samedi 25 avril 2015

TORINO COMICS HORROR FEST 2015 : Rencontre avec Sergio Stivaletti


Deuxième et dernier petit tour à Turin pour parler de l'Horror Fest, le mini-festival sur le thème du cinéma fantastique qui se tenait les 17-18-19 Avril au sein même du salon Torino Comics. En association avec l'association culturelle Immaginaria Studios, cette première édition de l'Horror Fest turinoise est l'idée du photographe et metteur en scène James Garofalo qui, en collaboration avec Clay Dembech, président de la Ghostbusters Italia (voir post précédent), a permis au public de revoir bon nombre d’œuvres cultes et de rencontrer certaines personnalités pas piquées des hannetons.


Garofalo, pour le présenter, hormis être le fondateur d'Immaginaria Studios, est surtout un photographe extrêmement doué. Il a déjà sorti une bonne vingtaine de recueils de photos dont certains se présentent comme de petits romans où l'artiste met en scène toutes sortes de créatures vénéneuses aux courbes affriolantes, tout en partageant avec elles son amour pour le cinéma de genre. L'une de ses muses d'ailleurs était venue l'assister dans son initiative d'introduire un peu de frisson au cœur d'un salon habituellement réservé aux héros de papier et autres poubelles cybernétiques en provenance de Tatooine (ras-le-bol des droïdes!!!). Et pas n'importe quelle muse puisqu'il s'agissait de la sublimissima Stefania Senatore, model de 19 ans, interprète d'un des personnages créés par James Garofalo, De-Monika. Autant dire que l'ambiance était torride à chacune des apparitions de la belle qui, de son coté,  ne se faisait pas prier pour prendre la pose aux cotés des festivaliers. La preuve en est que j'ai eu du mal à stabiliser mon portable au moment de la prendre en photo; pas facile de cadrer juste avec le palpitant qui joue la samba. La preuve:


La présence de cette déesse mis à part, l'organisateur de l'Horror Fest proposait également plusieurs petits stands en relation avec l'horreur et le fantastique. Deux d'entre eux attiraient immédiatement l'attention: celui des Horror Bad Guys avec ses porte-paroles déguisés en Freddy, Jason, Chucky et compagnie et celui de Terra Di Goblin tenu par "LE" plus grand collectionneur au monde de tout ce qui touche au groupe de rock progressif Goblin, le sympathique Roberto Attanasio, un véritable passionné venu nous présenter une partie de ses trésors et qui partageait son stand avec l'artiste Cristina Accettulli de Crisiplastica, créatrice d'un magnifique buste à l'image de la poupée robotique des Frissons de l'Angoisse de Dario Argento (qu'elle avait apporté pour l'occasion).



L'Horror Fest c'était aussi la programmation de films fantastiques regroupés par thème. Après la journée du vendredi qui servait d'ouverture aux festivités avec des œuvres un peu moins connues, le samedi se voulait un spécial morts-vivants avec deux classiques du genre: Le retour des Morts-Vivants de Dan O'Bannon et L'Armée des Morts de Zack Snyder, suivi un peu plus tard par le premier Resident Evil signé Paul W.S Anderson.
Le dimanche était encore plus riche et sous l’appellation de "Il demone in corpo" proposait pas moins de quatre films 100% italiens dont le but n'était pas seulement de fêter le trentième anniversaire du film Démons de Lamberto Bava mais aussi de revoir les deux premiers longs-métrages réalisés par le magicien des effets spéciaux Sergio Stivaletti, invité d'honneur de cet Horror Fest.


Début des hostilités en cette journée du 19 avril à 11h00 avec la projection du magnifique Masque de Cire. Stivaletti, venu présenter sa première réalisation nous a confié toute l'estime et l'admiration qu'il portait à Lucio Fulci, le metteur en scène attitré du film qui disparu avant d'avoir pu tourner la moindre scène. Il ajouta que ce fut pour lui un véritable honneur que de devoir succéder au maestro de l'horreur et qu'il s'est investi à 100% dans cette production italo-française, essayant de proposer les effets spéciaux les plus saisissants possible. Crachant ouvertement sur l'édition DVD italienne du Masque de Cire qu'il juge exécrable, il en profite pour annoncer la future sortie du Blu-ray qui donnera enfin à cette œuvre la qualité qu'elle mérite.
A 13h00 on passe à I Tre Volti Del Terrore, une anthologie horrifique que nous avons déjà abordé sur ce blog et qui met en vedette l'excellent John Philip Law, un acteur que Stivaletti est heureux d'avoir eu comme ami. Venu après le déclin du cinéma de genre italien (et pas que de celui-ci d'ailleurs), I Tre Volti Del Terrore, bien que réalisé pour la télévision, permet au bon Sergio d'offrir un rôle a ses deux copains Claudio Simonetti et Lamberto Bava et de concocter deux sublimes créatures: un loup-garou lorgnant ostensiblement sur ceux du Hurlements de Joe Dante et un monstre marin que le réalisateur veut comme étant un hommage aux créations du grand Ray Harryhausen.


15h00: c'est l'heure du cultissime Démons. Le "mage des effets spéciaux" (comme il est surnommé en Italie) nous parle de la flopée de maquillages et de prothèses qu'il a dû réaliser pour cette œuvre, des dizaines de paires de gants qu'il a passé des journées à enfiler sur les différents acteurs, des combines qu'il a employées pour créer les fameux yeux phosphorescents des créatures, du cinéma abandonné qu'on leur avait autorisé à entièrement ravager à lui et à toute l'équipe du film et du fait qu'il préfère le travail qu'il a effectué sur Démons 2 dont les effets sont selon lui un peu plus élaborés. En parlant de ce deuxième opus il rappelle à tous l'amour tout particulier qu'il porte à sa création fétiche: l'espèce de petit démon griffu surnommé Menelik que certains comparèrent à l'époque à un Gremlins. Il aurait bien aimé l'amener avec lui mais la pauvre bestiole, trente ans après, n'est pas au meilleur de sa forme.

Pour ma part je n'avais jamais vu le premier volet de ce diptyque délirant sur grand écran, à la différence du second que j'avais été mater dans un petit cinéma aujourd'hui disparu de ma bourgade natale. A l'époque, âgé de 13 ans, les effets spéciaux du film m'avaient refilé quantité de cauchemars et occasionnés quelques bonnes frayeurs nocturnes; il faut dire aussi que c'était mon premier film de "contaminés" et que le sujet m'avait pas mal impressionné. 30 ans plus tard, la boucle est bouclée, je me serai finalement tapé les deux Démons sur grand écran et c'est toujours un vrai panard que de voir et revoir les aventures de ces saloperies baveuses aux griffes acérées.


A l'issue, Stivaletti, installé sur le stand de La Quinta Colonna (V) s'est octroyé quelques minutes pour refaire le portrait à Stefania Senatore avant de retourner en salle de projection pour une conférence en son honneur. Étant censé durer approximativement une demi-heure, l'interview du bonhomme dépassera largement les 60 minutes, forçant James Garofalo à annuler la projection de Démons 2. Mais peu importe, écouter le réalisateur/maquilleur italien nous parler de sa carrière et de ce qu'est devenu aujourd'hui l'artisanat des effets spéciaux méritait bien ce petit sacrifice. Une fois lancé, impossible de l’arrêter le Sergio: de l'époque où, gamin, il a découvert ce qui allait devenir son art à travers des œuvres comme 2001 L'Odyssée de l'Espace à son rôle de professeur dans sa fameuse école d'effets spéciaux à Rome, Stivaletti s'est avéré une mine d'informations inestimable pour qui s’intéresse un tant soit peu à l'envers du décor de toutes ces bisseries spaghettis que nous chérissons tant. Il nous a même annoncé le titre de son futur projet cinématographique : Demoni vs zombi. Après qu'un membre du public lui ait demandé s'il était satisfait de sa carrière, Stivaletti répondra que non, que son perfectionnisme lui donne envie de refaire tous les trucages qu'il a réalisé et qu'il espère bien être en mesure de continuer à progresser dans son art et à émerveiller toujours plus les spectateurs.

Le site italien Cinefilos avait envoyé pour l'occasion une partie de son équipe afin d'interviewer le réalisateur et je n'ai pas résisté à l'envie de traduire ici une partie de cet entretien qui vous donnera un échantillon de certains points abordés durant la conférence.
Vous pourrez retrouver cette interview (pour ceux qui comprennent la langue) à l'adresse suivante : http://www.cinefilos.it/tutto-film/interviste



"Cinefilos: Sergio, nous étions en 1985 quand est sorti dans les salles italiennes Démons de Lamberto Bava. Quels souvenirs as-tu de cette période ? Peux-tu nous raconter quelques anecdotes de tournage et surtout quel lien as-tu avec le film ?

Sergio Stivaletti: J'avoue que Démons est le premier film auquel j'ai "officiellement" pris part: c'était ma "thèse de fin d'études" après le premier banc d'essai sur Phenomena de Dario Argento. Dans le film de Bava il fallait réaliser une transformation complexe en animatronique, et c'est pour cette raison que je sentais sur moi un sentiment d'"attente", d'espoir qui reposait entre mes mains, parce que j'étais un jeune qui se lançait pour la première fois dans le monde des effets spéciaux et Bava tout comme Argento avaient une grande confiance dans mon travail et l'espoir qu'en Italie aussi il était possible de réaliser une séquence comme celle tournée par John Landis dans Le Loup-Garou de Londres, sorti dans les salles en 1981, qui avait révolutionné l'histoire des effets spéciaux en introduisant pour la première fois une métamorphose en créature monstrueuse étape par étape, cadrage après cadrage. Des réalisateurs qui, en Italie, avaient osé utiliser des effets spéciaux dans leurs films il y en avait déjà eu quelques uns (Lucio Fulci par exemple) mais ici pour la première fois nous voulions expérimenter davantage, oser faire ce que personne n'avait jamais tenté, réaliser la réponse italienne à Landis.

Ton travail sur les effets spéciaux est un exemple classique d'un artisanat qui vit des maquillages, des prothèses et de la sculpture. Comment leur rôle a changé aujourd'hui, dominé par l'infographie et les merveilles numériques ?

Tout d'abord je tiens à préciser que je n'ai jamais été un défenseur acharné de l'usage du maquillage dans les effets spéciaux. J'ai commencé à "faire du cinéma" dans les années 70, l'époque de Star Wars et des incroyables effets spéciaux infographiques élaborés par Lucas, destinés à réaliser ce qui jusqu'à présent semblait impensable. Par conséquent, mes premières approches avec ce monde ont impliqué les effets optiques, puis intégrés l'utilisation du maquillage avec une attention toute particulière de ma part au rendu réel dans le film.

Eh bien, en fait, tu as été un pionnier des effets spéciaux en Italie ?

Je dirais que oui, vu que j'ai tout de suite expérimenté les différentes utilisations que l'on peut faire des effets spéciaux. Je les ai déclinées dans toutes leurs variantes, en me servant de matériaux différents entre eux dans chacun des films, dans ceux d'Argento comme dans le mien, Le masque de Cire.

Et aujourd'hui ? Comment vois-tu l'avenir de ton art ?

Selon moi, aujourd'hui la meilleure façon est d'appliquer l'infographie et les effets numériques en général à la physique pour simuler et imiter la réalité qui nous entoure, en y intégrant les prodiges des nouveaux logiciels. L'objectif serait d'être en mesure de tromper le spectateur, comme une sorte de tour de passe-passe, les effets devant le distraire et capturer son regard avant de le pousser à l'étonnement et à la surprise. Personnellement je suis favorable à l'utilisation du numérique mais en l'intégrant à autre chose; l'utiliser seulement par facilité est une erreur et réduit son potentiel. Mais il faut au contraire l'utiliser en même temps que d'autres effets combinés avec l'artisanat ou des mouvements de caméra bien particuliers, permettre de renforcer l'aspect final, rendre plus "rationnel" le travail de post-production en réduisant les couts grâce à quelques astuces qui sont l'apanage des experts du métier. Malheureusement, aujourd'hui, trop souvent ces astuces tombent dans l'oubli et la tradition disparait petit à petit, alors qu'il faudrait au contraire la préserver.

Cette année à l'occasion du Torino Comics et à l'intérieur de cette première édition de l'Horror Fest ont été mis en place des stands où tu tiens des cours pratiques sur les effets spéciaux; une initiative aussi étroitement liée à ton école, la Fantastic Forge School à Rome, où tu tiens des cours et par conséquent, entre constamment en contact avec la nouvelle génération, tes héritiers dans ce domaine. Que recherchent ces jeunes qui se préparent à marcher sur tes pas ?

Concernant les stands installés au Torino Comics, je n'ai malheureusement pas pu apporter avec moi tous mes instruments de travail. A cause du temps imparti (3 jours) je n'ai pas pu approfondir certains aspects que j'ai tendance à analyser dans le cadre de l'école, mais j'ai cependant cherché à condenser ma philosophie: celle de ne pas enseigner les techniques standards préemballées à mes étudiants, m'inspirant plutôt de l'enseignement des grands maitres américains comme Dick Smith, Rambaldi, Baker, Winston, Greg Cannom et d'autres. Je préfère expliquer l'utilisation des matériaux les plus utiles et des résultats qu'ils donnent, pousser ces jeunes à imiter librement la technique qu'ils préfèrent, y compris la mienne basée sur mon expérience et sur les tournages, en se laissant influencer par la réalité elle-même qui fournit toujours des idées très intéressantes. Je ne cherche pas à imposer aux élèves de l'école quelque chose de particulier, juste de leur fournir les outils puis de laisser parler librement leur créativité. Mon école, plutôt que de suivre la méthode traditionnelle d'une académie, suit plutôt la structure et l'organisation d'une boutique où l'artisan n'enseigne le métier qu'à ceux qui veulent l'apprendre sérieusement. Dans ce contexte, certaines caractéristiques spécifiques importantes: les compétences personnelles qui exploitent l'intelligence, la créativité, la curiosité (l'une des plus importantes) et l'amour pour la science. Ça semble incroyable mais le talent artistique seul ne suffit pas quand on regarde des effets spéciaux, il faut connaitre la zoologie et l'anatomie afin de comprendre les mécanismes de la peur, du dégout, de la crainte et de l’émerveillement que le produit final suscite aux spectateurs.... et à cet égard, il me vient à l'esprit un travail réalisé par Carlo Rambaldi et Hans Ruedi Giger dans la création de l'Alien: pour susciter la répulsion du public, ils se sont inspirés de la structure des insectes, en particulier des cafards. Ce qui démontre combien la nature est pleine d'exemples utiles et à partir desquels on s'inspire. A travers les techniques numériques/prothétiques/animatroniques on peut étudier ces mécanismes pour pouvoir ensuite les utiliser. Et toujours à ce sujet il me revient à l'esprit Rambaldi, que j'ai eu la chance de rencontrer, quand il dû planifier E.T; il disait qu'il avait été inspiré par la structure de la tête d'un bébé chat, avec ses grands yeux qui inspiraient de la tendresse.
Une autre science qui peut s'avérer utile pour qui s'occupe des effets spéciaux est la physionomie, même si elle est désormais discréditée, qui sert à mieux connaitre les caractères humains et à les reproduire.
Ce que j'espère trouver dans le futur c'est la possibilité d'obtenir de nouvelles satisfactions à travers l'école italienne des effets spéciaux, en améliorant la qualité de travail à travers une plus grande tranquillité, des délais moins serrés et des budgets moins limités pour pouvoir faire ressortir au mieux la créativité de chaque artiste.
J'espère ne pas exagérer en disant que mon modèle est Leonard De Vinci, un artiste/artisan à 360° capable d'explorer l'art à travers la science, comme je cherche moi aussi à le faire sur les plateaux comme dans mes cours."


Un gros merci donc à Cinefilos pour avoir mis en ligne cette interview du maitre.
A la fin de la conférence (18h00 passé), l'ultime journée du Torino Comics touchait à sa fin et les allées surpeuplées encore une heure auparavant se vidaient petit à petit. Pour terminer ce week-end en beauté Sergio Stivaletti m'a accordé quelques minutes. J'hésitais à lui demander un autographe sur la jaquette de mon édition franchouillarde du Masque de Cire vu ce qu'il avait balancé sur la galette italienne mais il n'a pas hésité à me la dédicacer, m'assurant que notre DVD était de bien meilleur qualité que celui paru dans son pays. Même s'il ne vaudra jamais la future édition Blu-ray qui selon lui s'avèrera être des plus complète et d'une qualité inégalée. Une autre petite dédicace sur ma jaquette de I Tre Volti del Terrore, quelques mots de ma part sur le fait que malgré qu'il ait été descendu en flammes par certains critiques bien pensants je trouvais son film vraiment excellent (et ce n'est pas du cirage de pompe), une ch'tite photo en sa compagnie prise par le sieur Garofalo (impossible qu'elle soit ratée donc) et le maestro, homme d'une gentillesse exemplaire, s'en est allé aux cotés de son hôte.
En attendant donc une prochaine édition de cet Horror Fest made in Torino qui, espérons-le, soit aussi bonne que celle-ci.

Quelques liens pour les curieux désireux d'en savoir un peu plus sur tout le petit monde dont je vous ai parlé dans cet article:

Roberto Attanasio et son site Terra Di Goblin :
http://www.terradigoblin.it/


Crisiplastica, la petite entreprise de Miss Accettulli :
http://crisiplastica.com/


Le site de James Garofalo :
http://www.immaginaria.eu/jamesgarofalo/

On termine avec une interview de Sergio Stivaletti réalisée juste avant la projection de Démons au Torino Comics Horror Fest 2015 et une photo un peu moins floue de Stefania Senatore.



3 commentaires:

  1. Bon et bien voilà un super report, très complet, et qui montre bien que le Sergio est très bavard! Très cool en tout cas pour tes autographes!

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  2. Brillant comme reportage !

    Tu es certainement l'un des seuls à porter la bonne parole de ce qui se passe en Italie en ce moment et tu le fais très bien !

    bravo à toi !

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