mardi 31 mai 2016

BLOODY WEEKEND 2016




Chaque année c'est la même chose, on l'attend fébrilement pendant des mois et dés qu'il est là le temps s’accélère soudainement.
Un peu comme si le convecteur temporel de la rutilante Delorean stationnée en ce dernier weekend de mai à l'intérieur de l'espace Japy d'Audincourt avait eu quelques ratés et aurait propulsé trois jours en avant tous les amoureux de cinéma fantastique. A la vitesse de la lumière les 27, 28 et 29 mai 2016 ont disparu des calendriers, le Bloody Week-end s'en est allé, nous laissant bien esseulés. Mais cessons de nous lamenter et de faire des rimes à deux balles pour nous replonger quelques minutes supplémentaires dans l'ambiance bien particulière d'un festival unique dans son genre. Ou plutôt devrais-je dire "du" meilleur festival de films de genre. Monté de toute pièce par Loïc Bugnon et sa moitié Aurélie, le BWE (pour faire plus court) a une nouvelle fois tenu toutes ses promesses. Débutant cette année un jour plus tôt afin de permettre aux scolaires franche-comtois d'en profiter un peu sans la foule du week-end, le festoche a ouvert ses portes au public le vendredi 27 à 14h00, heure à laquelle je passe le portail de la Filature.


Première chose à faire, et pas des moindres, aller saluer les copains. Car c'est avant tout cela le Bloody Weekend, l'occasion de retrouver en chair et en os tous les amis et d'oublier pour une poignée d'heures que l'on ne côtoie ces derniers que via les réseaux sociaux ou les messages privés.
Mon partner in crime Rigs de la Toxic Crypt, David, Didier, Rodolphe et Jean-Sébastien, respectivement Misters Videotopsie, Medusa, Bissophile et Charognard, Laurent le Fanzinophile, Pascal, Jacques et Patrice de la Team Retroviseur, Jean-Paul et Renaud de Ma Séance Dvd, Pierre, Adrien dit Plume de Rêve, Thierry aka Roggy, Eric auteur d'un premier roman alléchant "Les Ténèbres de l'Aube"... Sans oublier les meilleurs éditeurs du moment : Stéphane et "mon grand frère" Philippe du Chat Qui Fume, les playboys d'Artus Thierry et Kevin, les chaleureux Romuald et Patrice d'Uncut Movies... toutes mes excuses à ceux que j'oublie.
Et pour la première fois je mets enfin un visage sur Christophe, le big Boss d'Ecstasy of Films.
En quelques poignées et embrassades mon billet d'entrée au festival est déjà plus qu'amorti.


Une fois bouclée la tournée des po"potes", il est temps de parcourir le village fantastique, nom donné à l'espace exposants, lequel tend à s'accroitre d'années en années. Du DVD à foison à des prix imbattables, du fanzine, du roman, de la BD, du goodies... on en prend plein les yeux et on cherche son portefeuille qui ne cesse de vouloir se faire la malle de peur d'être saigné à blanc. Hormis ceux cités plus haut et d'autres non dénués d’intérêt, deux stands retiennent tout particulièrement mon attention. Tout d'abord celui de Damien Debiemme, possesseur d'affiches de films rarissimes et en excellent état, de galettes numériques, de VHS, j'en passe et des meilleurs... une véritable mine d'or !
Puis celui tenu par la charmante Delphine, sculptrice spécialisée en personnages issus du ciné fantastique venue tout spécialement présenter et vendre une bonne partie de ses créations. Des "Baby Braindead" plus vrais que nature, des Critters, des Gremlins, des Killer Klowns, des Annabelles, des bouteilles de Viper, des dioramas Street Trash, Evil dead ou Vendredi 13, etc.... la liste est trop longue donc quelques photos valent mieux que de grandes paroles :





Si le BWE est l'occasion de resserrer les liens et de flinguer son compte en banque, c'est aussi celle de rencontrer des invités prestigieux bien plus abordables que dans n'importe quel autre festival. Pour cette septième édition, la famille Bugnon s'est encore démenée comme des possédés et a tout misé sur huit personnalités (et pas des moindres !), l'occasion inespérée de converser avec tout ce beau monde et d'obtenir autant de dédicaces qu'il était possible d'en avoir (c'est à dire à la pelle !). Les réalisateurs Jack Sholder, John McNaughton et Yannick Dahan, l'acteur Nicholas Vince (Hellraiser 1 & 2, Cabal) et l'incontournable Alain Schlockoff, tous se sont prêtés au jeu dans la joie et la bonne humeur (surtout le sieur Vince, quel crème ce type-là). Autre coup de maitre: la présence du romancier Graham Masterton qu'il est inutile de présenter tellement l'œuvre du gaillard est connue de tous les aficionados de littérature horrifique. Qui aurait pu imaginer un jour pouvoir approcher un tel personnage dans un petit bled comme Audincourt ?


Mais là où Loïc a fait très très fort (pour ma part) c'est en invitant deux piliers du cinéma bis transalpin : l'héroïne du plus fameux tryptique de Lucio Fulci, la radieuse comédienne Catriona MacColl, véritable amour de bonne femme, visiblement enchantée de voir autant de fans se bousculer pour la rencontrer, et l'homme le plus souriant du monde, le compositeur Fabio Frizzi. Il est impossible de résumer en quelques mots toute la gentillesse et la disponibilité du maestro lequel -et là encore merci mille fois m'sieur Bugnon- nous a offert un concert de deux bonnes heures le vendredi soir au Foyer Municipal. Un moment absolument magique pour tous ceux qui vénèrent les œuvres de Fulci ou Bava Jr. L'Enfer des Zombies, L'Au-Delà, Frayeurs, Les Quatre de l'Apocalypse, Blastfighter... autant de thèmes cultes repris par Fabio Frizzi et son orchestre devant un public en délire, lequel lui a offert l'ovation qu'il méritait. Tout simplement INCROYABLE !
Mr Frizzi, j'ai hâte d'entendre le score retravaillé d'Apocalypse Dans l'Océan Rouge dont vous m'avez parlé !


Le manque de temps ne m'a pas permis d'assister aux projections d'Hidden, de L'Au-delà, d'Henry portrait d'un serial killer ou de Horsehead.. tant pis ! Les moments mémorables se comptent déjà par dizaines. Car oui, le Bloody Weekend c'est surtout ça : des moments mémorables qui s'accrochent à votre matière grise jusqu'à la fin de vos jours. Et cette cuvée 2016 a été particulièrement généreuse en la matière : Masterton et Sholder qui trinquent en toute tranquillité à un mètre de vous, les retrouvailles entre Fabio Frizzi et Catriona McColl, les costumes démentiels de certains festivaliers (chapeau-bas Eugène !), les tranches de rigolade entre copains jusqu'à plus de minuit à la buvette du festival alors qu'à la table voisine papotent tranquillement Catriona et Graham, les orages apocalyptiques en fin de soirée qui vous donnent l'impression de revivre en live certaines scènes cultes de Phenomena (pas vrai David ?), la joie de découvrir le dernier livre de ce même David "Bruno mattei : Itinéraires Bis"...

"- Te retourne pas, y'a cette vielle piche d'Oncle Jack qui va essayer de te tirer ton verre.
- Damned !"





Enfoiré de zombie qui a essayé de me refourguer une canette de JB en affirmant que c'était du Grant !

Pendant trois jours vous êtes sur un petit nuage et vous n'aimeriez en redescendre pour rien au monde, croyez-moi !
Pourtant, malgré toutes ces belles images, une ombre est venue obscurcir le tableau de ce septième Bloody weekend. Une ombre qui s'abat depuis déjà quelques années sur l'ensemble des festivals français, obligeant certains à tout bonnement disparaitre, froidement abattus, sans que ne leur soit donné la moindre chance. Je parle bien entendu de l'annulation pure et simple des subventions accordées à ce type d'événements, représentation parfaite d'une volonté manifeste de nos chères têtes pensantes de flinguer tout ce qui touche à la culture dans notre beau pays. Enfin bref....
C'est pour cela qu'il faut absolument soutenir des manifestations comme le BWE, si tous les passionnés que nous sommes ne voulons pas être orphelins du jour au lendemain. Je me répète probablement mais il reste à coup sûr le seul et vrai festival du cinéma fantastique en France et quand vient la fin de la cérémonie de clôture on s'en va le cœur gros et l'âme en peine mais avec des souvenirs plein la tête, les bras chargé et l'espoir que l'année prochaine, peut-être, on retrouvera tous les copains en pays Franche-Comtois pour un nouveau week-end sanglant.



LES INCONTOURNABLES DU BLOODY :
















vendredi 20 mai 2016

SNUFF KILLER - La morte in diretta (2003)



Suite à la disparition de sa fille Lauren en plein Paris, Michelle Blanchard apprend par un détective privé que la gamine aurait été enlevée pour alimenter le marché clandestin des Snuff Movies, films clandestins dans lesquels les victimes sont réellement massacrées sous l'œil des caméras.
Afin de retrouver la piste de sa progéniture, elle décide alors d'infiltrer le milieu très fermé du porno extrême sans se douter qu'elle va devoir subir les pires humiliations pour parvenir à ses fins.

"- Allez Passe-Partout, fais pas ton timide. Je t'ai vu plus d'une fois mater le cul des concurrentes de ton jeu télévisé.
- C'est pas ça, ma poule ! J'attends ma copine Félindra, c'est l'occase pour se faire une partie à quatre avec ses p'tits minous.
- Heu...  du coup je crois que je vais juste me contenter des deux clones de Diabolik là derrière moi."

Snuff Killer (alias Snuff Trap dans certains pays) est l'image même du produit mêlant horreur et érotisme. Réalisé par Bruno Mattei pour le marché vidéo, il a entièrement été tourné en Digital Vidéo, d'où, à l'instar des dernières œuvres du maitre, une petite atmosphère bien particulière qui nous rappelle immédiatement celle de bon nombre de pornos. Produit par Gianni Paolucci sous couvert de sa boite de prod La Perla Nera, le film lorgne ostensiblement vers le 8 mm de Joël Schumacher mais aussi vers le long-métrage de Paul Schrader, Hardcore.
Tout le monde connait le chic qu'avait le sieur Bruno pour plagier sans scupules certaines œuvres à succès, inutile de le rappeler. Et c'est sous le pseudonyme de Pierre Le Blanc (et de Vincent Dawn comme on peut le voir sur le DVD italien) que le bonhomme met en boite ce petit thriller, tout en coiffant par la même occasion la casquette de scénariste et de monteur, la photographie échouant à Luigi Ciccarese, bon pote à Mattei qui œuvra également pour Fulci (Aenigma) ou Claudio Fragasso (Zombi 4: After Death). Et autant dire que de ce coté-là le père Ciccarese fait plutôt du bon boulot, exploitant comme il se doit les grands boulevards parisiens avec ce Pigalle sordide à souhait où pullulent des sex-shops tous plus tape à l'œil les uns que les autres. Idem pour la seconde moitié du film se déroulant à Hambourg; la cité est admirablement mise en avant. Trop peut-être, au bout d'un moment on se lasse de regarder la belle Michelle jouer les touristes. Faire du lèche vitrine (surtout quand les devantures proposent une marchandise des plus avenantes) c'est toujours sympa mais bon, nous on veut que ça bouge, ce qui n'est pas toujours le cas dans Snuff Killer.

"- Alors belle madame, quel genre de films vous intéresse exactement ?
On a le top du top ici ! La version XXX de Mon curé chez les nudistes avec un Paul Préboist au meilleur de sa forme,  
Le Père Noël en a une dure avec La Cicciolina dans le rôle de Zézette et du plus costaud 
avec de la téléréalité hardcore comme Les Marseillais à Mykonos ou Les Ch'tis à la Fistinière.
- Hmmmm... je sais pas trop. Je cherche quelque chose d'un peu plus corsé."

"- Et pourquoi pas un bon vieux Casimir avec L'ile aux gros glands ? Ou Josepine Mange Gourdin ?
Sinon y'a ça qui dépote : La Belle a les Abeilles
Une parodie culte avec un giant Coocoo en rut qui démonte des portes avec son chibre 
 et qui harcèle Mademoiselle Eugénie avec des croissants pur beurre. Cultissime !
- Je prends !"

Torture, violence, sang et sadisme, douleur et plaisir, bondage, utilisation d'armes blanches, de tisons ardents... On cite la coprophilie (c'est quand tu aimes qu'on te fasse popo dessus), la zoophilie (c'est quand tu aimes enfiler des z'animos), la pédophilie (c'est quand tu aimes enfiler des ch'tis n'enf... argh espèce d'enculé !) ou le fist-fucking (ça c'est ce qui t'attend quand tu dis que parler de Mattei est une perte de temps ou que tu critiques les sous-titres d'0ncle Jack :) ). Tout y passe, les marchands de chair sont bien vicelards et les clients de ce genre de marchandises se pignolent à s'en faire tomber le poireau tout en visionnant des bandes absolument dégueulasses. A partir de là, connaissant le réal fou de Virus Cannibale on pouvait s'attendre au pire (ou au meilleur c'est selon) mais pas de bol on est bien loin du compte. Il est fini le temps des KZ9 - Camp d'Extermination ou des Pénitenciers de Femmes avec Laura Gemser, le vieux Bruno ne reproduisant jamais la hargne qui le caractérisait si bien à cette époque.
On a un peu d'hémoglobine, quelques donzelles sauvagement fouettées et tabassées, de la cire chaude versée sur des poitrines féminines, une caboche explosée à bout portant par une arme à feu mais rien de folichon. Dans l'ensemble Snuff Killer reste soft. Très soft. Les scènes les plus hardes se déroulent toutes hors champs ou ne sont que suggérées, alors si vous espériez satisfaire vos appétits de voyeurs lubriques et malsains vous pouvez d'ores et déjà passer votre chemin.

"- Ah vous avez peur hein ? On fait moins la maligne maintenant ?
La vue de ce couteau effilé vous file les miquettes, pas vrai ?
- Pour tout vous dire c'est surtout le gnome hydrocéphale juste à coté de vous qui me laisse perplexe.
On dirait un vibro pour pachyderme, c'est incroyable !"

Alors si c'est pas craspec quel est intérêt de mater ce machin ?
Snuff Killer, c'est tout d'abord la douleur d'une mère qui fait tout pour retrouver son enfant. Un "voyage au bout de la nuit" qui lui vaudra de subir toute une série d'humiliations, lesquelles la feront basculer petit à petit vers le "coté obscure". De bourgeoise coincée du popotin mariée à un connard de politicien, la blonde Michelle, malgré les conseils bien avisés d'un tenancier de sex-shop qui lui affirmait que toute immersion dans le milieu ne pourrait que la changer irrémédiablement, va subir une transformation progressive et finir par se piéger elle-même. Viol, fellation forcée, tortures, tromperies, le prix à payer pour atteindre le cerveau de l'organisation qui a kidnappé sa fille va être très élevé.

"- Petite question Doc Hadès : est-ce bien judicieux d'obliger votre fille à tourner dans un Snuff ?
- T'es pas payé pour poser des questions Diabolik !
Et puis c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour faire prendre un bain à cette petite merdeuse.
Pour elle c'est de la torture. Six ans qu'elle s'est pas lavée, ça méritait bien d'être enregistré ça !
Bon allez, maintenant sors le shampooing !
- Aaaaahhh noon pitiééééé, pas le shampooooinnggg !!!"

Snuff Killer c'est aussi cette impression qui nous est donnée de mater un porno dont les scènes les plus croustillantes auraient été volontairement charcutées. Et c'est bien dommage car elle est sacrément bien gaulée la charmante Carla Solaro dans le rôle de Michelle Blanchard.
Vétéran du cinéma érotique de Tinto Brass, la belle MILF passe pour la première fois du statut de second rôle à celui de tête d'affiche, offrant à Mattei l'opportunité de la filmer sous toutes les coutures et entièrement dénudée dés que l'occasion se présente (c'est à dire pas mal de fois quand même). Et je les vois d'ici les petits coqs au melon aussi démesuré que la poitrine de la Miss Solaro : "Bah, chez Mattei, de toute façon les acteurs sont toujours à chier ! A chier comme ses films ! ". Eh bien que ces arbitres du bon goût défenseurs de la culture avec un grand C retournent mater du Godard ! Cette fois-ci les comédiens embauchés par tonton Bruno, eh ben ils sont pas si mauvais !
Il faudrait être de mauvaise foi pour affirmer que Carla Solaro ne s'en tire pas avec tous les honneurs. Nous n'irons pas jusqu'à dire qu'elle est époustouflante mais force est de reconnaitre qu'elle joue plutôt pas mal.
Comment ça elle a des arguments qui font qu'on n'a pas besoin de l'écouter ? M'enfin....
Sa fille Lauren est interprétée par la encore plus sublime Federica Garuti, dont ce sera le seul et unique film.
Le peu de temps qu'elle passe à l'écran ne nous permet pas de juger son talent mais nom de dieu, qu'est-ce qu'elle est belle !!!

"- Dis donc gros vicieux, quand t'auras fini de mater ma fille on pourra y aller.
- M'enfin ma chérie, j'admirais sa nouvelle coupe. C'est magnifique !
- Coupe ou croupe ? Te fous pas de ma gueule sinon je ferai en sorte que tes glaouilles ressemblent au sommet de ce pied de lit. 
Et toi va t'habiller bordel !"

Bon allez, assez parlé de la gent féminine, on a également du beau mâle viril avec d'un coté Jean-Louis, le patron d'un sex-shop parisien interprété par Gabriele Gori (le pas terrible du tout Justicier du Bronx de Vanio Amici) qui viendra prêter main forte à notre héroïne et le bellâtre américain tout poilu Peter, un des derniers rôles de Carlo Mucari, acteur italien aperçu entre autre dans Tex et le Seigneur des Abysses de Duccio Tessari en 1985, Trésor de Guerre d'Umberto Lenzi en 1986 ou La Nuit des Requins de Tonino Ricci en 1988.
Qui est le gentil, qui est le méchant ? Je vous laisse le découvrir.
Mais en parlant de méchant, s'il y en a une qui l'est à coup sûr c'est bien la diabolique Dr Hadès, big boss du marché Snuff et sorcière chevaline qui manie aussi bien la caméra que le fouet ou le revolver. Non mais regardez-moi un peu cette ganache !


Ouais ça fait peur n'est-ce pas ? Derrière ce faciès de mégère apte à vous rayer le plancher dés qu'elle sourit se cache Anita Auer qui, hormis une apparition dans une série TV (Capri) en 2006 ne fera rien d'autre. Et ça franchement c'est inadmissible !
Ah, si Mattei était resté un peu plus longtemps parmi nous ! A coup sûr il aurait su utiliser à bon escient cette charmante personne ! Tant pis...
Et tant qu'on y est il ne faudrait pas oublier non plus le pimpant Albert Ruocco qui, visiblement aussi défoncé que la mère Auer, incarne le bras droit d'Hadès, Roy. Allures de grande folle maniérée, libidineux à souhait, regard exorbité, bave aux lèvres.... là aussi c'est un grand moment de cinéma.

"- Hé, hé, hé... ça vous dit d'aller prendre un p'tit dèj avec moi à la cave, j'ai tout plein de zolis couteaux à tartiner.
- Sans façon, j'ai une phobie des petits déjeuners depuis que j'ai loué cette K7 au sex-shop.
Je suis capable de m'arracher les yeux à la petite cuillère si j'aperçois un croissant.
- Aaaaah boooonn ? Intéressaaaannnnnt......"

Et puis il y a "la" guest-star du film, en l'occurrence Ottaviano Dell'Acqua en personne, venu s'amuser en interprétant un vendeur de K7 hardcores complètement allumé. Dix secondes montre en main de temps d'apparition mais une sacrée tranche de rigolade. Crédité également en tant que responsable des cascades, le héros des Rats de Manhattan et de Zombie 3 vient filer une dernière fois un coup de main à son vieux camarade Vincent Dawn, le tout dans la joie et la bonne humeur.

"Ouais les blaireaux, j'ai que d'la bonne à vous proposer ! 
Du viol de hamsters, du fist-fucking par des kangourous, du SM avec des gorilles, 
des poufs fouettées à grands coups de coquelets, des tortues qui sodomisent des vieillards lubriques... 
que du méga Hardcore j'vous dis !!!"

Ajoutez à tout ce beau monde un clone démoniaque de Passe-Partout et vous obtenez un panel de personnages hauts en couleur qui confère un petit coté fumetti à l'ensemble. Comme souvent chez Mattei les dialogues ne volent pas très haut, mais le jeu complètement surréaliste d'une partie du casting fait illico basculer le métrage dans le burlesque le plus total. Auer, Mucari, Dell'Acqua, Ruocco... ils en font des tonnes, grimaçants comme des tarés pour notre plus grand bonheur, un peu comme si on se retrouvait sans le vouloir dans un numéro d’Alan Ford, la BD signée Magnus et Bunker. Commençant comme un drame familial mâtiné d'enquête policière, Snuff Killer se métamorphose à certains moments en farce grand-guignolesque. Chose vérifiée lors d'un final absolument délirant couronné par l'ultime punchline d'Hadès alors qu'elle vient de se prendre une grosse beigne en pleine poire: "Je hais la violence quand elle ne provient pas de moi". Du grand n'importe quoi.... mais n'est-ce pas ce que l'on aime le plus chez Mattei ?

"- Alors M'sieur Macias, laquelle je vous prépare en premier ?
- Franchement je ne sais pas mon cher Passe-Partout. Quand vous parlez de premier choix vous ne rigolez pas vous !"

En conclusion, Snuff Killer n'est pas ce que le regretté Bruno a pu faire de mieux. Script basique, personnages kafkaïens, violence bien plus suggérée que montrée... pas de quoi casser trois pattes à un canard. Et pourtant, après quelques minutes il est impossible de décrocher du film, hypnotisés que nous sommes par l'atmosphère ubuesque et l'envie de voir enfin la plantureuse Carla Solaro se débarrasser de son manteau de fourrure.... et du reste. Certes, avec un tel sujet on en attendait beaucoup plus de la part de Mattei mais il serait dommage de bouder l'une des ultimes prestations de celui que l'on surnommait "le dernier artisan italien".
Faites vous votre propre idée avec ce Rip DVD made in Italia tout spécialement sous-titré pour les petits voyeurs vicieux et les gallinacés à l'égo démesuré.

https://1fichier.com/?f4zwpulvnk

Profitons de l'occasion pour rappeler la sortie du dernier livre de David "Videotopsie" Didelot dédié au maestro Mattei et qui retrace l'intégralité de la carrière houleuse du bonhomme. Un livre qui fait d'ailleurs beaucoup parler les moralisateurs à la petite semaine. Rien que pour ça, l'ouvrage mérite qu'on se jette dessus.


vendredi 6 mai 2016

OBLIVION 2 : BACKLASH (1996)



Nous voici de retour en 3031 dans la petite ville d'Oblivion où l'empathe Zack Stone remplit désormais les fonctions de nouveau Marshall après la mort du malfrat reptilien Redeye. Espérant profiter du calme actuel, le jeune homme, qui passe le plus clair de son temps à tenter de vaincre sa timidité pour séduire la belle Miss Mathie, va très vite devoir remettre le pied à l'étrier. Car voici que débarque Sweeney, dandy tiré à quatre épingles réputé comme étant le chasseur de prime le plus terrible de toute la galaxie. Celui-ci a été engagé afin de retrouver une femme mystérieuse inculpée de sabotage et qui aurait trouvé refuge à Oblivion. Selon la description qui leur est donnée, Zack, Stell Barr et Buteo supposent immédiatement que la proie du nouveau venu ne serait autre que Lash, ex-compagne de Redeye et actuelle tenancière d'un tripot situé aux abords des Badlands. Capturée alors qu'elle venait de mettre la main sur un gisement de Daconium, la vipère faite femme ne cesse de proclamer son innocence, laissant présager au shérif qu'il n'aurait finalement pas coffré la bonne personne. Crainte avérée puisque celle que Sweeney est venu chercher est en réalité la patronne du bordel local, Miss Kitty. A Zack de trouver maintenant une solution pour éviter que son amie ne finisse derrière les barreaux et gérer l'arrivée d'un autre trouble-fête : Jaggar, le frère de Redeye.

 "- Parait qu'c'est interdit d'fumer dans ce saloon ? Hé, hé, hé !
File-moi du feu, gros !
- Voilà Boss ! Hé, hé, hé !"

 BANG !
"- Arghh !!!!
- Keskia boss ? L'est trop fort pour vous ce cigare ?
- Ta gueule crétin... on m'a tiré dessus, t'as pas entendu ? Arghh......"

 "Les seuls cigares autorisés ici, c'est moi qui les fument !
Et les miens sont pas nocifs pour la santé."

On prend les mêmes et on recommence. Sam Irvin derrière la caméra, Peter David au script, Pino Donaggio à la musique, toute l'équipe technique rempile dans cette suite au très divertissant Oblivion, toujours tournée en Roumanie. Idem pour le casting : Richard Joseph Paul, Jackie Swanson, Jimmie F.Skaggs, Meg Foster,  Julie Newmar, Carel Struycken, Isaac Hayes, Irwin Keyes, George Takei et bien entendu la magnifique Musetta Vander, il ne manque personne. Même Andrew Divoff dont le personnage se faisait déchiqueter par des scorpions géants à la fin de l'épisode précédent, revient dans le rôle de Jaggar, le frangin malheureusement bien moins charismatique de Redeye. Lui qui brillait dans Oblivion fait ici bien pâle figure et n'apparait en tout et pour tout qu'une bonne dizaine de minutes.

 "- Sympa ta tapisserie, Lash ! Un cadeau d'un ancien amant ?
- Un ancien amant tout court. Et vu qu'il assurait pas au pieu, il a fini au mur.
- Ah ! Je vois !
- D'ailleurs j'espère pour toi que tu vas être à la hauteur parce qu'il me faut un nouveau sac à main.
- Gulp !"

Autant dire que le lézard humanoïde n'a qu'un rôle de bouche-trou en comparaison de Lash et surtout du nouveau protagoniste de la saga, Sweeney. Car même si la brune au fouet assure toujours autant en chaudière sadique il faut reconnaitre que c'est lui la principale attraction du film.
Incarné par un Maxwell Caulfield absolument impeccable, le chasseur de prime le plus redoutable de l'univers, sous ses airs de gentleman nonchalant, est une véritable machine à tuer invincible motivée par une seule et même chose: le pognon. La scène de son arrivée à Oblivion est d'ailleurs assez fendarde dans son genre.

 "- Arf ! Arf ! Arf ! Z'avez vu c'te grosse tafiole ! Je sens qu'on va bien s'marrer !
Regardez on lui a foutu son galurin de traviole et il dit rien. Arf ! Arf! Arf !
- Hmm, Marshall, je trouve que vos concitoyens sont particulièrement peu avenants avec les nouveaux arrivants."

 "Oh, pauvre petit chou ! Hé, aujourd'hui c'est mon jour de repos !
Alors si vous arrivez à gérer ça en moins de cinq minutes je vous offre une passe gratos chez Miss Kitty. Mais bon ça m'étonnerait que..."

 "Alors il est où ce charmant établissement de joie ? 
Il est vrai que le voyage fût long et que mon Smith & Wesson commence a être un peu à l'étroit."

 "Heu.... ben suivez-moi c'est juste derrière."

Si Oblivion premier du nom prenait le temps d'explorer la facette de chacun des protagonistes, Backlash met sous le feu des projecteurs certains d'entre eux qui avaient plus ou moins été délaissés auparavant. Zack est toujours mis en avant bien sûr puisqu'il reste le "héros", mais le scénario de David donne cette fois la vedette non seulement à Sweeney mais également à Miss Kitty, personnage très secondaire jusqu'à présent et dont on ne savait presque rien. Julie Newmar s'en donne donc à cœur joie en Madame Claude du Far West. Son passé nous est brièvement révélé et certains éléments sont laissés volontairement en suspens pour faire travailler notre imagination (le doute plane sur un éventuel lien de parenté avec Zack).
Doc Valentine, l’alcoolo de service, est lui aussi un peu plus présent. Ce qui permet à George Takei d'en faire des tonnes, de continuer à torturer la pauvre Stell Barr en lui collant des prothèses foireuses et de ne pas rater une occasion de nous rappeler qu'il fût un jour timonier à bord de l'Enterprise.

 "Vas-y Stell ! Tu vas voir, ce nouveau bras que je t'ai installé, il casse des barres ! Hi, hi, hi !"

 "- Que se passe-t-il Doc ? Mon bras est tout raide. Et je sens que la pression augmente en flèche.
- Je ne comprends pas."

 "- Aaaaahhhh !!!!!!
SCHBOOIIIINNGGGGG !!!!!!
- Ah, chiasse de wookie ! Je me suis trompé de matériel.
Ce système hydraulique n'était pas pour Stell Barr mais pour Steel Dick, le nouvel étalon embauché par Miss Kitty !
- Quand je mettrai la main sur vous, vous allez voir où je vais vous le coller votre fulguropoing !"

On regrettera cependant que des protagonistes comme Gaunt, le croque-mort local pourtant très présent dans le premier segment, ne soit relégué qu'au deuxième voire troisième plan, le sinistre géant n'apparaissant ici et là que pour balancer quelques punchlines histoire qu'on ne l'oublie pas.
Idem pour Buteo et Barr, ce qui reste fort dommageable car on aurait bien aimé voir s'approfondir la relation ambiguë qui règne dans ce couple tout ce qu'il y a de plus improbable.

 "- Dis voir, belle visage pâle. Zack m'a parlé de ton nouveau poing hydraulique.
Ça me rend tout chose. Tu veux venir faire un tour dans mon tipi après le bingo ?
- Heu......"

Malgré la joie de retrouver cette sympathique petite tribu, Oblivion 2 est très loin d'égaler son modèle et ressemble bien plus à un long épisode de série TV qu'à un véritable long-métrage. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte. Tout d'abord, et ce même s'il fût réalisé à la même période que son prédécesseur, le film souffre visiblement du manque de moyens causé par la séparation entre la Full Moon et son distributeur Paramount (survenue en 1995). Mis en boite avant le divorce qui va peu à peu entrainer la descente aux enfers des studios du père Band, Backlash ainsi que Castle Freak, réalisé à la même période, sortent quand même sous le label Full Moon Entertainment avant que Charly ne renomme le tout Full Moon Studios puis Full Moon Pictures. Mais ça c'est une autre histoire.

 "Enfin quelque chose à se mettre sous la dent. 
Avec ce que nous paie Charly pour cet épisode on commence vraiment à crever la dalle.
Ça tombe bien j'adore la soupe de tortue."

Suite à ce désagréable micmac, le manque de brouzoufs occasionne donc pas mal de désagréments. Oubliez déjà les incroyables bestioles en stop motion du magicien David Allen ! Même si le bonhomme supervise de loin l'ensemble des effets spéciaux il n'apporte à aucun moment ce petit grain de féérie qui lui est propre. Pas de scorpions géants mais une tortue maousse qui n'apparaitra que brièvement en toute fin de métrage.
Une bestiole animée "à l'ancienne" mais qui fait sacrément plaisir à voir, nous renvoyant directement vers le bestiaire fantastique de L'Histoire sans Fin et les créations de Brian Johnson (pas le Johnson chanteur d'AC/CD, l'autre Johnson...).

 "- Nous y voilà mon bel iguane ! La fin du film n'est plus qu'à quelques minutes.
- Oui, vile charogne. Terminé la soupe à la tortue ! Qu'est-ce qu'on va se mettre !"

 "Hé pouffiasse, c'est toi qui a boulotté mon petit frère ?"

 "- Heu... Jaggynounet.... je crois que pour le diner en amoureux ça risque d'être compromis.
Tirons-nous vite !
- Trop tard, y'a quatre autres tortues fagotées en ninjas qui viennent par l'arrière. "

Autre point crucial : cette volonté de Charles Band de toujours vouloir rentabiliser au maximum une franchise à succès, quitte à bâcler vite fait un énième opus dans le but de glaner quelques dollars supplémentaires. Attention, avec Backlash nous sommes loin des ridicules derniers épisodes de la saga Puppet Master, il ne faut quand même pas exagérer. Le scénario de Peter David tient quand même bien la route même s'il reste un ou deux crans en dessous de celui d'Oblivion. Non le problème vient surtout des dialogues largement moins croustillants qu'auparavant et parfois à la limite du ridicule. On se remémore les longues tirades de l'indien Buteo qui philosophait en permanence sur le sens de la vie ou de la mort, tirades qui sont désormais réduites à peau de chagrin. Tout comme  la pauvre Miss Mathie, femme à cran qui ne se laissait pas marcher sur les pieds et qui se retrouve dans le rôle de la cruche de service tout juste bonne à alimenter un éventuel triangle amoureux avec Zack et Sweeney.

 "Taisez-vous Zack, ne dites plus un mot.
Ça fait trois ans que je suis veuve et j'en peux plus. 
Filons vite derrière ces buissons ou je vais exploser."

 "Ah ah ! Eh ben c'est du propre ma belle ! A peine ai-je le dos tourné que vous vous jetez sur le premier mâle venu !
Mais attendez je n'ai pas encore joué mon dernier atout pour vous séduire. Si avec ça vous me résistez encore je n'y comprends plus rien !"

 "- Hulahup ! Barbatruc !
- Oh my god ! Alors Steel Dick c'était vous ! 
Pousse-toi de là branleur de shérif ! J'arrive mon Dickie !
- Hé, hé, hé ! Et voilà le travail !"

Forcément, ceux qui ont adoré Oblivion ne pourront qu'être frustrés à la vision de cette suite directe. L'ensemble reste agréable et nullement ennuyeux mais tous les défauts cités plus haut ainsi qu'une surdose d'humour potache malvenue aurait plutôt tendance à foutre les boules. On imagine après coup ce que ce mélange de western et de sci-fi aurait pu donner une fois adapté au format série TV, et c'est peut-être l'option qu'aurait dû choisir Charles Band pour prolonger cette mini-franchise. Tant pis, il faudra se contenter de ces 80 petites minutes en se disant que l'on a échappés avec bonheur à d'autres suites qui se seraient révélées à coup sûr catastrophiques quand on voit le virage qu'amorceront les productions Band à l'aube des années 2000.

 "Bork ! Au lieu de te planquer sous le plumard à mater comme un gros pervers
viens donc m'aider à récupérer la carte que s'est fait tatouer ce débile.
Avec elle on va se foutre un max de Daconium dans les poches !

 "- Beuarr ! J'veux bien Lash, mais j'la vois pas ta carte. Qu'elle est où ?
- Mais ici grosse buse ! Sur sa b#"e !
- Ah ! J'croyais que c'était un grain de beauté.
- Non mais là c'est parce qu'elle est... ah, et puis ferme-la et viens m'aider !"

Alors que le premier Oblivion reste encore honteusement inédit chez nous, le second a connu les honneurs d'une sortie DVD en 2005 chez Warner Home vidéo (Gare ! Le doublage frenchy reste moyennement recommandable !).
Le blog Full Moon Empire Anthology de Joconda Latrodecta a aussi récemment proposé un lien qui pourrait, si vous n'avez pas déjà la galette en question, vous faciliter la tâche dans vos recherches.


http://charlesband-empire.blogspot.fr/2016/04/oblivion-2-backlash-1996-dvd5.html