bataille apparemment inégale entre leurs trois héros et les hargneux envahisseurs grisâtres à l'origine de la peste zombie. Et en guise de cadeau d'adieu ils nous offrent "le" moment culte de toute la saga : encerclés par une horde de mutants enragés, Bill, John et Max afin de distraire ces derniers le temps qu'ils soient suffisamment "murs" pour être embarqués par le vaisseau-mère en orbite au dessus de leur tête (et qui leur permettra par la même occasion d'y introduire leur fameux Zombie de Troie) leur chantent une chanson qui restera dans les anales. Vous vous souvenez du sympathique thème sur West dans Zona Mutante ?
Eh bien oubliez-le, il est minable en comparaison de l'incroyable Plaga Zombie The Musical, un titre dément, hyper entraînant et que vous ne pourrez plus vous sortir de la tête une fois entendu. Un mois après avoir visionné le film je me surprends encore aujourd'hui à le fredonner.
C'est aussi ça le label Farsa, un savoir-faire indiscutable non seulement sur la réalisation et les effets spéciaux mais également sur la composition de délicieuses bandes originales. Mais par dessus tout c'est l'histoire d'une bande de copains soudés, partageant une même passion, et qui savent se serrer les coudes en cas de coups durs. La preuve en est l'hommage que décerne le plan d'ouverture de Revolución Tóxica au responsable de la photographie Diego Echave, décédé subitement en 2011 et qui interprète également dans le film le colossal zombie catcheur que John affronte sur le ring.


Prestations impeccables, mise en scène intelligente, photographie splendide, montage au poil, bande son géniale, humour savamment dosé et effets spéciaux au top, Plaga Zombie Revolución Tóxica clôt avec maestria une aventure débutée en 1997. Un moyen métrage fauché mais réalisé avec amour, passion et ingéniosité aura permis à une bande de copains de percer alors que tout était contre eux, le cinéma horrifique n'ayant jamais été vraiment reconnu dans leur pays d'origine. De quoi furieusement nous donner envie de jeter un coup d’œil à l'intégralité de leur travail.
D'ici là on se contentera de cette trilogie hyper fun, c'est peu mais en même temps beaucoup vu que les œuvres argentines qui arrivent à foutre un pied sur le sol français se comptent au final sur les doigts de la main.
Pour ceux qui ont Netflix vous pouvez y trouver actuellement la dernière réalisation de Pablo Parés, le démentiel Daemonium que je vous recommande chaudement. Un délire sous acide complètement dingue avec des effets spéciaux toujours aussi impressionnants. Si  vous aimez les bastons non-stop entre soldats et démons dégueulasses alors n'hésitez pas une seconde. 
Dernière petite info pour tous les fans de la peste zombie argentine : une pseudo suite purement américaine réalisée par un certain Garry Medeiros est actuellement en postproduction. Même s'il sera difficile de rivaliser avec la trilogie originale, Plaga Zombie Invasion USA s'annonce toutefois sous les meilleurs auspices, Sáez, Parés et Muñiz y faisant même une petite apparition.
  




FARSA PRODUCCIONES
Walter Cornás, Pablo Parés, Hernán Sáez, Paulo Soria et Sebastián "Berta" Muñiz

14 commentaires:

  1. Ah ben voilà le mot de la faim, merci à toi pour le boulot de trad, je m'en vais découvrir ça de ce pas, j'avais bien kiffé les autres, j'ai même le dvd de chez Uncut ;-)

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    1. Tu verras ce dernier épisode est vraiment très sympa. Je me demande même si je ne le préfère pas aux autres.

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  2. Un big merci Jack Hatchet pour ce troisième volet ;)
    Passes de bonnes fêtes de fin d'année.

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  3. Ah, chouette, on l'attendait avec impatience cette traduction!
    Les 2 premiers sont vraiment bien sympas, donc place au 3éme.Merci pour la trad, le partage, la bo...

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  4. merci pour cette exclue comme d'hab quoi! :))

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  5. Merci Jack pour ce troisième volet que je vais découvrir avec plaisir.

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  6. Merci bien pour les sous-titres, j'adore cette trilogie.

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  7. Bonne rasade de rire et de sang en perspective ! merci Camarade !!

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  8. Merci Jack Hatchet pour cette trilogie A+

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