vendredi 24 février 2017

KILLJOY (2000)



Il ne fait pas bon être un jeune étudiant tout benêt quand on vit dans un quartier chaud de L.A. C'est ce qu'apprend à ses dépens le pauvre Michael, lui qui chaque jour bave comme un puceau devant la splendide Jeda et qui sert de souffre-douleur à toute une bande de lascars hargneux pas franchement portés sur les études. Lorenzo, le chef du gang et également boyfriend officiel de Jeda, ne supporte pas qu'on vienne marcher sur ses plates-bandes; aussi avec ses copains crétins T-Bone et Baby Boy décide-t-il de donner une bonne leçon à son rival. Malheureusement à force de jouer avec de grosses pétoires sans savoir s'en servir, le petit caïd refroidit par mégarde Michael qui, une fois dans l'au-delà va passer un accord avec un genre particulier de démon : le clown maléfique Killjoy, spécialisé dans la vengeance d'outre-tombe. Un an plus tard, le croque-mitaine rigolard débarque donc dans la téci ricaine pour se débarrasser de la bande à Lorenzo.

"- Yo, ma couille ! C'est moi que j't'ai appelé, alors bouge ton boule et va m'niquer tous ces fils de p....
- Et qui est donc l'infortuné que je dois occire ?
- Zyva, qu'est-ce tu jactes ? J'te d'mande juste de buter des bâtards !"

Les internautes qui viennent régulièrement faire un petit tour sur ce blog le savent très bien, ici on adore les conneries produites par Charles Band.
Que l'on parle de la défunte firme Empire ou de sa petite sœur Full Moon, force est de reconnaitre que toutes les œuvres portant le label de notre sexagénaire californien préféré ont souvent un fumet bien spécifique, signe évident de divertissement assuré ou de séries Z rigolotes. Souvent mais pas toujours comme le prouve ce Killjoy de sinistre mémoire, sorti en 2000. On en a déjà parlé plus d'une fois mais pour les retardataires nous allons revenir cinq minutes sur l'une des périodes les plus sombres dans la carrière de Mister Band.
A la fin des années 90, et comme ce fût déjà le cas du temps d'Empire quand il s'était endetté plus que de raison auprès du Crédit Lyonnais, le bon Charly est dans une dèche phénoménale. Plombé par le déclin du marché vidéo et lâché par la Paramount qui distribuait jusqu'à présent ses films, il tente de sortir toujours plus de métrages, espérant peut-être que l'un d'eux connaisse un succès inespéré et renfloue un minimum son compte en banque à l'agonie. Entre suites bon marché de franchises à succès (Puppet Master), petites ringardises pas déplaisantes mais souvent chiantissimes (The Creeps, Head of the Family, Prison of the Dead) ou grosses bouses imbuvables au scénario rachitique, Full Moon Pictures tire la langue et rien ne semble pouvoir la sauver de la faillite à venir. Pour tenter de donner un coup de collier à sa boutique, Band s'acoquine alors avec JR Bookwalter, réalisateur du sympathique Dead Next Door et big boss de la société de production Tempe Entertainment. L'association des deux bonhommes entraine à ce moment-là un changement majeur pour la Full Moon qui devient la Shadow Entertainment, Charly trouvant que les films qu'il s’apprêtait à sortir s'éloignaient quand même pas mal de l'esprit imposé par sa compagnie lunaire. Horrorvision, Stitches, Witchouse 3 ou le nullisime Jigsaw débouleront sous couvert de cette nouvelle société et prendront de cours tous les fans du réalisateur de Parasite. Fini la folie des glorieuses nineties, les pantins hargneux, les vampires roumains aux pognes à rallonge et les bastons de robots futuristes, la mode est désormais aux sous-scream et aux slashers bas du front. Avec cette volonté manifeste d'en  faire toujours plus histoire de ne  pas tomber dans l'oubli, notre gazier multiplie les labels selon le genre de film qu'il produit : Moonbeam pour les marmots, Torchlight pour ceux qui aiment les films cul-cul avec des gonzesses à poil, Pulp Fantasy pour tout ce qui ne touche pas au fantastique et Big City Pictures qui se concentre sur tout ce qui est horreur urbaine et auquel appartient la clownerie qui nous intéresse ici.



Craig Ross Jr, avant de devenir un metteur en scène spécialisé dans la série TV (Cold Case, Les 4400, Prison Break, Bones...) se fait la main en tentant de mettre en boite cette histoire de démon peinturluré qui sévit dans une sordide cité de Los Angeles. Autant dire qu'il était mal barré pour se faire un nom avec une telle bouse. Budget microscopique, acteurs nullissimes, scénario torché à la va-vite, le pauvre Craig devait se demander dans quelle galère il avait bien pu se fourrer. C'est surement pour cette raison qu'il ne se foule pas trop en filmant le machin comme un gros goret.
Sa caméra semble être tenue par un technicien complètement bourré, l'engin gesticule sans cesse et ne semble pas foutu de se focaliser sur un acteur sans nous coller la nausée. Les scènes sont visiblement cadrées par un aveugle que l'on guiderait par oreillette et des zooms abusifs viennent presque exploser la ganache des persos à chaque fois qu'ils ouvrent la bouche... nous ne sommes plus dans le domaine de l'amateurisme là, mais carrément dans celui du "je m'en foutisme" le plus absolu. Tout semble fait pour plomber les soixante dix petites minutes que dure le film. Car il faut bien le dire, Killjoy c'est le fond du fond du panier percé des prods Band, du même acabit que le lamentable Killer Eye avec son globe oculaire géant qui tripote des donzelles en chaleur pendant plus d'une heure, du Z de chez Z...

"- Hé, c'est quoi ce cadrage foireux ? On voit que dalle !
- On vous avait bien dit que c'était  pas possible d'embaucher un ex-basketteur parkinsonien et alcoolo comme cadreur, m'sieur Craig !"

Pas que l'idée de créer un nouveau croque-mitaine à la punchline facile genre Freddy Krueger soit malvenue mais quitte à se lancer dans ce genre d'expérience au moins faire les choses comme il faut.
Interprété par un Angel Vargas (quelques séries télé et... pas grand chose de plus) visiblement sous coco, Killjoy cabotine en permanence et aligne les pitreries macabres qui trop souvent tombent à plat. Malgré un maquillage pas trop mal foutu, le clown affiche une coiffure façon banane afro surdimensionnée qui le dessert plus qu'elle ne l'avantage, lui conférant un petit coté ridicule qui pour le coup ne lui permettra pas d'entrer au panthéon des clowns psychos à succès aux cotés des Killer Klowns ou du Pennywise de Ça. Comble de la misère pour sa première prestation vidéo, les meurtres qu'il tente de faire passer pour innovants sont d'une pauvreté visuelle à faire chialer, handicapés par un montage qui exclu volontairement toute goutte de sang et massacrés pas des CGI minables.


Dans Killjoy les décors vacillent entre une poignée de scènes extérieures, l'intérieur d'un appartement et une usine désaffectée en guise de monde parallèle où règne en maitre le bozo démoniaque, accentuant d'autant plus l'aspect ultra-fauché du métrage. La banlieue c'est pas rose, la banlieue c'est morose, chantait-on dans les années 90; c'est pas faux mais là on pourrait rajouter que la banlieue c'est la loose. On comprend pourquoi tous ces pauvres sauvageons se rebellent constamment contre le système; déjà qu’ils ne sont pas aidés rayon matière grise mais si en plus on les cloitre dans des logements en carton-pâte qui puent la pisse et la gerbe de rat, non là franchement c'est pas possible. Mais tout cela n'est rien comparé au jeu ignoble des comédiens, tous inconnus pour la plupart et dont le doublage franchouillard ne fait qu'aggraver les choses.
Bon, les malheureux ne sont pas aidés non plus avec leur texte, manifestement signé par un rappeur de bas étage.
Wesh gros, mate un peu ce flo qui déchire sa race ! (Attention dialogues authentiques)

"- Tu commences à me gonfler, le clown !
- Ferme ta gueule, l’œuf de Pâques, ou je fais une omelette avec tes couilles !"

"Espèce de bâtard, c'est à moi que tu parles ?"

"- Tu fais quoi ?
- Je vais prendre une douche.
- Allez, reviens te coucher.
- Hé, je fais c'que j'veux.
- Ben allez, va prendre ta douche et me fais plus chier avec tes conneries !
De toute façon tu pues d'la chatte."

Ah ils peuvent s'accrocher les Booba et autres Jul avec leurs proses à deux balles !
J'ai quand même tenu à vérifier si la version originale était du même niveau que la française, des fois que des doubleurs beurrés comme des p'tits Lu se soient amusés à raconter des conneries pour pimenter un film déjà super mal branlé. Eh bien non, même pas, le texte est respecté à la lettre.
Charly se la joue caillera à 100% ! On imagine bien que notre bonhomme, toujours plein d'idées, a certainement voulu mettre en branle une nouvelle franchise basée sur une version hardcore du fameux Grippe-sou inventé par Stephen King, mais la sauce ne prend pas. Quelques petits trucs disséminés ici et là pourrait toutefois se révéler  intéressants : la camionnette de marchand de glace, sorte de Tardis maquillé qui permet aux protagonistes de pénétrer dans l'univers de Killjoy, ou la toute puissance du clown face à des petits caïds beaucoup trop sûrs d'eux. Le scénario pondu par le spécialiste de la blaxploitation gangsta, Carl Washington, s'applique fort heureusement à limiter les temps morts au maximum mais tourne à vide après les 35 premières minutes, une fois refroidi le gang de Lorenzo. Il se rabat alors sur la pulpeuse Jeda, son nouveau copain Jamal et sur leur copine Monique, les jetant dans les griffes du clown sans véritable raison apparente, se permettant même de ramener les lascars dézingués plus tôt sous forme de zombies à la botte de Killjoy. Michael était amoureux de Jeda, pourquoi aurait-il demandé au bozo barjot de la buter elle-aussi ? Et que vient foutre ce gugusse fantomatique qui semble tout savoir sur ce micmac surnaturel et qui divulgue à nos héros toutes les combines pour renvoyer le démon là d'où il vient ? Et pourquoi Ross s'obstine à étirer son final plus que de raison en nous balançant rebondissements sur rebondissements ?
Et pourquoi j'ai maté cette merde, moi ?

 
"- Yo bozo ! Reluque un peu ces pouliches là-bas, elles nous matent depuis dix minutes.
- Hé, hé, hé, c'est moi qu'elles regardent plutôt, parce que toi depuis que tu t'es gerbé sur le marcel t'as plus l'air trop frais."

Manque évident de moyens, violence beaucoup trop timide pour capter notre attention plus de cinq minutes, Killjoy sent des pieds comme c'est pas permis. Et croyez-moi, vu la pointure du clown ça chlingue puissance dix ! Mais prenez-garde, ici l'horreur n'est pas seulement visuelle ou olfactive, elle est surtout auditive grâce à un score hallucinant et surement repiqué à un vieux porno des seventies. On s'attend presque à voir le démon vicelard sortir son gros marteau pour honorer comme il se doit la belle Jeda (si seulement...). 70 minutes de film, 70 minutes à écouter une mélasse dégueulasse propre à vous faire exploser les tympans. Pas une seule seconde de répit ! Le monteur devait fumer des pétards en bossant, je ne vois pas d'autre explication.
Dés lors on se demande comment cette purge a pu suffisamment marcher pour que Band lance deux ans plus tard un Killjoy 2  réalisé cette fois par l'actrice/productrice Tammi Sutton. Quand on voit la qualité de ce premier opus nous sommes en droit de nous attendre au pire, surtout que la franchise en est actuellement à son cinquième épisode ! Généralement les suites cinématographiques se révèlent être de plus en plus calamiteuses au fil du temps, les exemples en la matière ne manquent pas. Mais c'est sans compter sur notre bon vieux Charly qui ne peut jamais faire les choses comme tout le monde. Et c'est tant mieux !
A suivre...

Pour ceux qui désireraient quand même mettre la main sur la galette numérique de cette merveille, sachez qu'Elephant l' a sorti il y a de nombreuses années sous deux éditions différentes : l'une basique et la seconde se présentant sous la forme d'un digipack 2 DVD comprenant Killjoy et Killjoy 2.


Sinon vous avez toujours ce petit lien, la qualité est pas top mais vu que le film ne l'est pas non plus...



5 commentaires:

  1. Je l'ai vu il y a quelques mois dans la même qualité. Si on le prend pour ce qu'il est, on passera un bon moment, mais il ne faut pas du tout être exigeant. Le film, par moments, est involontairement assez drôle. Par exemple, cet extrait:

    à 44:26 minutes, un des personnages se met à dire: « Quoiqu’il arrive, on reste ensemble ».
    à 45:34 minutes, le même gars enchaîne avec: « Attendez, j’ai un plan…Il faut qu’on se sépare. »

    Fille 1: « Quoi?? »

    Le gars: « Écoutez, c’est le seul moyen. »

    Fille 2: « Nan, j’irai nul part sans vous deux. Point final »

    Fille 1: « Elle a raison. Il vaut mieux rester ensemble. »

    Le gars: « Vous voulez le retrouver ce Killjoy ou quoi? »

    Filles 1 et 2, en choeur: « pas vraiment, non. »

    Le gars: « Mais on a pas le choix, d’accord!? Ecoutez, si on veut retrouver cet enfoiré, on doit se séparer. On y arrivera jamais sinon, t’as vu la taille de l’entrepôt, c’est énorme ! »

    Killjoy 2 est objectivement meilleur mais le clown ne pointe pas le bout de son nez avant 50 minutes. Killjoy 3 est déjà un poil moins ennuyeux. Killjoy goes to hell est un vra somnifère mais possède des effets, il faut avouer, étonnemment pas trop mauvais.

    Sinon, merci pour ce film de clown tueur dans le ghetto. :D

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    1. Effectivement je crois que le premier est le plus mauvais de la série. Pour ma part j'ai bien aimé le 3 et plus particulièrement le 4 où les dialogues sont quand même bien plus travaillés que dans ce premier opus. Le 5 est sympa mais on sent que le réalisateur n'avait pas un radis pour mettre en images toutes ses idées. Dommage.

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    2. Ah, tu as déjà eu la "chance" de voir le cinquième.
      Personnellement, j'attends de voir le prochain Puppet Master...

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    3. Surement à venir pour cet automne, le tournage doit commencer en avril ou mai. Faut pas être pressé avec Band.

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  2. Vu ! Quelle épreuve, c'est consternant ! Pas vu le 2 mais les 3 et 4, j'avais bien aimé, et trouvé ça plutôt fun mais là... Merci encore pour nous avoir dégotté ce navet navrant.

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