mercredi 20 avril 2016

OBLIVION (1994)



An 3031. Sur une petite planète paumée à des milliers d'années lumières de la Terre, la petite ville d'Oblivion prospère comme elle peut sous ses allures de patelin tout droit revenu au bon vieux temps du Far-West. Véritable melting-pot de toutes sortes de races extra-terrestres, elle est surtout réputée pour l'exploitation du Daconium, un minerai extrêmement précieux aux capacités énergétiques hors normes. Tout irait pour le mieux si le vilain Redeye et sa bande de malfrats n'avaient pas décidé de faire main basse sur la ville après être entrés illégalement en possession d'un énorme stock de Daconium. Ni une ni deux les bandits dégomment le Marshall Stone et emprisonnent son adjointe cybernétique Stell Barr, leur laissant le champ libre pour prendre petit à petit le contrôle d'Oblivion et terroriser les habitants.
Gaunt, le croque-mort local, décide alors de retrouver Zack Stone, fils du shérif qui prospecte dans le désert après une dispute avec son paternel, et ce afin de l'informer du drame survenu. Le jeune homme qui vient tout juste de sauver un indien des griffes des terribles scorpions géants qui peuplent les terres arides retourne à Oblivion pour rendre un dernier hommage à son géniteur. Bien entendu tout le monde s'attend à ce qu'il reprenne le flambeau de ce dernier. Malheureusement Zack est un empathe et est incapable de faire le moindre mal à qui que ce soit sans souffrir comme un damné.

 
Après Lurking Fear sorti la même année, on retourne faire un petit tour du coté de chez Charly avec probablement l'une des meilleures productions de la Full Moon. Réalisé à une période plus que faste pour la boite du père Band, Oblivion, savant mélange de western et de science-fiction, est un divertissement quatre étoiles et à coup sûr ce que le producteur grippe-sou de Re-Animator a pu sortir de mieux avec les franchises Puppet Master, Subspecies ou Trancers.
Il faut dire que le bonhomme a tout misé sur un casting aux petits oignons : Andrew Divoff (Wishmaster, La Créature du Cimetière, Neon Maniacs) métamorphosé en lézard humanoïde borgne, Meg Foster en fliquette cyborg, Carel Struycken (le géant de Twin Peaks et le Lurch de La Famille Addams de Sonnenfeld) dans la peau d'un croque-mort capable de prédire la mort des autres, George Takei (le Sulu de Star Trek) en toubib alcoolo, Isaac Hayes (♪ Who's the black private dick that's a sex machine to all the chicks ? Shaft ! ♫), Mike Genovese ou encore la Catwoman du Batman des 60's Julie Newmar en femme-féline qui n'a pas froid aux yeux (eh oui, encore...).

 "- Vous m'avez bien servi mon cocktail habituel, Miss Kitty ?
- Quelle question Monsieur Gaunt. Franchement qui voudrait de cette saloperie ?
Un cocktail à base de viscères putréfiées, de couilles de Wookie et de jus de Ghoulies faut en vouloir !"

Les moins connus Richard Joseph Paul (Zack), Jackie Swanson (Miss Mattie) ou Jimmie F. Skaggs (Buteo) font pâles figures à coté de cette belle brochette mais parviennent quand même à tirer leur épingle du jeu grâce aux rôles qui leur sont confiés : le rejeton Stone est courageux mais incapable de se battre, Mattie Chase, tenancière d'une épicerie, est une dur à cuire qui n'hésite pas à tenir tête au gang de Redeye pour préserver ses intérêts et imposer sa vision des choses, et Buteo, l'indien dont la famille a été exterminée par les mêmes bandits, passe sont temps à philosopher sur le sens de la vie tout en distribuant torgnolles et mornifles dés que l'occasion se présente.
Et il y a une actrice qu'il ne faudrait pas oublier, celle qui représente à elle seule l'image même du film : la sublime Musetta Vander dans le rôle de Lash, bras droit et amante de Redeye, femme perfide et sadique qui semble chopper un orgasme à chaque fois qu'elle torture quelqu'un avec son fouet électrique.


Tout de cuir vêtue, la donzelle à la sexualité débridée (hommes, femmes, reptiles... pour elle pas de différence du moment que ça peut finir au pieu) est "LA" méchante d'Oblivion même si Divoff en Redeye s'en sort avec tous les honneurs. L'acteur s'en donne à cœur joie et cabotine comme un dingue, faisant preuve d'un humour noir succulent et mélangeant sarcasme et méchanceté avec une parfaite maitrise. En plus de Lash, les autres membres de son gang, malgré des stéréotypes flagrants, sont également assez fendards dans leur genre : une brute épaisse au Q.I équivalent à celui d'une hémorroïde (dixit Redeye), un pseudo latino efféminé as du lancer de couteau et un bellâtre champion de bras de fer qui aimerait bien s'envoyer la copine de son boss.

 "Maintenant que j'ai descendu le shérif c'est moi qui commande dans cette ville !
Alors voici les nouvelles règles ! Couvre-feu à 17h00 ! Restriction de nourriture ! Rationnement de la flotte !
La TVA passe à 75% ! Hausse de 200% des impôts locaux ! Mise en place d'une taxe sur le droit de vivre ! 
Ah oui... et à partir d'aujourd'hui la seule musique autorisée au saloon ce sera du Maitre Gims !"

 "Quoooiiiii !!!! Maitre Gims !!! Mais vas-y, tue-nous tout de suite sale reptile !!!!"

Que ce soit le casting, les personnages tous plus farfelus les uns que les autres ou l'intrigue en elle-même, tout semble être fait pour qu'Oblivion, œuvre visiblement pleine de personnalité, constitue un spectacle généreux bourré de clins d'œil : Takei balance des "Jim ! Teleportation !", Julie Newmar est toujours dans son rôle de Catwoman, sans oublier les clichés propres à tout bon western qui se respecte : bagarres dans les saloons, duel au pistolet sur l’avenue centrale de la ville, etc....

 "Bon allez arrête tes conneries Juan Carlos et pose-moi ce couteau !"

 "- Ma qu'esse tou vas faire la tafiole ? Tou crois mé faire peur ?
Avec tous les films d'actione qué yé vou yé connais mille et oune façon dé té découper en morceaux.
- Et Indiana Jones tu l'as vu ?
- Qué ?"

 "Visiblement non."
Bang !
"Aïe caramba !"

Basé sur une idée de Charles Band (comme d'hab quoi, dommage qu’il n’ait pas autant de fric que d'idées celui-là) et réalisé par Sam Irvin, Oblivion doit en fait sa réussite à la présence du grand Peter David. Comme il parait que le premier jet du script ne convenait pas du tout au bon Charly, ce dernier aurait demandé à David de le réécrire entièrement. Scénariste émérite dans le milieu du comics (son run sur le titre Incredible Hulk est devenu légendaire), le gros bonhomme, qui s'octroie également un petit rôle dans le film, accouche donc d'une intrigue vachement bien foutue en introduisant tout ce que l'on peut attendre d'un mix entre le Far-West et la Scifi. On pourrait même y déceler une petite touche propre au monde du comics US avec cette ambiance délirante qui règne en permanence. La preuve : durant la partie de bras de fer, l'indien Buteo cite une expression directement empruntée à la série Man-thing de Marvel. Le grand magicien de la stop-motion David Allen assure la majeure partie des effets spéciaux, créant pour l'occasion des scorpions géants absolument magnifiques. Tout le monde se souviendra des prouesses du maestro sur un grand nombre de productions Full Moon ou Empire puisqu'il est à l'origine de l'animation des marionnettes d'André Toulon dans les cinq premiers Puppet Master, des poupées de Dolls ou du dino-squelette de Doctor Mordrid. Mais Allen c'est aussi des coups d'éclat dans des œuvres de plus gros calibres comme Chérie, j'ai rétréci les gosses, Le Secret de la Pyramide, Sos Fantômes 2, Hurlements, Épouvante sur New-York.... Disparu en 1999, ce digne descendant de Ray Harryhausen nous manque terriblement aujourd'hui.

"Surtout ne pas bouger d'un poil. Si je reste pénard je devrais pas être emmerdé par ces petits scorpions du désert."

"Heu... tout bien considéré..."

Cerise sur le gâteau, on trouve le grand Pino Donnagio derrière le score du film ! Oui, oui, "Le" Pino Donaggio ! Celui derrière les BO de Carrie, Body Double, Ne vous Retournez Pas ou Piranhas ! La grande classe quoi !
En 1994 la Full Moon avait encore de l'ambition et ça sentait; mais l'état de grâce n'allait plus durer bien longtemps. Oblivion est en effet la toute dernière production de la firme à avoir été distribuée par la Paramount, celle-ci s'apprêtant à cesser toute collaboration avec Charles Band.
Le début de la fin en quelque sorte. D'ailleurs la suite du long-métrage intitulée Oblivion 2: Backlash, qui sortira deux ans plus tard, n'atteindra jamais le niveau du premier opus, manque de pépettes oblige.
Même s'il n'est pas exempt de défaut (pas mal de dialogues ne volent pas très haut et certains décors sont assez pauvres), Oblivion évite les séquences qui laisserait le spectateur s'enliser dans un ennui profond. S'enchainent donc une pléthore de passages sacrément bandants : l'attaque des scorpions géants, la cérémonie funéraire en pleine partie de Bingo, le bras de fer où le perdant risque de se faire boulotter par le Mon-Ding (sorte de grosse grenouille venimeuse), la tension sexuelle omniprésente entre Redeye et Lash, ou celle entre Stell Barr et Buteo.... et j'en oublie tellement il y en a.

"- Dis-voir bel indien, ça te dirait de me montrer ton Tomahawk ?
- Franchement Madame, avec un nom comme Stell Barr je me pose quand même quelques questions 
quant à votre sexe. Donc je déclinerai poliment votre offre."

Certains diront que je suis trop clément avec ce petit film mais quand on voit ce que la Full Moon nous pond désormais on ne peut que prendre un panard phénoménal devant Oblivion. Film écrit et réalisé par de véritables amoureux du genre (ou plutôt des genres), généreux en action, en humour et en bestioles zarbis, il est incontestablement au tout dessus du panier des prods du père Band. Et que celui qui vienne me dire le contraire se fasse bouffer le cul par un Mon-Ding !

"- Tu m'auras pas peau rouge. Si tu crois que je vais me faire avoir et bouffer la grenouille.
- Tu as mal compris visage pâle, c'est la grenouille qui va te bouffer.
- C'est quoi cette connerie ? M'en fous, je t'aurai quand même.
- Au fait j'ai entendu Lash dire que Redeye avait un Tomahawk bien plus gros que le tien.
- Quoooiiiii ? Espèce de fils de..... -Croooaaaaa aaaarghhhhhh !!!!!"

Avec le lien ci-dessous vous pourrez vous faire votre propre idée sur le film de Sam Irvin.
Encore une fois c'est un DVD Rip auquel j'ai collé des sous-titres frenchies sans trop galérer puisqu'un timecode anglais existait déjà.

https://1fichier.com/?e2pd96311x


 TRAILER
video

vendredi 1 avril 2016

BRUNO MATTEI Itineraires Bis


Est-il encore utile de présenter Bruno Mattei ?
Trop souvent injustement catégorisé comme le pire réalisateur italien voire comme un vulgaire copieur crapoteux, Bruno Mattei c'est surtout un artisan fidèle qui, à travers plus d'une cinquantaine de films, a voulu démontrer que l'on pouvait faire un cinéma fun et décomplexé avec trois copecs pendant que d'autres essayaient de suivre le même chemin avec des portefeuilles pleins à craquer.
Sous divers pseudonymes (dont le plus célèbre restera à coup sûr celui de Vincent Dawn) le bonhomme a touché à quasiment tous les genres: la nazisploitation, le WIP, la nunsploitation, le mondo, l'érotisme, le western, le post-apo, le film de cannibales, de zombies... Qui n'a jamais vu Virus Cannibale, œuvre complètement chtarbée avec ces bidasses en tutu qui dansent autour de mort-vivants affamés ? Ou Les Rats de Manhattan avec ces Mad-Max à la petite semaine qui luttent comme ils peuvent contre une armée de rats en peluche ? Ceux qui n'aiment pas le fantastique me direz-vous ? Peut-être. Mais surement pas les autres. Virus Cannibale, Les Rats de Manhattan, Zombie 3, Robowar, Strike Commando... autant d'ovnis cinématographiques conspués par les critiques "bienveillantes" mais ô combien savoureux. On peut aimer le travail de Mattei, on peut le détester mais en aucun cas on ne peut y être indifférent.

Et c'est dans cette optique que David Didelot, Mister Videotopsie himself et déjà à l'origine du pavé "Gore dissection d'une collection", a entrepris de rédiger les 448 pages que composent le somptueux bouquin que vous voyez ci-dessus.
Pour rendre hommage comme il se doit à ce brave gars du Bis transalpin, l'ami David s'est plié en quatre : préface de Monica Seller, entretiens avec le scénariste Antonio Tentori et la belle Yvette Yzon, témoignages de Geretta Geretta ou Margit Evelyn Newton, photos et reproductions d'affiches à gogo, chroniques de tous les films signés par le bon Bruno, etc...
Tous ceux qui sont intéressés par ce qu'a pu faire de mieux (ou de pire c'est selon) Bruno Mattei pendant ses presque 40 ans de carrière peuvent dés aujourd'hui précommander le livre de David Didelot sur le site des éditions Artus.

Toute précommande avant mi-mai vous assure d'avoir non seulement l'ouvrage dédicacé par l'auteur avant sa sortie en librairie mais aussi de recevoir en cadeau deux affiches (32X70) des Rats de Manhattan et de Virus Cannibale.
Et dire que certains esprits s’autoproclamant "supérieurs" se sont permis de dire que la rédaction d'un livre sur Mattei ne présentait aucun intérêt. D'ici a parler de fist-fucking culturel on n'en est pas loin. Ah les fous !

http://www.artusfilms.com/livres/pre-commande-bruno-mattei-itineraires-bis-196