jeudi 16 mars 2017

NOIRES SONT LES GALAXIES (1981)



La France et ses séries télévisées. On pourrait en parler des heures mais ce serait au risque de se tirer une bastos dans la caboche, surtout si on se décide à aborder le fantastique ou la science-fiction. Allez-y, citez moi un seul show franchouillard qui ait retenu votre attention ?  
Joséphine ange-gardien ? Qui a dit ça ? Le petit Jacques là au fond ? Le fan de Mimie Mathy ? Dégage vite avant que je m'énerve, vaurien !
Par chez nous en effet les séries se cantonnent principalement à conter les aventures mollassonnes de flics narcoleptiques ou ripoux, de magistrates appliquant la loi à la lettre (de la SF...vous croyez ?), d'experts au rabais ou de marseillais vivants apparemment dans une version parallèle de la cité phocéenne. De temps à autre apparaissent quelques incursions intéressantes mais au final force est de reconnaitre que la France est trop souvent incapable de produire de bonnes péloches en lien avec le merveilleux ou l'horreur, que ce soit sur le petit comme sur le grand écran.
Victime d'une malédiction jetée par une société coincée et hypocrite qui gerbe sur le genre tout en se vautrant quotidiennement dans les atrocités balancées par ses chaines infos, le fantastique ne semble être désormais destiné qu'à une tranche de dégénérés boutonneux tout juste bons à se fendre la poire ou a cracher sur les classiques du genre. Pourtant ce ne fût pas toujours le cas. Dans les années 70 et 80 les chaines hexagonales n'hésitaient pas à diffuser à des heures de grande écoute toutes sortes de productions singulières, sans se soucier de savoir si ces dernières pouvaient bien choquer le téléspectateur. On retrouve pêle-mêle des ancêtres de Mulder et Scully avec la série Aux Frontières du Possible en 1971, une Brigade des Maléfices parisiennes (1971 également), un homme mécanique auquel on a greffé le cerveau d'un condamné à mort (La Poupée sanglante en 1976), etc...
Jusqu'au 15 mai 1981, date à laquelle Antenne 2 (future France 2) sort une minisérie qui allait marquer les esprits : Noires Sont les Galaxies.


Si en 1965 le costard noir de Juliette Gréco dans Belphégor faisait méchamment flipper dans les chaumières, il en faut quand même plus au spectateur des années 80 pour être un tant soit peu impressionné. La faute principalement à un septième art qui à cette période n'hésite pas à fracasser tous les tabous instaurés; la violence explose les écrans, renforçant toujours plus la tolérance du cinéphile de base qui ne cesse d'en redemander.
On ne le dira jamais assez : les eighties c'était vraiment le panard ! Fortement influencé par L'invasion des Profanateurs de Philip Kaufman sorti un an plus tôt, Noires sont les Galaxies adapte en quatre épisodes d'une cinquantaine de minutes un scénario de Jacques Armand, lequel avait déjà bossé sur les dialogues de Belphégor et touche ici pour la première fois au domaine de la science-fiction. Daniel Moosman, habitué de ce format TV, passe derrière la caméra et les différents rôles sont confiés à Richard Fontana, Catherine Leprince, François Perrot, Catriona Mac Coll, etc....


C'est en sauvant la danseuse Coretta des griffes d'un tenancier de cabaret complètement psycho que Patrick, jeune interne d'hôpital, se retrouve mêlé à un trafic de cadavres. Mais quand il découvre quelques mois plus tard que les macchabées disparus sont revenus à la vie et qu'ils se baladent comme si de rien n'était au milieu des parisiens, il va se lancer dans une enquête qui le conduira au bord de la folie. Petit à petit Patrick réalise qu'une race extra-terrestre, les Exis, prend possession des morts et s'en sert tels des scaphandres pour vivre sur notre planète sans être incommodée par la pollution. Des êtres à première vue pas véritablement malveillants, mais menacés par une seconde espèce appelée Ninx qui elle, est bien décidée à conquérir notre monde et a posséder tous les êtres humains.
Eh oui, les Body Snatchers ne sont pas loin; et si nos envahisseurs se servent d'appareils importés de leur univers pour transférer leur conscience dans des dépouilles humaines, le coté "végétal qui fait mal"que l'on trouvait dans les chefs d’œuvre de Siegel et Kaufman est bien présent lui aussi.
Les Ninx, afin d'éliminer plus rapidement les Exis, leur font respirer une spore qu'ils ont ramené dans leurs bagages, spore qui se dépose dans l'estomac avant de croitre et de littéralement faire exploser les enveloppes charnelles. Le clin d'œil aux profanateurs chlorophylliens est flagrant, tout comme cette volonté du scénariste d'instaurer un univers hostile et malveillant où il est impossible de se fier à qui que ce soit. Ninx ou Exis, l'ennemi est partout, les jeunes héros Patrick et Coretta l'apprennent à leurs dépens et se retrouvent très vite isolés et contraints de se cacher. Ils seront secondés un certain temps par un couple d'Exis désireux de préserver le semblant de paix qui règne sur Terre, le couple Maubourdin (François Perrot, pointure du ciné frenchy, et la sublime Catriona Mac Coll sortie pour un temps des boucheries du père Fulci), mais celui-ci ne fera pas un pli face aux graines extraterrestres dispensées par les Ninx.


Si noires sont les galaxies, alors sombre l'est également l'atmosphère de cette minisérie. Villages désolés, usines désaffectées et demeures délabrées... une France qui d'un coté se meurt dans des campagnes quasi-désertes et qui d'un autre se complait dans l'insouciance la plus totale et dont la populace se comporte comme un troupeau de moutons déambulant béat dans les artères parisiennes ou sur les quais du métro.
Nul doute n'est permis face aux images qui nous sont proposées : nous sommes bel et bien dans les années 80, et bon sang qu'elle est loin cette époque représentative d'une certaine légèreté d'être, à mille lieues du stress actuel et des dangers permanents qui nous menacent. C'est surement pour cette raison que nos aliens ont choisi ce moment précis pour nous éradiquer, eux qui récupèrent une partie de l'intellect de leurs corps d'emprunt et qui auraient été bien emmerdés en 2017 avec le paquet de têtes vides qu'on se farcit désormais. A partir de là le script signé Jacques Armand semble anticiper de plusieurs décennies la bêtise humaine telle que nous la connaissons aujourd'hui, les paroles de Mme Maubourdin à Patrick trouvent dés lors tout leur sens :"Ce serait très beau la Terre si vous n'étiez pas là, vous les humains". On parle bien entendu d'écologie mais aussi de l'égo surdimensionné d'un être qui ne se rend même pas compte qu'il est en train de flinguer froidement son habitat naturel. Quoi de plus logique qu'il soit remplacé le plus vite possible par une race supérieure, laquelle, contrainte de quitter son monde manu militari, saura prendre soin  de sa nouvelle demeure. Renforcée par une musique jazzy et angoissante, l'ambiance est oppressante à l'extrême mais l'ensemble souffre du syndrome propre à toute production télévisuelle française:  la lenteur exaspérante de la narration. Sur les quatre segments il faudra attendre la fin du second pour que nous soit enfin révélée toute la vérité sur les agissements des Exis, et la conclusion du troisième pour découvrir la présence des Ninx sur terre.
Le rythme est mollasson, de nombreux passages trainent à n'en plus finir et pourrait achever le plus tolérant des spectateurs. Pourtant, bizarrement, impossible de rejoindre Morphée et de lâcher la série; on se dit "putain qu'est-ce que c'est long" mais on a hâte de découvrir ce que peuvent bien manigancer tous ces empaffés d'extra-terrestres aux yeux couleur argent.


Si François Perrot et  Catriona Mac Coll s'en sortent avec les honneurs, il n'en va pas de même pour le couple Fontana/Leprince dont le jeu plus qu'approximatif s'avère très vite irritant. Même si l'interprète de Coretta, malgré un laxisme désarmant lors de certaines scènes dramatiques, se débrouille quand même mieux que son comparse masculin. Fontana n'est pas un bon acteur, ça c'est certain ! Du moins pas devant une caméra.
Il excellait parait-il au théâtre avant de devenir sociétaire de la Comédie Française en 1983. Il poursuivra sa carrière sur les planches jusqu'en 1992, date à laquelle il disparaitra prématurément. L'avoir choisi pour tenir le rôle principal n'était pas le meilleur choix qu'ait pu faire le réalisateur. Exception faite du dernier épisode, on a constamment l'impression que le jeune Patrick ne prend pas toute cette affaire au sérieux et réagit souvent de manière illogique. Jeu très approximatif, sourire en coin permanent, le bonhomme est en parfait décalage face au drame qui se joue autour de lui. Mais ne lui jetons pas la pierre, le montage global du show n'est pas non plus exempt de tout reproche, on a souvent l'impression d'avoir "raté un truc" entre deux scènes. Le charme ringard de la télé franchouillarde en somme.


Qui dit science-fiction dit forcément effets spéciaux et qui dit effets spéciaux à la française dit "my god, mes globes oculaires ont explosé", surtout si l'on remonte plus de trente piges en arrière. Et pourtant, malgré les multiples lynchages que l'on peut lire sur le net à ce sujet, les SFX de Noires sont les Galaxies ne sont pas si mal foutus que ça. Pas nombreux certes mais très convenables. L'immense appareil extra-terrestre que Patrick découvre au fond d'un entrepôt désaffecté et qui sert à "remplir les cadavres" est d'excellente facture et son petit coté retro sympathique nous fait penser à l'intérieur du vaisseau des frangins Bogdanoff dans Temps X. Les monstrueuses plantes qui croissent à l'intérieur des corps humains sont, elles, le petit plus "choc" qui a dû marquer le spectateur des années 80. Les prothèses en latex représentant des thorax, desquels surgissent les énormes lianes verdâtres, font parfaitement illusion. Tout comme cette scène surprenante quand l'arrière d'un véhicule en pleine circulation explose sous la croissance accélérée des végétaux. A se demander si ce n'est pas Noires sont les Galaxies qui a donné envie à nos voisins britanniques de mettre en branle le plus rapidement possible l'adaptation télévisée du roman The Day of the Triffids de John Wyndham (et qui sortira l'année suivante).


Privilège suprême d'une télévision qui en ce temps-là ne se souciait pas encore de ses prudes spectateurs : l'absence de happy end.
Une nouvelle fois calqué sur L'invasion des profanateurs, le final de Noires sont les Galaxies ne cherche pas à épargner ce veau qu'est le terrien. Patrick, tel Kevin Mc Carthy ou Donald Sutherland qui avant lui tentaient d'alerter un monde incrédule que l'invasion avait déjà commencé, se retrouve seul, désarmé et très vite moralement abattu quand il constatera que les Ninx sont tout prêts du but. La séquence dans le métro lors des ultimes minutes est un petit bijou d'angoisse qui vient sceller définitivement le destin des humains.
Noires sont les galaxies... encore plus l'est l'avenir de l'homme. 


Pour visionner cette minisérie il faut donc être d'une tolérance à toute épreuve envers les réalisations d'époque de la télé française: les images sombres et cradingues, les acteurs pitoyables, les dialogues au rabais et la pénible lenteur du récit. Le mieux est encore d'écarter toutes ces tares et de se concentrer sur l'intrigue en elle-même, de se dire que de nos jours les chaines hexagonales sont incapables de produire des trucs aussi gonflés ou les corps humains pètent telles de grosses baudruches sous l'action de plantes extra-terrestres un peu trop envahissantes.
Peu rediffusé sur les petits écrans, Noires sont les galaxies est désormais disponible en coffret 2 DVD depuis février dernier, éditée par Elephant Films, l'une des boites incontournables du moment pour nous avoir déjà offert tous les Universal Monsters restés inédits par chez nous (et pas que...).
Même si l'image peut paraitre parfois un tantinet trop sombre, l'ensemble reste parfaitement regardable et le format 4/3, incontournable de ce type de production, accentue d'autant plus le coté nostalgique du show... enfin pour ceux qui ont eu la chance de le mater sur Antenne 2 à l'époque. Après tout, vu la rareté du machin et son petit coté "OFNI made in France", il serait dommage de faire la fine bouche. Alors remercions le pachyderme et filons lui acheter un gros sac de peanuts !


video

11 commentaires:

  1. Que de nostalgie pour ceux qui connurent sa diffusion en mai 1981. En tout cas, bravo ! C'est certainement le meilleur article que j'aie jamais lu sur cette série qui, malgré ses défauts, exerce sur moi aussi une fascination indéniable.

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  2. Purée, cette série, je l'avais vu lors de sa première diffusion. J'avais 6 ans à l'époque et jusqu'à ce jour, pas moyen de me rappeler le titre, il ne me restait que quelques souvenirs (les plantes qui sortent du coffre de la voiture et les yeux brillants).
    Merci pour cet très bon article et pour part, je m'en vais de ce pas me commander le dvd.

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  3. Depuis le temps que je cherchais cette série. Je ne me souvenais plus du titre.
    Merci.

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  4. Dans le même genre il y a eu aussi Les visiteurs que j'avais beaucoup aimé à l'époque

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  5. Un très bon article pour une très bonne série. Comme Dygenguar, je ne souvenais que de certains passages, même si je devais être un peu plus vieux que lui, ça m'a marqué longtemps. Excellente initiative ce dvd.

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  6. Série créé par le ZBOUB! ;)

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  7. Moi je me rappel d'une série fantastique milieu 80 bien de chez nous (ta gueule Marine!)
    enfin plutôt (pas le chien à Mickey) d'un épisode où une famille était emmuré dans leur baraque filmer comme un 8 clos et à la fin il y avait un zoom qui nous montrer que c'était une maison de poupée.
    Peux-tu mon tonton adoré me trouver le titre de cette série?

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    1. No problem. Il s'agit de la série Hammer House of Mystery and Suspense alias Histoires singulières en France. L'épisode en question s'intitule Jeu d'enfant.

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  8. Personnellement je n'est pas de nostalgie car je découvre cette série.
    En tout cas le coffret DVD me plais bien je pense qu'il fera partit d'un de mes prochains achats un grand merci pour ton article.

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