mardi 11 avril 2017

HOUSE OF CLOCKS (1989)



Aujourd'hui dans la catégorie "les machins perdus et oubliés du bis transalpin" nous allons encore une fois revenir sur la triste période de la fin des eighties, quand le cinéma italien agonisait comme un gros lamantin asthmatique échoué sur une plage de l'adriatique, passant la main bien malgré lui au petit écran. En ces temps pas si lointains, la télévision prenait peu à peu le contrôle du septième art, récupérant du même coup tous les grands artisans du milieu. C'est comme cela que deux d'entre eux, Lucio Fulci et Umberto Lenzi, furent engagés par Reteitalia afin de mettre chacun en scène une paire de téléfilms destinés à être réunis sous le titre de Le Case Maledette (alias House of Doom en anglais). Pour la chaîne le concept est simple : il s'agit de confectionner une minisérie calquée sur les Brivido Giallo de Lamberto Bava mais en supprimant le ton ironique propres à ces derniers et en insistant sur le coté surnaturel, les meurtres violents, la vengeance, etc...  Ni une ni deux Fulci signe La Casa Nel Tempo et La Dolce Casa Degli Orrori tandis que Lenzi accouche de La Casa Del Sortilegio et La Casa Delle Anime Erranti, le tout étant destiné à être diffusé sur Reteitalia fin 89.
Mais là... horreur, malheur ! Après visionnage les quatre films sont jugés bien trop violents pour passer à l'antenne et se retrouvent illico au fond d'un placard. Afin de rentabiliser un tant soit peu les coûts de productions ils sont vendus au marché international de la vidéo et sortent incognito dans des pays comme le Japon, mais même comme ça ces bobines n'obtiennent pas une grande notoriété et sont vite catégorisées comme étant ce que Fulci et Lenzi ont fait de moins bon dans leur carrière. Elles retomberont dans l'oubli jusque dans les années 2000 avant de réapparaître au format DVD chez nos voisins anglo-saxons, désireux visiblement de combler d'extase les admirateurs les plus acharnés des deux metteurs en scène italiens.
Ces fans de la première heure avaient-ils raison de demander si ardemment la sortie des Case Maledette ?
Presque 30 ans plus tard et alors qu'elle est toujours inédite en France, la série est-elle digne que l'on y jette un petit coup d'œil ? Grâce à la toile, les trucs en question sont désormais facilement dégotables et vont nous permettre de voir s'ils sont au mieux de sympathiques séries B (ou Z) ou au pire de sombres étrons qui avaient bien mérité de dormir dans un tiroir durant toutes ces décennies.

"- Allez hop, au pieu le merdeux !
- Ma chère Sara, j'ai l'impression que vous commencez à devenir gâteuse, 
ce n'est pas vraiment ce que ce jeune homme voulait quand il nous a demandé une chambre pour la nuit."

Dans une somptueuse villa perdue au cœur de la campagne italienne vivent Vittorio et Sara Corsini (excellents Paolo Paoloni et Bettine Milne), un couple d'anciens qui coulent des jours heureux, se dédiant entièrement à leur collection de montres et horloges en tous genres et au jardinage.
Deux petits vieux à première vue tout ce qu'il y a de plus normal.... seulement à première vue. En réalité ils cumulent un troisième hobby : l'élimination systématique de ceux qui n'iraient pas dans leur sens. C'est comme ça qu'ils se sont déjà débarrassés de leur neveu et nièce après leur avoir enfoncé un énorme clou dans la gorge. Y'a surement plus simple pour flinguer quelqu'un mais bon, passons... Vittorio et Sara conservent les corps qui commencent sérieusement à schlinguer au fond d'une chapelle et les bichonnent jour après jour en leur tartinant la face de maquillage histoire de masquer la décrépitude. Et quand leur dernière femme de chambre exprime le désir de changer d'emploi, madame Corsini, imperturbable et toujours souriante, embroche la pauvre donzelle sur un pieu avant d'entamer fièrement un petit pas de danse pour fêter ça. Son jardinier borgne (le toujours barbu Al Cliver), lui, s'occupera comme d'hab d'enterrer le corps dans le jardin. Pourquoi tant de haine envers son prochain ?
Pourquoi refroidir sa propre famille ? Quel est donc ce sinistre secret abordé par la boniche avant qu'elle ne casse sa pipe ?
Inutile de chercher, les réponses ne vous seront jamais données.

"Cette fois j'en ai assez, espèce de vieille bique.
Vu que vous avez refusé de m'augmenter, j'ai décidé d'aller tout balancer aux flics.
Terminé les cultures de cannabis, vous irez faire du tricot en zonzon."

"- Ça c'est bien dommage Gertrude, vous étiez d'une grande aide à la maison.
Et je crois d'ailleurs que vous pouvez encore l'être. J'ai justement besoin d'engrais et....
- Que dalle ! Vous irez vous l'acheter vous même votre engrais de m...."

"- Ouaarrghhhhhhhhh !!!!
- Vous m'avez mal comprise, Gertrude, l'engrais je l'ai déjà sous la main. Hi, hi, hi !"

On quitte ensuite nos deux vieux barjots pour retrouver Sandra, Tony et Paul, trois petits malfrat toxicos qui projettent de cambrioler la demeure des Corsini. Trois petites crevures qui accumulent les larcins et ne semblent avoir de pitié pour personne. Après avoir volé une bagnole, dévalisé une épicerie dans une scène qui rappelle furieusement celle qui ouvrait Une Nuit au Cimetière de Bava Jr (d'ailleurs le commerce semble être le même) et enfermé un chat dans un sac en plastique pour le voir crever, les lascars pénètrent chez les deux ancêtres et les braquent avec un pistolet factice. Malheureusement le jardinier vient s'en mêler avec son fusil de chasse et tout part très vite en cacahuète. Baston, coups de feu, cris, etc...
Bilan final : tous les résidents de la villa terminent les tripes à l'air ou le crane fracassé au grand dam de nos jeunes blaireaux qui s'imaginaient plier leur affaire le plus simplement du monde.
Et là, soudainement, les milliers de pendules, horloges, montres et sabliers fièrement exposés dans la casbah s'arrêtent à l'unisson avant de se mettre à tourner à l'envers, entraînant du même coup une sorte de distorsion temporelle dont ne semble même pas se rendre compte nos trois pieds-nickelés. Légèrement traumatisée par le massacre qui vient d'avoir lieu, la blonde Sandra s'en va forniquer avec Tony, se disant que c'est surement la meilleure façon d'oublier tout ce merdier. Paul quant à lui fouine à droite et à gauche jusqu'à ce qu'il se rende compte que les corps des Corsini et du jardinier ont disparu. Forcément, le fait que les horloges tournent en sens inverse a changé la course du temps; les choses se remettent en place dans la demeure et les morts, inévitablement, reviennent à la vie et décident de régler leur compte à leurs bourreaux.


A partir de là tout se complique et on perd vite le fil de l'histoire, le reste du film n'étant plus qu'un jeu du chat et de la souris où Sandra, Tony et Paul tentent de quitter une demeure maudite sans y parvenir. Des molosses surveillent l'entrée principale, certaines portes refusent de s'ouvrir, des macchabées fraîchement ressuscités sortent de terre pour chopper les guibolles de nos antihéros... bref c'est la débandade la plus totale ! Autant dire qu'on ne comprend pas tout avec ce merdier temporel qui ne semble s'appliquer qu'à certains personnages ou objets. On veut bien que les deux vieux et leurs larbins se régénèrent une fois que les horloges partent en sucette, mais pourquoi Paul, flingué après le début du phénomène, entame lui aussi une séance de remise en forme ? Parce que le temps remonte et ce quoi qu'il se passe ? M'ouais, peut-être. Mais dans ce cas les Corsini devraient s'en douter vu qu'ils ont l'air au courant des mystérieux pouvoirs de leurs babioles. Ainsi ils ne s'évertueraient pas à pourchasser les petits malfrats pendant des plombes pour les dessouder, non ? Ou alors ils sont gâteux, probablement. C'est même certain car ils auraient pu se douter que si eux-mêmes étaient capables de revenir d'entre les morts, il en allait être forcément de même pour leur neveu et nièce. Ces derniers une fois remis sur pied vont à coup sûr vouloir se venger de ceux qui les ont occis, c'était couru d'avance. Du coup, Fulci en profite pour alterner non-stop les rôles attribués à chaque personnage : les chasseurs deviennent proies et vice-versa. Et comme le maestro aime bien les chats noirs il donnera l'opportunité à celui étouffé par Paul and Co dans les premières minutes de clore définitivement l'histoire.

"C'est pas possible la poussière qu'il peut y avoir dans cette chapelle !
Vous ne trouvez pas, très chère ?"

"Je ne vous le fais pas dire. Qu'est-ce que ça sent le mort en plus !
Faudrait vraiment penser à aérer de temps en temps.
- Impossible. Rappelez-vous, nous l'avons fait la semaine dernière et les voisins ont menacé de prévenir les services sanitaires tellement ça fouettait."

House of Clocks, comme beaucoup d'autres films réalisés pas Fulci à la fin de sa carrière, est l'adaptation d'un script pondu par le metteur en scène dans la deuxième moitié des années 80, destiné à un format ne dépassant pas les 70 minutes. Le passage voulu par Reteitalia à celui d'une heure et demie est donc un véritable handicap pour le scénario retouché par Gianfranco Clerici et Daniele Stroppa, et contraint le pauvre Lucio à étirer autant que possible certaines scènes. Cela se ressent plus particulièrement dans toute la partie où nos infortunés cambrioleurs tournent en rond dans la propriété des Corsini sans savoir vraiment où aller ni quoi faire. Suffit de voir cette séquence où, alors qu'ils s'apprêtent à mettre les voiles après avoir occis tout le monde, les enfoirés voient le chemin d'accès jusqu'à leur véhicule bloqué par trois dobermans peu avenants. Et l'un d'eux de rétorquer face au danger "Nous n'avons pas le choix. Nous devons attendre qu'il fasse jour pour partir." 
Ooooh bande de buses ! C'est des clébards, pas des vampires ! Réveillez-vous et balancez-leur de la bidoche en espérant qu'ils tombent dans le panneau et vous laisse le temps de vous faire la malle ! Quoi ? Lucio dit que c'est pas possible parce qu'il y a encore une demi-heure à meubler ?
Ah ben dans ce cas-là, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?! De toutes façons ce trio d'ordures mérite de calancher, je défie quiconque d'éprouver une once de sympathie pour eux. Tony, la tête pensante (rien que là on rigole) interprété par Keith Van Hoven (premier rôle dans le Black Demons de Lenzi), reste impassible quelle que soit la situation, profitant de la moindre occasion pour tringler sa copine plutôt que d'essayer de comprendre ce qu'il se trame autour de lui. La copine en question c'est la chanteuse/actrice britannique Karina Huff qui ne tourna qu'en Italie et ce de 1982 à 1994. Mignonne mais pas futée, elle représente en quelque sorte le maillon faible du groupe même si elle ne fait rien pour empêcher les conneries de ses comparses. Le dernier, et pas des moindres, le blondinet complètement taré Paul, est campé par un gars qui nous avait déjà fait mourir de rire dans le Bloody Psycho de Leandro Lucchetti. Rappelez-vous ce fameux pranotherapeuthe sous acide qui arrosait copieusement de lait sa dulcinée dans une scène que l'on croyait tirée d'un porno bulgare. Eh oui, c'est bien de Peter Hintz qu'il s'agit, ici encore plus halluciné qu'à l'accoutumée, le bonhomme n'aimant visiblement pas les félins, ni les vieux, ni les borgnes...

"- Ouah, les potos, c'est vrai qu'elle déchire grave cette jaja ! T'en dis quoi, Sandra ?
- Ouais tu m'étonnes, j'suis complètement refaite. Et toi, Paul, tu vois encore la route après ce que tu t'es envoyé ?
- Ouais nickel, hé, hé,hé...
 Mais bon, font chier toutes ces otaries à traverser la route sans arrêt. J'vais finir par en shooter une."

Souvent dans ses films Fulci cherche à piéger le spectateur, à ce que celui-ci hésite quant au parti à prendre envers tel ou tel personnage; et dans La Casa Nel Tempo il faut bien reconnaître que nous sommes incapables de déterminer qui sont les bons et qui sont les méchants.
Quand Paul, Sandra et Tony abattent froidement Sara dans la salle à manger, notre cœur penche du coté des petits vieux, surtout après le geste désespéré de Vittorio qui se jette sur le corps ensanglanté de son épouse avant d'essayer de la venger... et de succomber à son tour. On sait que ces deux-là ne sont pas nets du tout mais on est touchés par l'amour qui règne encore entre eux. Logique dés lors que notre haine aille vers les trois fumeurs de chichons. Pour un instant seulement, puisqu'une fois les morts revenus d'outre-tombe, nous nous surprenons à espérer que nos tueurs en herbe parviennent à échapper au triste sort qui les attend. Qu'il était fort ce Lucio ! Lui qui, comme à son habitude, en profite pour nous balancer quelques savoureux effets gores à la gueule via d'excellents maquillages réalisés par Giuseppe Ferranti, un habitué de la barbaque à destination du gros bis qui tâche et qui œuvra sur toute une pléthore de classiques du genre : L'avion de l'apocalypse, Cannibal Ferox, Atomic Cyborg, Les Rats de Manhattan, etc.... Il est tellement bon le gazier que le film écope d'une interdiction de passage à la téloche, jugé trop dégueu pour le téléspectateur lambda surement plus sensible que le cinéphile de base (pfffff....). C'était bien la peine de se casser le cul pour en arriver là et le pauvre Giuseppe retiendra la leçon quand il bossera sur La Reine des Hommes-Poissons de Martino quelques années plus tard en ne faisant que le minimum syndical pour la confection des créatures amphibies, à savoir de banals masques de carnaval. Pourquoi se faire chier à concevoir une tunique intégrale pour un téléfilm si c'est pour que la censure vienne te casser les coglioni par la suite ?


 Alors faut-il perdre du temps à visionner ce House Of Clocks ?
Oui si vous appréciez le travail de Lucio Fulci avec son sens soigné de la photographie, une violence toujours aussi exacerbée, des effets spéciaux bien répugnants et une volonté manifeste de piéger le spectateur via des retournements de situations permanents et des personnages tous plus chtarbés les uns que les autres.
Et non si les films étirés plus que de raison pour entrer dans le moule voulu par la production vous exaspèrent, si les dialogues mous du genou vous remémorent les heures les plus sombres de la téléréalité et si le manque de logique ainsi qu'une construction qui part dans tous les sens vous rapelle qu'après avoir visionné un jour des machins comme L’étrange couleur des Larmes de ton Corps vous avez balancé votre télé par la fenêtre.
Maintenant faites comme bon vous semble, le film est dispo sur youtube (sans srt) ou en dvd (US ou UK) mais dites-vous bien que mater La Casa Nel Tempo sera toujours moins douloureux que de visionner l'autre péloche signée Fulci, La Dolce Casa Degli Orrori

video

Et un grand merci à Nicolas Hernandes pour nous avoir proposé sa trad du film.
Liens dispos dans les coms.

13 commentaires:

  1. Bah tu vois, j'avais un peu rien à cirer du film mais là, je le verrais bien après avoir lu ta chro! Joli caméo d'Isabelle Nanty en aussi!

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  2. merci pour cet inédit de lucio fulci

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  3. Cher oncle la première pierre de la Cinecittà est posée le 26 janvier 1936 par Benito Mussolini ....Grrrr!!!
    Il reste la façade mais comme beaucoup de studio transformé en loft pour bobo's sans maman depuis.
    Comme les studios Harcourt qui auraient du faire parti du patrimoine de l'O.N.U.
    Cette ceinture explosive implosera après le déluge....

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  4. J'avais traduit ce film, je peux réuploader le srt si besoin.

    La Dolce Casa Degli Orrori, c'est le seul Fulci que je n'ai même pas pris la peine de traduire, par respect pour Fulci. (j'ai pourtant traduit ses 3 comédies érotiques des années 70)

    A l'occasion, je me lancerai dans I Due della Legione Estranieira mais ça a l'air inquiétant

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    1. Merci pour ta proposition Nicolas. Tu peux en effet réuploader le srt si certains ont le courage de se lancer là-dedans. Et je comprends que tu n'aies pas eu le courage de te mettre à l'autre Casa du père Fulci, c'est assez laborieux.

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    2. Oui, l'autre est vraiment pas top. Et pourtant, j'ai même osé traduire les 2 téléfilms de Lenzi, pas top eux aussi

      Je réup House of Clocks dans la journée

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  5. bonjour pas de lien pour le film merci

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    1. Normal, le blog alterne films traduits par mes soins et simples chroniques. Pour House of clocks comme pour les autres case maledette ce ne seront que des chroniques. Nicolas Hernandes nous a quand même proposé de réuploader sa traduction. Merci à lui.

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  6. Choix éminemment sympathique comme cinéphiliquement généreux !
    J'avais vu, pour ma part, ce téléfilm en k7 italienne, celle qui était vendu en kiosque alors là-bas. N'ayant rien compris, je n'ai que très peu de souvenirs si ce n'est celle d'une réalisation soignée mais sans le souffle de ses films d'antan...

    Merci pour ce cadeau généreux bien qu'on ait un peu soupé des jeunes pris au piège dans une unité de lieu aux prises avec une malédiction hostile...

    Sinon, Curious Good a toujours la frite ! Bravo à toi !

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    1. Merci à toi, même si je n'ai plus autant de temps pour traduire des films, la sortie prochaine de notre fanzine m'accaparant pas mal.

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    2. Jack j'ai reconnu ta trogne! C'est toi qui fais un élevage de chats en-dessous de chez moi ! A quand le gueuleton ?

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  7. Voilà le lien, dvdrip 1,3 Go. Le srt, je n'ai fait aucune modif, il manquait quelques répliques que j'ai noté "???"

    http://www.multiup.eu/fr/download/a723c6297cb5655f204aa8c200a18fb5/house_of_clock-la_casa_nel_tempo.mkv
    http://www.multiup.eu/fr/download/b496d9eed4a1e1d0b78715b1f4adbc4d/house_of_clock-la_casa_nel_tempo.srt

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