vendredi 27 novembre 2015

CONTAMINATION.7 (1990)


Josie, jeune campagnarde, revient dans sa bourgade natale après plusieurs années d'exil dans la grande ville. Au cours du trajet qui la ramène vers sa famille elle rencontre Susan, laquelle cherche à rejoindre Seattle en bus pour retrouver son boy-friend. Cette dernière, lamentablement oubliée sur une station service pendant que le chauffeur était parti soulager sa vessie, est sauvagement tuée par des racines carnivores, résultat improbable du déversage je-m’en-foutiste de déchets toxiques dans la forêt environnante par une centrale nucléaire. A peine arrivée à destination, Josie réalise alors que ces mêmes plantes commencent à boulotter tout son entourage. 
A elle et à son prétendant Matt de convaincre un patelin incrédule et légèrement arriéré que le cauchemar a déjà commencé.

"- J'vous jure ma p'tite dame. Ici on fait pousser des salades grosses comme des Chevrolets.
Et j'vous parle pas des concombres, de vraies matraques. Si ça vous dit j'peux vous en refiler un ou deux.
- Bordel mais qu'est-ce que c'est que ce bled de dégénérés. Il est quand le prochain bus pour Seattle l'ancêtre ?
- Dans trois semaines ma p'tite dame.
- Ouh putaaiiinnnn..... je sens que ça va être long."


Contamination.7, produit en 1990 par Filmirage, la boite de production de Joe D'Amato, est, à l'instar de bon nombre de produits italiens de la même période, connu sous diverses autres appellations. On trouve du "Creepers", du "Crawlers", du "Radice Assassine" et même du "Troll 3" histoire de coller à une autre prod Filmirage de la même année, le délicieusement débile Troll 2 signé Claudio Fragasso, alors que ni le second ni ce troisième opus n'ait un quelconque lien avec le film réalisé par John Carl Buechler en 1986 pour ce bon vieux Charles Band. Pourquoi Troll 3 alors qu'il est ici question de plantes carnivores ? Nul ne le sait et tout le monde s'en fout.
Le fait que ce machin destiné au marché vidéo soit avant tout réalisé par Mister D'amato lui-même (ici sous son pseudo de David Hills) et son poto Fabrizio Laurenti (aka Martin Newlin) constitue le seul véritable intérêt qui pourrait nous pousser à le mater.
Laurenti, les dingos de bis barjot sauce bolo, s'en souviendront surtout pour son Démoniaque Présence" (alias Witchcraft, Witchery, Evil Encounters, Malefiche Presenze, Ghosthouse 2, La Casa 4.... n'en jetez plus, que le dernier ferme la porte en sortant) où le permanenté David Hasselhoff affrontait une Linda Blair une nouvelle fois possédée par on ne sait quel esprit dégueulasse au cœur d'une vieille bâtisse délabrée paumée sur une ile déserte. Un long-métrage pas vraiment inoubliable mais à l'ambiance suffisamment malsaine pour que n'importe quel aficionado de fantastique transalpin daigne s'y attarder (moi perso j'aime bien). Deux ans après ce premier forfait, Laurenti, secondé au scénario par Rossella Drudi (les scripts de Troll 2, Zombie 4:After Death, Robowar... bref, vous m'avez compris) remet donc le couvert avec ce Contamination.7 et autant le dire tout de suite : que ceux qui ont détesté Démoniaque Présence passent rapidos leur chemin s'ils ne veulent pas se crever les yeux au bout des 90 minutes réglementaires imposées par cette merveille, voire limite se percer les tympans histoire de ne plus jamais avoir à entendre de tels dialogues aptes à leur flinguer le peu de neurones qui pourraient leur rester. Car oui, Contamination.7 c'est du lourd. Du très lourd. Et c'est pour ça qu'il mérite d'être vu par nous tous, pauvres masos que nous sommes.

"- On appelle qui ?
- Oui, qui ?
- Je ne sais pas mais nous devons demander de l'aide."

Les propos de ces charmants protagonistes ne vous ont même pas arrachés un sourire ? Normal puisque je ne les ai pas traficotés comme à mon habitude. Tout ce que vous venez de lire provient bel et bien du film dont nous parlons. Avec Contamination.7 nous ne sommes résolument pas chez Audiard. Ici pas de joutes verbales mémorables, tous les dialogues sentent bon le terroir, un peu comme si les réalisateurs tenaient absolument à nous faire partager la consanguinité prononcée qui semble être de rigueur dans cette charmante petite ville de Littleton. Littleton, le paradis du péquenaud trépané, des putes au rabais qui arpentent les bistrots en quête de gogos, des prolos alcoolos, et dont les écoles semblent  visiblement s'arrêter au cours élémentaires afin que le QI moyen de la jeunesse locale ne dépasse pas dans un avenir proche celui de leurs géniteurs. Impossible de nier le fait que la connerie est congénitale chez les Littletonniens. Prenons l'exemple de la petite Josie (la brune Mary Sellers, aperçue dans le Bloody Bird de Soavi, La Maschera Del Demonio de notre copain Lamberto, La Maison du Cauchemar de Lenzi ou le 11 days, 11 Nights du même D'Amato) qui, bien qu'elle ait passé pas mal de temps chez les citadins, voit le naturel revenir au galop une fois rentrée au bercail. Jalouse, capricieuse, râleuse, elle a tout pour plaire; sa relation amoureuse avec le blondinet Matt (Jason Saucier) ferait presque passer Al et Peggy Bundy pour les nouveaux Roméo Juliette. Quand Josie pleurniche qu'elle s'est fait piquer par des orties son copain lui rétorque qu'elle préférerait surement se rouler dedans avec ses amis de la ville plutôt qu'avec lui. Et ce dernier de prendre une grande tarte dans la gueule avant d'aller se taper la première femme de joie venue. C'est comme ça que ça marche à Plouctown. Si l'amour est dans le pré, il sent sacrément le purin. Ou alors est-ce la vision que se fait ce bon vieux Joe d'une love-story, qui sait ? Reconnaissons toutefois que le jeu des acteurs, déjà fortement plombé par un texte au ras des pâquerettes, ne fait rien pour arranger les choses, ceux-ci donnant en permanence l'impression qu'ils sont en train de chercher ce qu'ils ont à dire. On sait que D'Amato était le roi du tournage-éclair mais d'ici à l'imaginer en train de tenir le script caméra au poing devant ses comédiens afin qu'ils ne perdent pas de temps à apprendre leurs dialogues, il faut quand même pas pousser. Si le couple vedette est déjà pas mal en son genre, il n'arrive nullement à la cheville du shérif interprété par un certain Vince O'Neill. Forcément sous tranxène au vu de la lenteur qu'il manifeste pour aligner deux mots (gardez votre calme s'il vous contrôle en bagnole, ça peut prendre un certain temps), ricanant surtout quand ce n'est pas drôle, possédant un égo surdimensionné et entouré d'adjoints encore plus débiles que lui, on se dit qu'heureusement que Littleton n'est peuplée que d'inoffensifs neuneus sinon ce serait un beau merdier.
C'est pas Shérif fais-moi peur mais presque...

"- Et il est où ton cadavre, blondinet ? Hein il est où ?
  C'est qu'faut t'y pas m'prendre pour un bolosse mon mignon. On m'la fait pas à moi.
- Sauf votre respect shérif, je vous rappelle que vous mesurez moins d'un mètre cinquante et que si vous arrivez actuellement à 
me postillonner en pleine face c'est parce que justement vous avez les deux pieds sur le macchabée en question.
- Quoi ? En plus on fait le mariole ? Ton compte est bon, j'te coffre pour outrage à agent p'tit con !"

Pour venir secouer tout ce beau petit monde atrophié du bulbe par autant de défaillance cérébrale généralisée, il fallait bien un vilain entrepreneur peu scrupuleux qui, afin d'économiser quelques pesos, s'en va balancer ses fûts de déchets toxiques dans les bois. Des bois qui ne semblent pas aimer la chose puisque la végétation va dés lors subir une étrange mutation qui pousse les racines de chaque végétal à se métamorphoser en liane assoiffée de sang humain. Ben oui, vous vous rendez pas compte du budget qu'il aurait fallu débourser pour animer des chênes entiers vous. On roule pas sur l'or chez Filmirage. Déjà que le dino en carton-pâte d'Eastman pour son Metamorphosis leur avait couté une blinde alors cette fois pas question de péter la tirelire, quelques tentacules en plastoc animés à l'arrache dans lesquels feront semblant de s'entortiller les comédiens et vogue-la-galère. Bela Lugosi l'a bien fait chez Ed Wood, pourquoi s'emmerder ? Le pire c'est qu'on arrive parfois à y croire, mais pas souvent malheureusement. On pourra quand même noter un défonçage de crâne assez bien foutu où les végétaux pénètrent par la bouche de l'infortuné avant de ressortir par l'œil, c'est toujours ça.
Pourtant, malgré le peu de moyens attribués aux effets spéciaux, les metteurs en scènes tiennent malgré tout à ce que leurs créatures alignent un maximum de cadavres, le dernier tiers du métrage prenant un malin plaisir à flinguer la quasi totalité du casting. Tonton Joe est généreux, mais ça on le savait. Tellement généreux qu'il tente, comme à son habitude, d'apporter une certaine qualité esthétique à son œuvre en exploitant au mieux les verts pâturages mis à sa disposition. Que ce soit lui ou son comparse Laurenti on sent que chacun a voulu apposer sa patte sur le produit fini, d'où bien souvent un aspect décousu où les scènes s'enchainent à une vitesse hallucinante sans réelle signification. L'arrivée de Josie à Littleton est ainsi constamment entrecoupée d'images de camions transportant des déchets radioactifs ou de scènes absolument inutiles et inintéressantes comme celles où Matt joue aux cartes avec son père tout en ne parlant pour ne rien dire. C'est un peu le bordel mais c'est assez marrant.

"- Et là tu vois ce sont des feuilles de Glandouiller que j'ai ramassé la semaine dernière dans la forêt près de la centrale nucléaire.
On les reconnait grâce à leur dentition et à leur faculté à s'entre-dévorer.
J'ai dû les coller sinon elles se bouffent entre elles ces connes. Hé, tu m'écoutes, frangine ?
- Heu... ouais, ouais, très intéressant. Ça te dit pas de regarder Porno Holocaust plutôt ?
Parait qu'ça déchire grave.
- Non, c'est bon je l'ai déjà maté trois fois ce mois-ci."

Tout gourmand que nous sommes, de telles choses nous donnent déjà sacrément l'eau à la bouche. Pourtant ce qui fait la réelle saveur de ce Contamination.7 ce sont ses multiples incohérences et les incroyables réactions des différents personnages face à diverses situations.
Prenons quelques exemples pêle-mêle (bon ok, c'est un peu exagéré mais on n'est pas loin de la vérité):

"- Ça y est les voilà ces fûts de déchets toxiques !
- Où ? J'vois que dalle !
- Ben ouvre les yeux ducon ! Là juste en dessous ! "

"- Ah ouais ! Putain ils étaient bien planqués ces cons-là. Sans l'hélico on les aurait jamais trouvés.
C'est bizarre pourtant je viens me balader tous les jours dans le coin avec mon chien et j'avais rien remarqué.
- Celui qui a six pattes et une teub de 90 centimètres ?
- Ouaip c'est ça.
- Ben merde, je sais pas qui est le plus con. Toi ou ton clébard."

"- Bon, atterris papy, faut aller voir ça de plus près.
Pose-toi au milieu de ce tas de ronces.
- Alright buddy !"

"Arrghhhhh.... nom de dieu  aide-moi, elles essaient de me bouffer ces ronces de m....."

"- Oh mon dieu mais quelle horreur ! 
Ah non mais..... ah merde c'est franchement trop horrible... j'arrive pas à y croire. 
Si je ne voyais pas ça de mes propres yeux je dirais que je suis en train de mater un de ces nom de dieu de nanars ritals dont raffole 
mon crétin de fils... ah non mais c'est dingue... j'te jure j'en reviens pas... c'est vraiment atroce.... ah non mais alors là.... 
- Ta gueule et viens m'aider ! Arrffff....."

"- Hmmmmm... attends... hmmm... chaipas, j'hésite.... est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux que j'aille chercher de l'aide avec l'hélico ? 
C'est qu'elles ont l'air hachement dangereuses ces saloperies... attends je réfléchis.... hmmmmm...
- Cough ! Arffhh... mais magne-toi le cul bordel ! Prends la tronçonneuse à l'arrière de ton coucou ! Vite !"

"Non c'est bon, bouge pas je vais chercher les copains au bistrot du village. J'reviens vite !"

" Arrrrrhh... 'culé ! J'te connais tu vas en profiter pour descendre quelques binouzes avant.
Espèce de..... arghhhhhhhhhhhhhhhh !!!!!!!!!!!!!!!!"

Trois heures plus tard
"- Ça y est ma couille, chuis là et j'ai amené des renforts ! Hé, t'es où ?
BUUUURRRRPPPPPPPPPPPPP !!!!!!!!
- Putain c'est quoi ce bruit ? Bon tant pis, allez les bouseux, puisqu'on est là on va en profiter pour nettoyer tout ce merdier !"

"- Yo papy, tu crois pas que c'est dangereux de manipuler tous ces fûts hautement radioactifs comme ça à la main ?
- Meuh non, si ça l'était tu crois que la centrale les aurait balancés comme ça en pleine cambrousse ?
- Yep, t'as raison ! Allez au boulot les potos ! Putain mine de rien c'est lourd ces merdes on en a pour des plombes à tout déblayer !"

"- Ouais t'as raison Paulo. Attends j'vais chercher les bulldozers !
On va enterrer ça vite fait bien fait et retourner s'envoyer des binouzes au bistrot !
- Yeah, t'es trop intelligent papy !
- Que veux-tu, faut bien un cerveau dans ce patelin de consanguins !"

Si tout ça ne vous a pas donné envie de vous jeter furieusement sur ce film alors je n'y comprends plus rien, surtout si vous avez déjà apprécié des machins comme Troll 2 ou Démoniaque Présence. Avec Contamination.7 la connerie ambiante est portée à son maximum et il faut bien reconnaitre que les œuvres abordant le thème des végétaux assassins ne courent pas non plus les rues. L'amateur de bis lambda, élevé aux produits made in Italia, saura faire la part des choses. Il fermera les yeux sur le jeu catastrophique des acteurs, sur les SFX plus que craignos, sur l'action parfois un peu trop mollassonne et se recentrera sur ce que ce film est réellement : l'un des derniers témoignages de ce que nos copains transalpins savaient faire à la fin du vingtième siècle avant que la télévision ne vienne leur couper l'herbe sous le pied et transformer en parmesan râpé toute une culture cinématographique aujourd'hui considérée comme l'une des plus savoureuses. Que l'on frissonne ou que l'on se pisse dessus de rire en regardant un bon bis italien, l'essentiel c'est qu'il ne nous laissera jamais indifférent. Et croyez-moi Contamination.7 est bien placé pour vous le prouver. Merci Big Joe ! Putain, tu nous manques mec !

"Alors si j'ai bien compris vous venez râler parce que D'Amato ne vous a pas assez payés pour son, je vous cite, 
film de merde qui va nous faire passer pour de grosses buses ?"

"- Ouaip mec, t'as tout pigé. Il nous a dit qu'avec cette daube on serait des stars et au contraire on passe pour des grosses burnes.
Alors fuck mon pote, c'est toi le distributeur alors t'assumes les conneries de l'autre blaireau de D'Amato 
et tu craches les thunes ou on te colle un procès au cul.
- Ouais, chuis d'accord avec mon mec, crache le flouze tarlouze !"

"Hé, hé, attendez, j'ai dû mal entendre. Vous avez dit quoi ?
De quoi vous avez traité Joe ? Son film est quoi ? Vous allez faire quoi ?"

"Heu... non respect mec. D'Amato est le meilleur réal au monde. Orson Welles est une fiotte à coté.
On est trop fiers d'avoir joué dans Contaminatruc poinsette, j'te jure. C'était pour rigoler.
On aurait même payé d'notre poche pour jouer dedans. D'ailleurs c'est quand qu'on fait la suite ?"

Le lien que je vous propose provient de My Duck is Dead, le tout agrémenté de sous-titres maison faits de A à Z
(puutaaiiin qu'est-ce que c'est long...):

Bonzaïs sous stéroïdes 



UN TRAILER UN PEU POURRAVE


ET QUELQUES AFFICHES BIEN FENDARDES

- Yeah, t'as vu l'affiche de la mort qui tue que j'ai bidouillé pour ce nanar ?
J'y ai collé la ganache qu'on voit sur celle d'Incidents de parcours de Romero histoire que ça pète encore plus.
- D'la balle mec ! Au fait les argentins nous en ont commandé une autre. Tu peux t'en occuper ?
- No problemo amigo !"

- Putain mec, tu t'es planté d'affiche quand t'y as collé le titre !
Les argentins vont encore gueuler !
- Bah, t'inquiète ! De toute façon personne va le mater ce machin débile ! 
Allez, amène-toi, papy nous attend au bistrot pour l'anniversaire de Tonton Jack ! 
Qu'est-ce qu'on va se mettre !"

mardi 10 novembre 2015

LES ORPHELINS DE L'UNIVERS by C Dan


Comment ne pas partager avec vous ce sympathique petit montage réalisé par C Dan et qui reprend en (presque) live la parodie de l'émission "L'Avenir du Futur" que je m'étais amusé à écrire en juin dernier.
Chapeau bas l'ami ! Sacré boulot et sacré cadeau !
Mille mercis !


mardi 3 novembre 2015

ASH VS. EVIL DEAD (2015)


Et voilà ! Halloween et sa flopée de spectres et de revenants s'en sont allés une fois de plus pour rejoindre les limbes et comme chaque année peu de chaines françaises ont su profiter de cette fête pour proposer les programmes adéquats que bon nombre d'accros au cinéma fantastique étaient en droit d'attendre. A part RTL9 qui nous balançaient coup sur coup deux aventures du père Myers, les autres se sont une fois de plus faits bien timides. Pourquoi s'emmerder à accorder une once d’intérêt à un genre qui a incité une semaine auparavant de jeunes mongolos à retourner des salles de ciné lors de la projection du dernier Paranormal Activity ? Heureusement les ricains, eux, sont bien moins cons que nous et savent comment profiter au maximum des possibilités télévisuelles que peuvent offrir l'All Hallows' Eve.
Cette année la chaine Starz s'est nettement démarquée des autres en diffusant le pilote d'une nouvelle série que pas mal de monde
attendait : le premier épisode d'Ash vs Evil Dead, suite officielle de la fameuse trilogie débilo-horriffique de Sam Raimi, Evil Dead.


Depuis L'armée des Ténèbres en 1993, Raimi et son copain Bruce Campbell avaient remisé le fusil à canon scié et la tronçonneuse d'Ash Williams au fond d'un placard, promettant plus ou moins de ressortir un jour ou l'autre tout ce joli matos. Au cours des 20 années suivantes pas mal de rumeurs ont circulé sur une possible résurrection de la franchise et les insinuations de l'ami Sam himself sur la mise en branle d'un quatrième opus ont longtemps excité tous les fans de la saga. Mais auréolé du succès planétaire des trois Spider-Man et probablement overbooké par son statut de producteur, le réalisateur ne s'était plus véritablement penché sur la saga qui l'avait fait connaitre; tout au plus avait-il accordé un aval bienveillant au remake signé Fede Alvarez en 2013, remake salué par certains mais conspué par d'autres. Ayant depuis les années 90 atteint le statut de franchise culte, Evil Dead, pour les fans purs et durs, ne reposent que sur une seule et même personne : Bruce Campbell, acteur charismatique et emblématique depuis qu'il incarna pour la première fois le rôle de Ash en 1981. Impossible d'imaginer un Evil Dead sans lui et sans l'humour bien particulier qui caractérisait les opus 2 et 3, ce que le film d'Alvarez n'était pas en mesure de proposer puisque se voulant un remake du premier épisode, bien plus sérieux à l'origine.
Est-ce cela qui a forcé Raimi à se lancer dans la mise en branle d'une série TV contant la suite des aventures de ce bon vieux Ashley ? Mystère. Mais depuis cette fameuse annonce au comic-con de San Diego en 2013, nombreux étaient ceux qui attendaient le réalisateur au tournant, se demandant si ce dernier allaient tenir compte de leur impatience et ne pas leur refiler un truc foireux et irrespectueux.
Le 31 octobre est donc diffusé le pilote, réalisé par Sam Raimi en personne, et les réactions ne se sont pas fait attendre: ce premier épisode d'Ash Vs Evil Dead est une putain de tuerie !


Vivant reclus au fond d'une vieille caravane au fin fond de la cambrousse US, Ashley J. Williams n'a pas changé d'un poil, si ce n'est qu'il a pris un peu de poids et un léger coup de vieux. Pourtant ce n'est pas ce qui l'empêche d'être encore un gros connard arrogant et prétentieux et d'exercer toujours le métier d'employé de supermarché, bien qu'il ait la lourde responsabilité de veiller sur le fameux bouquin diabolique, le Necronomicon Ex-Mortis aka le livre des morts. Lors d'une soirée un peu trop portée sur la consommation d'herbes de Provence, notre anti-héros lit quelques lignes du grimoire pour épater la donzelle qu'il a ramené chez lui et réveille bien entendu les démons qui y étaient retenus prisonniers. N'étant plus seulement cantonnées à une vieille baraque perdue au fond des bois, les forces maléfiques menacent désormais le pays tout entier.


Dés les premières minutes le ton est donné : Ash is back ! Et ce pour notre plus grand plaisir. Éternel ado puéril et prétentieux, conduisant toujours une vieille Oldsmobile, refusant visiblement d'assumer son âge, il faut le voir se pomponner sur fond de musique rock avant d'aller brancher une pauvre esseulée dans le troquet du coin. Esseulée qu'il finira par culbuter sauvagement dans les chiottes pour dames du bistrot tout en lui claquant le fessier avec sa prothèse de main. Obsédé, dédaigneux et maladroit il tente tant bien que mal de garder son job au magasin Value Stop au grand désespoir de son patron fatigué de subir ses multiples maladresses. Quand les démons de Kandahar viendront frapper à sa porte, il n'aura d'autre choix que de reprendre les armes et de se lancer dans une nouvelle croisade, accompagné cette fois de deux collègues de travail : Pablo, un immigré qui considère Ash comme le nouveau messie et Kelly qui, elle, le voit plutôt pour ce qu'il est réellement: un pauvre abruti dégénéré.
Parallèlement la série suit les tribulations de la fliquette Amanda Fisher, particulièrement perturbée après avoir dû abattre froidement son partenaire possédé par les esprits du Necronomicon et qui semble bien déterminée à faire toute la lumière sur les phénomènes surnaturels en vigueur.


Pendant plus de trente minutes le spectateur lambda se retrouve donc à nouveau totalement immergé dans l'ambiance délirante de la franchise : possédés démantibulés qui balancent des litres et des litres de sang une fois démembrés, caméra folle qui course les protagonistes( la fameuse shaky cam), crânes qui explosent, poupée tueuse qui tente de grignoter le nez du héros, répliques cinglantes, clins d’œil à la pelle .... tout y est.
Campbell est comme à son habitude absolument magistral. Il en fait des tonnes, roule des mécaniques, s'éclate des pots de fleur sur la tronche, se retrouve à nouveau aspergé à gogo d'hémoglobine et ne cesse de se prendre des roustes phénoménales. Quand on vous dit que son personnage était de retour, on ne vous mentait pas. Même si Raimi ne fait aucune allusion à L'Armée des Ténèbres pour des raisons de droits, Ash vs Evil Dead est bel et bien la suite directe du troisième opus de la saga.


Question violence, Sam Raimi a fait le choix judicieux de confier son bébé à la chaine Starz, laquelle lui a laissé carte blanche pour son show et n'a pas été vraiment regardante sur l'étripage et les tonnes de barbaque qui allaient être balancées aux visages des téléspectateurs. Il faut bien dire que depuis le carton de Walking Dead, tout le monde s'est rendu compte que le gore était désormais devenu une véritable petite pompe à fric pour les chaines de télé. Conçu pour s'étaler sur dix épisodes de trente minutes (le premier en fait 40), Ash vs Evil Dead semble donc être particulièrement bien parti pour devenir "la" série événement de l'année. D'une efficacité redoutable, mixant horreur et humour avec maestria, doté d'un score choisi à la perfection, ce premier épisode intitulé El Jefe ne peut se qualifier que par la même expression qui sort de le bouche de notre anti-héros dans les toutes dernières minutes de ce premier jet : "Grooooooovy !"
Et dire que le show est d'ores et déjà renouvelé pour une deuxième saison...