vendredi 10 avril 2015

LE FÜRHER EN FOLIE (1973)


Si l'on parle beaucoup de ce fameux match de football improvisé par les troupes françaises et allemandes le 24 décembre 1914 en plein milieu des tranchées, il n'en est pas de même pour une autre rencontre sportive survenue durant la seconde guerre mondiale et qui aurait parait-il mis un terme au conflit. Comment ça c'est des conneries ? Et le film réalisé par Philippe Clair en 1973 nous relatant cet évènement capital et intitulé Le Führer en Folie, c'est des conneries ça aussi ? Oui ? Ah bon ?!
Afin de vérifier cela, faisons un bond dans le temps jusqu'en 1944-1945, au moment précis où Adolf Hitler décide de jouer l'issue de la guerre sur un match de foot opposant l'Allemagne à la France. Partagés entre un commandant pétochard et les attaques germaniques, les troupes françaises s'entrainent comme elles le peuvent. Mais leur efforts sont régulièrement parasités par les soldats Johnny, Harry et Toto, trois demeurés particulièrement feignasses sur les bords qui n'en ont strictement rien à carrer de ce qui se passe autour d'eux. Désireux de se débarrasser de ces abrutis le plus rapidement possible, leur supérieur décide de les envoyer en mission top-secret dans le camp ennemi afin de capturer le führer en personne. Vêtus de leur plus beau pyjama (bleu, blanc et rouge) le trio de crétins est parachuté en Allemagne et est rapidement fait prisonnier par le méchant moustachu qui les prend pour des stars du ballon rond. Le dictateur décide dés lors de les enrôler dans son équipe, espérant avoir mis la main sur un atout considérable qui lui permettrait de remporter les doigts dans le nez la rencontre à venir.


Si je vous parle aujourd'hui du Führer en Folie, c'est à cause d'Anacho qui nous a ressorti du fond de son disque dur ce monument de la comédie franchouillarde pouêt-pouêt et qui m'a rappelé l'existence de ce film propre à laver le cerveau de n'importe quel soldat ennemi du moment qu'on le lui repasse en boucle pendant une période déterminée (logiquement au bout de deux fois la victime est prête à obéir à vos moindres caprices. A la troisième fois son cerveau risque de se liquéfier, donc prudence...). Pour ceux qui n'ont jamais visionné ce truc, prenez garde, vous avez là une véritable arme de destruction massive, à même de lobotomiser à distance n'importe quel spectateur normalement constitué. Philippe Clair, de son vrai nom Prosper Bensoussan, est le spécialiste de la comédie populaire à la sauce pied-noir, de l'humour la plupart du temps assez consternant et des gags qui nous font marrer seulement parce qu'ils sont... pitoyables. Du bon gros nanar bien de chez nous en quelque sorte, dont les acteurs (quand ils le sont... acteurs) sont en roue-libre en permanence et cabotinent à qui mieux-mieux, nous prouvant sans l'ombre d'un doute que si le ridicule ne tue pas il peut s'avérer consternant jusqu'au point de nous faire rire. Un peu à l'image d'une émission de téléréalité sur laquelle vous êtes tombés par hasard (m'ouais, c'est ce qu'on dit) et que vous ne pouvez pas vous empêchez de regarder, hypnotisés par tant de médiocrité intellectuelle et de dialogues dignes de ceux d'un trépané consanguin ayant quadruplé son CP. On sait que c'est immonde et que notre matière grise est mise à rude épreuve, mais on ne peut décrocher son regard des images qui défilent devant nos yeux ébahis. Pire encore, on se surprend à sourire devant ce genre de machin totalement dénué de sens. Mais bon j'exagère, Le Führer en Folie est quand même nettement moins nocif que les aventures télévisées de Débila et consorts, et ce même s'il est à consommer avec une extrême modération.

"- Zig Aïe ! Nous zommes les noufelles recrues de zette emizion merdik de téléréalité.
  Afec nous les taux d'audienze font explozer.
- Hé pétain dé con. Qu'est-ce tu racontes Heidi ? Dégage dé notre loft. 
  Ici c'est Les Marseillais à Nuremberg, pas les Teutons à Petaouchnok.
- Arh ! Fuzillons ze petit con ! Schnell !
- Oh peuchère !"

Après avoir donné l'occasion aux Charlots de jouer dans leur tout premier film (La Grande Java en 1970), transformé Francis Blanche en Al Capone.. heu, pardon.. en Al Cartone dans La Grande Maffia en 1971 (avec aussi Aldo Maccione) et promu Sim et Dufilho au grade de commissaires de la Brigade Financière (les agents Richard et Gropèze... no comment) dans La Brigade en Folie (1972), notre copain Prosper nous balance un an plus tard les aventures d'un Hitler déjanté et accro au foot. Comme si le nabot nazi en question n'avait pas la cervelle assez ravagée, le voilà qu'il se prend pour Ribery maintenant. Son interprète, Henry Tisot semble d'ailleurs totalement investi par le rôle qui lui a été confié. Complètement hystérique, ne parlant jamais sans brailler comme un goret, gesticulant tel un De Funés en plein trip, il monopolise l'image à chacune de ses apparitions et représente la seule vraie raison de visionner le film. En parlant de Louis de Funés, il est bon de savoir que c'est cet acteur qui avait été choisi à l'origine pour interpréter Hitler. Tout juste sorti des Aventures de Rabbi Jacob, il avait lui-même accepté le rôle mais selon Philippe Clair, les américains, coproducteurs du film, préféraient que le succès de l’œuvre revienne exclusivement au réalisateur et non pas à une superstar de la comédie qui n'avait déjà plus rien à prouver. Avec Tisot, il faut bien admettre que l'on ne perd pas au change; jamais le personnage du Führer n'a été ridiculisé de la sorte. Le pire c'est qu'on s'attache très vite à ce petit peintre autrichien survolté, guettant le moment où celui-ci reviendra nous gueuler dans les tympans où fusiller deux trois pèlerins.
Le comble pour un personnage historique aussi méprisable que l'était Adolf Hitler.


Comme Philippe Clair semble laisser carte blanche à ses acteurs, le père Tisot s'en donne donc à cœur joie et parvient même à nous faire rire à plusieurs occasions comme lors de cette succulente scène où, à bord d'une barque, il rame maladroitement sous les hurlements de colère de sa compagne et lui balance un "Ne m'énerve pas ma chérie où je te fous un coup de rame à travers la gueule". On le comprend le pauvre, sa fiancée (Eva Braun pour les incultes) a les traits d'Alice Sapritch et a plutôt tendance à porter la culotte dans le couple.

"- Arf ! Chai enkore des poils coinzés entre les dents ! Heuarff !
 - Ha, za zuffit ! Fous commenzez à me brouter afec vos dégueulazeries. 
Razez-moi zette moustache de facho et arrêtez de nous les brizer.
- Ya, ma choucroute en zucre."

Le Führer est entièrement soumis à la vieille harpie qui passe son temps à le rabaisser et à tortiller du croupion devant les soldats qui composent l'entourage de son fiancé. Soldats qui finissent au peloton d’exécution dés qu'ils ont le malheur de sourire à celle que l'on surnomme la Fuhrine; tonton Adolf ne supportant pas que l'on marche sur ses plates-bandes, même si lui semble avoir un léger faible pour les beaux aryens (d'ailleurs ne confondez jamais les appellations bel aryen et bon aryen, l’intéressé pourrait ne pas apprécier).


Dans l'équipe adverse on trouve les Zazous (comme ils sont crédités au générique): Toto, Harry et Johnny; respectivement Patrick Topaloff, Luis Rego et Maurice Risch. Tous trois également en total free-lance, se disputant la palme du plus gros crétin et avec un texte à assimiler tenant à vue d’œil sur un ticket de métro. La seule chose qu'on leur demande : faire un maximum de grimaces en un minimum de temps. C'est à se demander d'ailleurs si Topaloff ne cherche pas à supplanter Jerry Lewis dans l'emploi abusif de la contorsion faciale.


C'est pas des faciès qui respirent l'intelligence tout ça ?
Parachutés en pyjamas à travers les lignes allemandes, ces demeurés à la coupe de cheveux typiquement 70's (grosse touffe ébouriffée sur le caillou) ne comprennent nullement qu'on les a pris pour des pigeons et ne pensent qu'à une chose: kidnapper Hitler et foncer avec lui aux Etats-Unis afin de jouer du jazz. Vous pigez que dalle ? C'est normal. Sauf que le Adolf, lui, tout ce qui l’intéresse c'est gagner son match de foot, et ce à n'importe quel prix. Malheureusement, prendre trois neuneus dans son équipe ne sera assurément pas une bonne idée. Après plus d'une heure de bordel désorganisé où les comédiens font à peu près tout et n'importe quoi en guignoleries pour passer le temps, vient enfin la rencontre tant attendue entre la France et l'Allemagne; prétexte utilisé par le réalisateur pour nous infliger encore plus de gags affligeants de nullité.


Les footballeurs se croient dés lors dans Shaolin Soccer, sautent dans tous les sens, martèlent le ballon qui semble lui-même doué de vie propre et catapultent dans les airs les autres joueurs à grand renfort de coups de pieds au cul. Du grand naportnawak encouragé par un Philippe Clair qui n'hésite pas à abuser des effets en accéléré ou à repasser la pellicule à l'envers quand le besoin (son besoin) se fait sentir. Hitler, également sur le terrain, pète du coup ses derniers plombs, fusille le restant de son équipe et s'en va terminer le match en solo.
Après cet ultime exploit sportif, inutile de dire que notre santé mentale est sur le fil du rasoir et qu'il est grand temps de mettre un terme à ce chef d’œuvre du septième art qui nous a asséné pendant presque 1h20 une quantité astronomique de conneries toutes moins drôles les unes que les autres et dont vous  pouvez apprécier ci-dessous un bref échantillon (la liste est beaucoup trop longue pour les énumérer une par une).

Leçon numéro 1 : si vous vous retrouvez au peloton d’exécution, une seule solution : louchez comme des cons ! 
Logiquement, ce genre de pratique devrait contaminer vos bourreaux et les forcer à s'entretuer.

Leçon numéro 2 : ne jamais se lancer dans un duel de chars d'assaut. 
Les résultats pourraient s'avérer catastrophiques (surtout pour vos yeux).
"- Allons, ma petite sauzize de Francfort, zoyez raizonnable.
 - Nein, che fous afais dit de ne pas oublier de zortir Keiser !
 - Mais ze chien est con comme un manche, mon strudel d'amour, il chie partout !
 - M'en fous, feignaze ! Préparez-fous, che fais fous explozer !"

Pouf !

"- Mais qui vous a dit de tirer, ezpèce d'abruti !
- Mais enfin, ma flamenkuch....
- Rekardez un peu l'état de nos chars. On dirait fous au plumard ! Allez zortez !"

"Arh ! Ch'arrive mon trézor ! "

"Aaaah ! Bougre d'arschloch ! Un peu de tenue, bordel de scheisse !!!!"

Comme d'habitude, Philippe Clair s'entoure d'une flopée de guest-stars qui viennent cachetonner sans la moindre honte: Michel Galabru qui, pour compenser le fait qu'il est incapable de maitriser l'accent allemand, gesticule comme notre ex-président de la république, Venantino Venantini dans le rôle d'un émissaire de Mussolini dont on se demande encore à quoi il sert, Pierre Doris en colonel français et le sieur Bensoussan lui-même sous la soutane du curé de Baden l'Oued. Du beau monde indiscutablement atteint d'une épidémie d'hystérie collective.

"- Ah la putain de sa mère, mais c'est tonton Jack !
Putain ça me fait plaisir de te voir mon ami de tonton Jack, j'ai tout plein de films à te refiler !
- Heu... ah, c'est gentil Philippe, mais là je sais pas trop si je vais avoir le temps....
- Mais si, mais si, mon copain de tonton Jack. Tu vas voir on va se fendre la gueule. 
Allez viens, j'te paie un canon. Ah putain ça me fait vraiment plaisir tonton Jack !"

Pour les mélomanes ou les accros de bande originales en tous genres, sachez que la magnifique chanson d'introduction du film est interprétée par Patrick Topaloff et mérite une place de choix dans la discothèque de votre belle-mère si vous désirez envoyer celle-ci ad patres le plus rapidement possible. Allez mémère, chante avec moi:
"Je t'envoie le ballon et tu reçois le ballon.
Tu m'envoies le ballon et je garde le ballon. Hum ballon... Hum ballon... Hum ballon !
Mais dans la vie on court toujours après le même ballon... ballon... ballon !
Ballon, c'est rond ! La terre c'est rond ! L'argent c'est rond ! C'est rond c'est rond comme le ballon !
Oui, faut pas trop shooter dedans car ça peut faire un jour une explosion !
Ballon ! Ballon ! Ballooooooonnnn !"
Alors ça déchire pas un truc pareil ? Non ? Ah bordel, vous y connaissez rien à la musique....

"- Il était une fois ein paufre pétit peintre autrichien qui n'afait pas dé chanze.
Quand il était petit, tous les gens ne faizaient rien qu'à l’embêter et ne foulaient pas acheter zes toiles.
Alors lé petit peintre il ze dit qu'il allait défenir le maitre du monde et qu'il allait faire fuziller
tous zes cros cons prétenzieux qui disaient qu'il afait ein pétit zizi.. Et puis....
- Bon, chais pas vous les mecs, mais moi son histoire elle me donne plus envie de me faire sauter la cafetière que de dormir.
Allez habillez-vous, on file boire des bols chez Greta !"

En résumé la question n'est pas de savoir si Le Führer en Folie va vous faire rire ou pas, non c'est plutôt de vous demander pourquoi vous riez connement devant un truc aussi navrant. Ici, on ne s’esclaffe pas devant la qualité de l'humour, on s’esclaffe devant sa nullité absolue. Comment un long-métrage aussi chaotique, interprété par des fous furieux livrés à eux-mêmes et dépourvu de toute mise en scène a-t-il pu trouver son public dans les salles de cinéma en 1973 ? Mystère. Comme quoi le temps a sacrément modifié la personnalité et le gout des spectateurs, pas forcément en mieux quand on voit la qualité de pas mal de comédies françaises actuelles. Avant c'était peut-être nul, mais au moins on se marrait. Le plus triste (ou le plus rassurant) c'est que nous n'avons jamais eu droit à ce fameux "Le Führer cow-boy" annoncé en toute fin du Führer en folie. Dommage, je suis sûr que Tisot avait encore quelques cartouches à griller.

"- Arh, che les ai bien eu tous zes crétins ! Dire qu'ils croient touz que che me zuis suizidé dans mon bounker
 alors qu'en fait ch'ai chanché dé sexe et que che zuis danzeuze à Guanajuato. Ah, ah, ah !
- Oh, fermé-la chiquita et bouye ton coupione !
- Ya ! Ya !"


 Ballon ! Ballon ! BALLLOOOOOOOOOOOOOOOONNNN !!!!!!!!!!!!!


Et en bonus: le face à face Adolf/Débila.

3 commentaires:

  1. Un truc pareil ne pourrait jamais ressortir de nos jours. Moi ce que je préfère dans ce film c'est les pyjamas tricolore, là, si on comprends pas le message... Ah je n'en puis plus, trop d'images me remontent au neurone ( au singulier) et comme toujours oncle jack nous ravit de sa prose éclairée ! oncle Jack, le fils spirituel de JPP ? moi je dis OUI !!!!!!!!!!

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    1. Merci du compliment, c'est gentil, mais je suis très loin d'avoir la prose de Mister Jipipi.

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  2. Elle aura au moins servi à quelque chose cette guerre à la con: inspirer des films '' nazigolo '' pour mourrir de rire.
    Une fiction inspiré des JO de Berlin de 1936 ? ou l'équipe Française avait fait le salut Nazi....

    https://youtu.be/GePNydI9gX4

    De nos jours effectivement "kadhafifi brin d'acier","Ukraignos monsters" ou " Syrie lorsque l'on la chatouille" ne sont pas près d'être réalisé.
    Par contre en panzer en soucoupe ou au sport d'hivers la gestapo fait toujours füreur sur les écran ,se foutre de la gueule de Pyongyang étant plus risqué ^^.

    https://youtu.be/Y7NuekDqCvA

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