samedi 11 juillet 2015

LA NUIT DES REQUINS (1988)


Tout juste évadé des geôles pas très catholiques de l'armée française après le récent foutoir occasionné par la diffusion du Cauchemar aux yeux verts, votre Tonton Jack a rapidement fourré string de bain léopard, écran total et bouée-canard dans sa valoche avant de mettre les voiles pour des vacances bien méritées (et occasionnellement pour éviter de passer ces deux mois d'été au fond d'un cachot humide).
Direction les plages ensoleillées du sud-ouest où votre serviteur envisage de plus en plus de racheter un fond de commerce afin d'y transférer sa boutique diabolique, histoire de bosser les doigts de pied en éventail tout en sirotant quelques Pina coladas. Mais je n'en suis pas encore là et afin de vous faire oublier que vous êtes en train de vous transformer en ersatz de l'Incredible Melting Man sous le cagnard d'enfer qui semble s'être installé en cette période estivale, je me suis dit qu'un bon petit bis rital bien exotique saupoudré d'attaques de squales boulimiques me paraissait fort bienvenu. Chaussez vos palmes, enfilez masque et tuba, n'oubliez pas la côte de maille et venez piquer une tête avec moi dans les eaux bleues turquoises du Mexique.

"- Dites-voir très cher, comme vous êtes justement en train d'en découper un, pourriez-vous me vendre un de ces goujons bien charnus ?
- Un goujon ? Ma p'tite dame, soit vous êtes New-Yorkaise soit vous êtes une vraie blonde !"

David Ziegler s'est éloigné volontairement des mégalopoles américaines pour aller jouer les chasseurs de requins au Mexique.
Installé sur une petite plage, il lutte quotidiennement contre un squale insaisissable et borgne surnommé le Cyclope, lequel semble bien décidé à le transformer en steak-tartare et n'hésite pas à employer les stratagèmes les plus tordus pour attirer le bonhomme dans l'eau. Parallèlement, James, jeune frère de David légèrement escroc sur les bords, a entrepris de faire chanter Rosensky, le patron d'une importante société ricaine, à l'aide d'informations compromettantes qu'il a stockées sur un disque. Pour ne pas risquer de se faire prendre l'objet sous la contrainte, il l'a expédié à son frangin qui va très vite comprendre que les conneries de son cadet va lui valoir de devenir la cible de toute une meute de tueurs à gages embauchés par le bras droit de Rosensky. Histoire de corser une situation déjà bien bordélique, David décide de cacher le disque dans l'estomac du Cyclope.

"Bizarre cette sensation d'être observé en permanence... 
Depuis que j'ai tiré cette disquette et ce sac de diamants à mon boss mafieux je crois que je deviens parano."

Le réalisateur italien Tonino Ricci adore tourner tout en se dorant la pilule au soleil. On se souvient de son Bermudes: Triangle de l'Enfer en 1978 où la bombe blonde Janet Agren côtoyait déjà des squales légèrement fêlés de la cafetière; ou encore de ce délirant Incontro con gli Umanoidi en 1979 où Gianni Garko rencontrait toutes sortes de créatures hallucinantes au fond du triangle des Bermudes (l'ivresse des profondeurs sans doute). Une dizaine d'années plus tard, surement fatigué des sous Mad-Max (Rush) et des plagiats transalpins de Conan (Thor Il Conquistatore) il s'octroie à nouveau quelques vacances "on the beach" et en profite pour mettre en boite un film en collaboration avec la Rai Uno; une œuvre certainement destinée au départ à combler une case vide dans la grille de la chaine.
Sous son pseudo habituel d'Anthony Richmond, il parvient quand même à réunir un casting assez intéressant et basé presque entièrement sur des gueules emblématiques du cinéma bis et de la télévision américaine. Treat Williams n'est bien entendu plus à présenter (Le Prince de New-York, Flic ou Zombie, The Substitute 2, 3 et 4, l'excellent Un Cri Dans l'Océan) et autant dire que sa bonne trogne de baroudeur mal rasée est parfaite pour incarner le chasseur de requins David Ziegler, ermite don juan aux chemises hawaïennes pas vraiment du meilleur goût et professionnel dans la descente en vitesse rapide de canettes de bière. Une spécialité qu'il partage avec son associé Paco, alias Antonio "Huggy les bons tuyaux" Fargas, margoulin et cabotin comme c'est pas possible mais totalement fidèle à son meilleur copain David. On se demande d'ailleurs si Ricci n'a pas cherché à rééditer ici la complicité qui régnait entre les célèbres duettistes Terence Hill et Bud Spencer, surtout lors de la scène d'ouverture. Même impression lors du passage de la baston générale dans le troquet du village qui nous gratifie d'une bonne série de grosses baffes dans la gueule et de destruction de matériel en tout genre. Et même si nos deux amerloques n'arrivent manifestement pas à la cheville des bagarreurs italiens, nous serions de mauvaise foi de ne pas reconnaitre une alchimie particulièrement appréciable entre ces deux-là; les grimaces incessantes de Fargas, cigare vissé aux lèvres, sont d'ailleurs à se pisser dessus.

"- Yo Paco ! Passe-moi la bière sur le tabouret devant toi. J'ai presque fini la mienne et franchement c'est trop loin !
- Peux pas grosse feignasse, j'suis trop bourré pour m'lever.
- Juanitaaaaaa !!!! Laisse tomber la vaisselle et descends me rapprocher cette bière !"

A leurs cotés on retrouve Christopher Connely (♪Rollin' rollin' black inferno ♫....ggrrrrrrr saloperie de chanson !) sous la soutane d'un curé dont la mission vient en aide aux jeunes garçons orphelins (pas de mauvais esprit s'il vous plait), les sublimes Janet Agren (décidément) et Nina Soldano dans les rôles respectifs de l'ex-femme de David et de sa maitresse actuelle. Autant dire qu'il ne s'emmerde pas l'enfoiré.
Si je pouvais dégotter deux vahinés du même acabit pour venir m'apporter mon cocktail dans ma retraite landaise je ne dirais pas non.
Ces deux beautés m'en feraient presque oublier la présence du fameux John Steiner coincé dans les costards immaculés du gros richard bouffeur de homard Rosensky, du moustachu Salvatore Borghese, grand habitué des productions Spencer/Hill (comme quoi...) et de Stelio Candelli (La Planète des Vampires, Démons...) en mercenaire chtarbé.
Dommage que ces artistes ne soient pas employés au maximum de leurs capacités : les demoiselles de service n'ont pas de rôles suffisamment développés pour les rendre véritablement attrayantes (attributs féminins mis à part bien entendu), Steiner n'apparait au final que très peu et son personnage ressemble plus à une évadée de la Cage aux Folles qu'à un bad-guy sans scrupules. Et pour ce qui est de ses employés, annoncés comme étant des types sans merci et sanguinaires, ce ne sont en fait que des bons à rien qui se feront rapidement occire par le héros et son copain requin.

"Si vous saviez comme vos beaux yeux verts me mettent la tête à l'envers....
Il me faut vous l'avouer: Dammit, Janet ! I love you !"

- Primo je vous rappelle que mes yeux sont un peu plus haut et secundo je ne vois vraiment pas ce que vous pouvez bien mater 
vu que je porte une espèce de djellaba flashy qui ne laisse rien transparaitre.
- Ne doutez jamais du pouvoir de l'imagination, belle Janet.
- Dammit !"

Avec tout ce beau monde, Tonino Ricci nous concocte un long-métrage assez singulier, mélange de plusieurs genres manifestement passés de mode en cette fin des années 80. Hormis la sensation de se retrouver devant une comédie style "buddy-movie", La Nuit des Requins
( La Notte Degli Squali en VO) vire durant sa dernière demi-heure au film d'action revanchard à la Rambo à l'instant même où les mercenaires de Rosensky se lancent aux trousses de nos deux héros en pleine jungle. Williams s'improvise alors vétéran trépané du Viêt-Nam et met en place de manière assez surréaliste toutes sortes de booby-traps pour piéger ses poursuivants avant de les démastiquer à grands coups de lardoires.

"- Hé Robert ! T'aurais pas vu mon schlass ? Je l'ai balancé sur un truc que j'ai vu bouger et j'arrive plus à remettre la main dessus !
- Arrghhh... gheuuh.. gheuuhhh... arrgghhhhhhh....
- Qu'est-ce tu racontes ? T'as pas un peu fini de faire le con !"

Mais au fait, n'était-il pas questions de requins dans ce film ? Avec un titre pareil, nous aurait-on menti ? Pas vraiment, même si la présence du squale surnommé le Cyclope (car oui, il n'y a qu'un seul requin hargneux dans ce long-métrage) reste l'un des points forts du scénario, il faut bien reconnaitre qu'il n'en est pas la véritable star et que ses apparitions au compte-goutte ne viennent que justifier l'intention première de Ricci de surfer à retardement sur la vague en bout de course de la Jawsploitation. Impossible de nier que le script pille allégrement le nullissime Jaws 4: The Revenge de Joseph Sargent sorti un an plus tôt et dans lequel le dernier rejeton du requin Bruce ne croquait exclusivement que des membres de la Brody family, quitte à poursuivre ceux-ci jusque dans les eaux chaudes des Bahamas. Sur un principe similaire, le Cyclope fait une véritable fixation sur David Ziegler. Il s'attaque à un plongeur imprudent et entraine la barque de sa proie au large dans le seul et unique but d'attirer son ennemi dans la flotte. Très intelligent et particulièrement vicelard, il préfère s'en prendre à l'ex-épouse du chasseur plutôt qu'à lui, comme s'il savait que celle-ci représentait bien  plus à ses yeux que sa propre vie. C'est bien simple : à chaque fois que le père Ziegler met un pied dans la mer, le squale débarque. Limite si ce n'est pas lui qui aurait manigancé tout le schmilblick entre le mafieux Rosensky et les frangins Ziegler  dans le seul but de se débarrasser d'eux. Le requin futur maitre du monde ? C'est bien parti pour.

"Agreuhgreuh ! Ça y est ! Je te tiens, enfoiré ! Scronch Scronch !
Putain mais c'est pas vrai, t'as une jambe en bois ou quoi ?"

"Il n'est pas seulement borgne et édenté ce requin, m'est avis qu'il est aussi très con."

Et tout comme dans Jaws 4 ne vous attendez pas à des effusions de sang à foison et à des kilos de barbaque humaine livrés en offrande au seigneur des mers. Le budget SFX alloué au maquilleur Paolo Ricci (2019 Après la Chute de New-York, Le Continent des Hommes-Poissons, Le Grand Alligator...) est au ras des pâquerettes et il faudra se contenter d'un vieux bout de bidoche orné d'un os de bœuf en guise de jambe arrachée et à quelques gros bouillons rougeâtres quand le squale met la dent sur une victime potentielle. Anthony Richmond signe un film tous publics et ça se ressent à chaque instant. Pas d'hémoglobine, pas de langage ordurier, même pas un bout de téton... au pain sec l'amateur lambda de bis qui devra se rabattre sur un exotisme omniprésent et une mise en scène plutôt bien rythmée, même s'il aurait préféré avoir un peu plus de rab coté action et cascades.
La photographie quant à elle reste très recommandable et exploite au mieux les décors mexicains et américains mis à la disposition du réalisateur, lequel insiste pour qu'il n'y ait aucune différence de contraste entre les deux pays. Pour le Mexique ce sont les plages de sable blanc pas très loin de Cancun et pour les States la baie de Miami avec ses buildings de verres et ses villas de rêve; on est en vacances oui ou non ?

Je vous le dis, être milliardaire à Miami et PDG d'une méga multinationale c'est vraiment pas une vie.
Se faire chier toute la journée au bord de son lac privé à mater des actrices porno qui s'amusent à se tartiner le corps d'huile solaire, 
bouffer du homard arrosé de champagne matin midi et soir, empocher toutes les heures des caisses entières de biftons que 
l'on n'arrive même plus à compter.... qu'est-ce que c'est chiant à la longue !

Malgré sa sortie au moment où le cinéma bis italien vivait ses dernières heures, La Nuit des Requins semble avoir été tourné dix ans auparavant tant son ambiance, son script et ses protagonistes fleurent bon le tout début des années 80. Jusqu'à la musique signée pourtant par le maestro Stelvio Cipriani qui, avec ses mélodies made in Bontempi nous rappelle furieusement les airs de bonnes vieilles bandes dingos du style Apocalypse dans l'Océan Rouge. Le musicien, avouons-le, est ici à des années-lumière du travail qu'il avait fourni pour Piranhas 2 (sublime BO) ou La Lame Infernale (mamma mia, ma che splendida colonna sonore !).

"- Vous voyez dans quel pétrin je suis, mon fils ?
Avec ces photos compromettantes je risque de me retrouver rapidos dans une paroisse délabrée au fin fond du Zimbabwe.
- Vous m'étonnez ! Sérieux, vous n'avez pas honte ? 
Comment vous avez bien pu vous retrouver à poil dans un lit avec une otarie coiffée d'un sombrero ?
- La bière, mon fils. La bière."

En définitif, même s'il présente toutes les caractéristiques (et surtout les défauts) d'un produit emballé pour la télévision, La Nuit des Requins est quand même loin d'être l'étron que veulent bien le laisser entendre la majorité des sites qui en ont fait la critique. Une quantité astronomique de productions italiennes tournées à la même période se sont révélées largement inférieures à celle-ci. Tout ce que l'on demande (enfin moi surtout) du cinéma de genre transalpin c'est un spectacle divertissant, dépaysant et nullement ennuyeux et je trouve que le film de Tonino Ricci remplit parfaitement toutes ces conditions.


N'ayant plus montré le bout d'un aileron depuis sa sortie en VHS chez Delta Vidéo en 1989,  La Notte Degli Squali ne semble être disponible en DVD que dans deux pays : Les Etats-Unis et l'Italie (ben oui, fallait rêver non plus pour qu'on ait une sortie en France).

TRAILER

Et ça c'est pour ceux qui pensent qu'il ne fait pas encore assez chaud:

Janet Agren

Nina Soldano

12 commentaires:

  1. Super chro l'ami! Ca fait du bien de se rafraichir le cyclope, euh avec Cyclope je veux dire, bien sûr... Je ne savais pas que Treat Williams était passé par la case Italie, voilà qui est intéressant. Super boulot en tout cas et le fichier est pris et sera visionné... un jour! (tu connais mon éternelle lenteur en la matière!)

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  2. Merci beaucoup, film que je voulais revoir et qui me manquer dans ma collection de Shark Movie. Et merci aussi pour les 2 petites photos ci-dessus (c'est vrai qui fait un peu froid près de la clim.).

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  3. Merci, tu nous fournis une fois de plus l'indispensable parmi l'improbable !

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  4. Merci énormément pour cette rareté introuvable! Je le cherche depuis tres longtemps! Enorme merci!!!!!! :))

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  5. Super ton commentaire Oncle Jack, tu m'as plus donné qu'envie de voir cette pépite du genre, je cherche avoir touts les films sur les requins existants ! meme si comme tu dis ceux ci sont pas tres présents mais bon si je veux ma dose de requins, j'en appelle Sharknado !!!! et sont cortege de requins numériques mal faits, mais qu'est ce qu'on se marre au moins !

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  6. bonjour et merci pour ce partage.
    radisnoir

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  7. Toujours étonnants, tes choix !

    Il s'agit de l'un des tous derniers films ritals bis sortis en vidéo, chez Delta vidéo de mémoire.
    La présence de Treat Williams m'étonne d'ailleurs depuis lors. Toutefois, il s'agit donc du crépuscule du cinéma de genre et la plupart des têtes d'affiches italiennes locales étaient déjà en train de préparer leur reconversion ailleurs qu'au cinéma !

    Sympathique mais pas dithyrambique !

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  8. "après le récent foutoir occasionné par la diffusion du Cauchemar aux yeux verts"
    les jumeaux de la mère Denise ont porté plainte ?

    Bonjour la gueule du requin!!!! il est mort de faim depuis combien de jour ?
    Ou alors il à été élevé dans une piscine d''AREVA...
    De toute façon cette bestiole et le plus mauvais comédien du règne animal après les crocodiles donc il y a intérêt à trouver des idées et des pin up"s en mono-kini pour meubler le reste du film.
    C'est bien l'intérêt de ce genre de production que même le commandant Cousteau sous LSD n'aurait pu nous offrir .
    Le vrai Sharknadophile ne se baigne jamais, ne bois jamais d'eau et dort un oeil ouvert en cas d'attaque sur le web du terrible prédateur en folie.
    Je suis pas très physionomiste coté squale mais si javais vu cette bestiole avant je m'en souviendrait.

    Merci pour cette zarzuella à la Romaine inédite

    Cadeau le seul requin blonde du monde!!!!!

    https://youtu.be/qCvw_tMFZ8E

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  9. allez juste pour treat williams ca doit etre culte et bien barrée , merci bien pour ton post

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  10. Merci pour ce bon petit nanar. Les héros des Dents de la Mer n'ont rien compris, il suffisait d'utiliser la vieille méthode : tuer le requin au corps à corps...

    Mention spéciale à la poupée suédoise qui apparaît exactement 17 minutes au cours du film, alors que son nom apparaît en tête d'affiche.

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  11. Un des rares films de Sharksploitation qui me manquait, merci beaucoup !
    Puis alors Treat Williams dans le casting, c'est banco direct.

    (au passage, merci de me remettre Black Inferno en tête, je venais juste de passer à autre chose)

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