lundi 23 février 2015

Friday the 13th The Series Saison 1 Mise à jour


Pour info, les 26 premiers épisodes de Friday The 13th sont de nouveau disponibles et afin de dépoussiérer un peu le tout ce sont des rips tout neufs que vous pourrez trouver, de qualité et de taille égales à ceux de la saison 2.
Il était quand même logique que tout cela soit dispo avant l'arrivée prochaine de la troisième et dernière saison.

vendredi 20 février 2015

ANNABELLE (2014)


J'en vois déjà qui doivent se demander ce qui se passe. Pourquoi tonton Jack, grand amateur de nanars en tous genres et de séries B italiennes s'amuse-t-il à chroniquer un film sorti il y a tout juste un an ?
La réponse est simple. Exaspéré devant le phénomène crétino-médiatique engendré par ce long-métrage je me suis enfin décidé à visionner le truc en question, histoire de ne pas déverser mon venin gratuitement sur une œuvre que je n'aurais jamais vu. Inutile d'imiter une certaine presse spécialisée qui a pris la fâcheuse habitude depuis quelques temps de descendre systématiquement certains films de genre avant même qu'ils ne soient sortis.
C'est dans cette optique que j'ai donc glissé la galette numérique d'Annabelle dans mon lecteur (galette qui m'a été prêtée précisons-le) et autant reconnaitre tout de suite que je ne partais pas optimiste quant à la qualité de l’œuvre, celle-ci étant un spin-off de Conjuring de James Wan, film encensé par les critiques, et devant lequel je m'étais royalement fait chier.
Mais bon, j'ai quand même laissé mes à-priori de coté et je me suis lancé dans ce machin qui a rendu dingo tous nos djeuns spectateurs au point de faire interdire le film dans plusieurs villes de France et de Navarre.


Premier constat: le scénario tient sur un timbre-poste tellement l'intrigue vole au ras des pâquerettes.
Vers la fin des années 60 John Form et sa femme Mia attendent leur premier enfant. Bons cathos pratiquants et légèrement neuneus sur les bords, ils passent leur temps à se bouffer la gueule pour des broutilles ("la télé est trop forte", "hors de question d'appeler notre fille Phyllis", "gna gna gna gna gna"..) et flippent en matant les exploits de Charles Manson au journal télévisé.
Et ils ont raison d'avoir peur nos deux blaireaux puisqu'un couple de barjots, adeptes d'une secte diabolique, va une nuit s'introduire chez eux après avoir écharpé leurs voisins. A l'image de Charles Watson et Susan Atkins qui en aout 1969 pénétrèrent chez la pauvre Sharon Tate pour l'assassiner alors qu'elle était enceinte de 8 mois, les deux cinglés poignardent Mia avant d’être abattus par la Police. En mourant, la femme sataniste déverse son sang sur une poupée que John avait offert le jour même à son épouse. Cette dernière, désormais alitée en attendant la venue au monde de son bébé, remarque rapidement que d'étranges événements commencent à se produire dans sa maison et se demande si tout cela ne serait pas lié au jouet en question.
Après un inexplicable incendie dans leur demeure et la naissance de leur enfant, les Form décident de se débarrasser de la poupée et de déménager. Malheureusement (ou heureusement sinon le film serait déjà terminé) la présence maléfique qui les persécutait les a suivi, faisant du même coup réapparaitre l'horrible pantin. Car oui, soyons honnête cette poupée baptisée Annabelle (prénom de la sataniste flinguée chez les Form) est d'une laideur à donner des cauchemars à Freddy Krueger lui-même. On se demande alors pourquoi tous ceux qui l'approchent la trouve "absolument magnifique"; l'héroïne avouant même avoir passé des années à chercher un tel objet.
Sans déconner,  je veux bien qu'on trouve les Dolls de Stuart Gordon mignonnes, le Brave Gars sympathique (même tout balafré), les Puppet Master variés et originaux mais l'Annabelle jolie et à croquer alors là je dis non !

                                   "- Oh mon chéri ! Mais tu es fou ! Je suis aux anges !
                                    - C'est rien mon amour. Pourtant c'est vrai que j'en ai chié pour la trouver cette m..."

                                           "- Une véritable poupée Boy George du Rocky Horror Picture Show ! 
                                              J'en rêvais depuis que je suis toute petite.
                                            - Heu... dis-moi... du coup, Mia est ton prénom de naissance ou....
                                            - Non c'est Michael.
                                            - Ah bordel, j'aurais dû m'en douter...."

Franchement, regardez un peu la photo sur votre gauche et dites-moi si cette gueule à mi-chemin entre un transsexuel sexagénaire et une toxico en bout de course ressemble vraiment à quelque chose. La crétine Mia (Annabelle Wallis) apprécie tellement cette saloperie qu'elle l'entrepose même au dessus du lit de son bébé, tout en se doutant fortement que l'objet est zarbi.
Quelle maman consciencieuse serait assez conne pour faire ce genre de chose si ce n'était dans la ferme intention de filer des cauchemars à sa môme ?  Aucune bien sûr et c'est bien là le point le plus absurde de ce long-métrage.
Mia Forb est sans nul doute la plus mauvaise mère du monde et on rêve de lui envoyer la DDASS pour sortir la petite Leah des griffes de ses abrutis de parents.

                                              "Qu'en dites-vous mes loulous ? Elle fait pas bien là, ma poupée travelo ?"

                                    "- Moi j'm'en fous; tant qu'elle est pas dans notre chambre...
                                     - Ah ben tiens ! Tu t'fais pas chier p'pa !
                                       J'te préviens m'man, si cette horreur dégage pas d'au-dessus de mon pieu je fais une fugue !"

Sachant que la gamine est constamment menacée par une entité invisible et vindicative, elle ne cesse de laisser cette dernière seule dans l'appartement (dont l'architecte devrait être en taule) sans surveillance; se permettant même d'aller ranger quelques affaires au sous-sol et de paniquer comme une damnée quand elle réalise que son bébé pourrait être en danger quelques étages au-dessus alors qu'une créature hideuse l'empêche de reprendre l'ascenseur. Et ce n'est pas le seul exemple puisque ce genre de situation se répète à maintes reprises au fur et à mesure que défilent les minutes, nous faisant nous demander si le scénariste n'aurait pas tendance à légèrement se foutre de notre gueule.

                                    "Ça y est, m'man est encore allé faire des courses en m'oubliant dans l'appart.
                                     Et comme par hasard, à peine partie j'ai déjà failli me faire assommer par un bouquin !"

                               "Quoi ? Encore un autre livre ? J'veux bien qu'ils veulent que je m'instruise mais là c'est exagéré !"

                                            " Hein ? Encore un autre bouquin qui vient de tomber juste derrière moi !
                                              Trop c'est trop, j'appelle le 119 ! Ras-la-couche de cette famille de tarés !"

La pauvre femme ne semblant pas gâtée par la nature question matière grise, elle tente bien de chercher de l'aide auprès d'un curé sorti tout droit de Stargate SG-1 (Tony Amendola) ou d'une bibliothécaire spécialisée dans l'occulte (Alfre Woodard) mais les pauvres sont très vite dépassés par les événements (Faut dire qu'à part la famille Forb, ils sont les seuls autres protagonistes du film. Pas con... ça coute moins cher en cachets tout ça).

                                                  "Zut, je me demande bien ou j'ai laissé le landau de ma pitchounette 
                                                    pendant que je papotais avec Mme Tapdur ?"

                                                                   CRIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!!! SCHHPAFFFFFFFFF !!!!!!!!

                                                                 "Oh seigneur, ma pitchounette ! Quelle horreur !
                                                                  Ah non, je suis trop conne, elle était dans mes bras. Hihihihihi."

                                      "Putain de bordel de bordel de m.....!!!
                                       Hé connasse, si tu veux balancer tes saloperies c'est dans la benne et pas sous les roues !"

Ne comptons pas non plus sur le mari en titre (Ward Horton, absolument transparent) qui est quasiment inexistant, passant le plus clair de son temps au boulot ou en déplacement. Pratique quand le script exige que l'épouse reste seule à domicile pour affronter des fantômes hargneux. L'occasion rêvée d'infliger au spectateur quelques bons jump scares, histoire de rappeler quand même qu'on est dans un film d'horreur. Et c'est peut-être là le seul point positif d'Annabelle même si ces effets de flippe sont peu nombreux.
On gardera ainsi la scène où Mia poursuit une gamine dans son appartement, gamine qui se transforme sur un pas de porte en la sataniste psychotique qui a légué son âme à la poupée. Un effet assez bien foutu tout comme ce démon qui poursuit la même Mia (à croire qu'il n'y a qu'elle dans le film) dans la montée d'escaliers de son immeuble. Un passage qui aurait pu être encore plus terrifiant si le diable en question ne ressemblait pas au Belzébuth du grand orchestre du splendide.

                                 "- ♫Ouiiiiiii je suis Belzébuth, je suis un bouc je suis en rut ! Ouiiii je...♪
                                  - Ah ta gueule ! J'avais déjà une poupée qui fait des bruits bizarres,
                                    maintenant j'ai carrément un démon qui chante des chansons de m.... toute la nuit !
                                    Putain, c'est l'enfer le satanisme !"

Quelques passages sympas donc mais qui ne sauvent pas le long-métrage de la catastrophe, nous infligeant, cahier des charges oblige, tous les clichés habituels des films récents de maison hantée: portes qui se ferment toutes seules, fenêtres qui claquent, objets qui changent de place, bruits chelous dans le plafond, appareils qui s'allument et s'éteignent sans raison, entités invisibles qui tirent les gens par les pieds, téléviseur bloqué sur TF1, etc.... etc... Annabelle, pendant 1h30, reprend de façon prévisible tout ce que nous ont déjà infligé les Paranormal Activity, Sinister ou autre Insidious et le gavage du genre imposé par le cinéma actuel entraine forcément une certaine lassitude. En gros, voilà ce que l'on ressent en regardant ce film: y'a un bruit/l’héroïne va voir/ j'ai peur/ jump scare, un machin apparait dans l'appartement/l’héroïne va voir/j'ai peur/ jump scare, y'a des bruits dans la cave/l’héroïne va voir/ j'ai peur/jump scare/le bébé est en danger/j'ai peur/jump scare/y'a des bruits dans l'escalier/aaaahhh un démon/jump scare/j'ai chié dans mon froc....... fin du film.

                         "- Que se passe-t-il, chéri ?
                          - J'ai entendu un drôle de bruit qui venait de par là....
                          - Non c'est rien, c'est moi qui en ai lâché une. J'ai du mal à digérer les choux de Bruxelles.
                          - Ah ok, j'ai eu peur. On dirait dit comme un cri d'animal à l'agonie. 
                            Y'avait même l'odeur qui allait avec....
                          - Les choux de Bruxelles je te dis, mon loulou...."

Notons que le réalisateur John R. Leonetti n'est pas non plus un surdoué du huitième art. Cantonné jusqu'à présent dans les suites foireuses (Mortal Kombat: Annihilation, L'Effet Papillon 2), il se lance ici dans le spin-off sans réellement plus de talent. Le succès de Conjuring aidant, il a très certainement dû se dire que ces veaux de spectateurs allaient se ruer comme des sauvages vers cette pseudo-séquelle produite par James Wan. Et il a eu raison le lascar puisque Annabelle est devenu l'un des titres les plus rentables de 2014 en rapportant globalement plus de 255 millions de dollars (pour un budget de 6.5 millions), permettant à de nombreux jeunes crétins franchouillards de foutre un boxon pas possible dans les salles de ciné hexagonales sous prétexte que "ce putain de film y fout trop les jetons la vie de sa mère". Certains patrons de multiplexes, ne comptant plus les distributions de mandales de la part de spectateurs excédés ou le nombre de sièges arrachés ou bouffés par des ados enragés venus tout spécialement pour faire chier le monde (merci les médias qui ont bien participé à l'expansion de cette pandémie de connerie), durent se résigner à se débarrasser d' Annabelle afin d'éviter que ces mêmes perturbateurs ne foutent le feu à leur boutique. Depuis, à chaque nouveau film du même acabit, ces demeurés ne ratent jamais une occasion pour aller retourner des salles de ciné, anticipant de par leur débilité profonde la disparition prochaine du cinéma de genre sur grand écran.
Surtout que maintenant qu'elle s'en est mis plein les fouilles la Annabelle, il faut la voir faire sa pouf sur internet, se prendre pour la nouvelle Paris Hilton et poser en faisant des duckfaces devant la glace de sa salle de bain.


Certains l'auraient même aperçu dans des sex-tapes douteuses avec d'autres acteurs au casier judiciaire bien chargé.


En moins d'un an celle qui aurait pu devenir une future icône du cinéma d'épouvante a sombré dans la déchéance la plus totale. C'est ça de se faire de l'argent facilement en tournant dans des navets destinés à un public de déficients mentaux. Si encore ce film était sorti directement en DVD, il aurait pu passer pour une petite série B sans prétention, même s'il ne vole pas haut. Mais faire tout un barouf pour une telle escroquerie, franchement, là on tombe vraiment très bas. Ne comptez pas sur moi pour Conjuring 2; les portes qui claquent du père Wan j'en ai ras-le-bol !
Au final mes à-priori sur Annabitch n'étaient pas complètement erronés. Je m'attendais à quelque chose de banal et je me suis retrouvé avec un film sans surprise, aux dialogues ridicules et avec des personnages à la limite du supportable.

Pour ceux qui désireraient quand même se filer les miquettes avec cette poupée possédée, qui d'après les dires aurait réellement existé, je vous conseille plutôt de lire la véritable histoire de cette dernière via le site mindshadow dont vous trouverez le lien ci-dessous. Allez-y sans crainte c'est bien plus flippant que la purge de Leonetti. Et au moins Annabelle ne ressemble pas à une prostituée au rabais.
http://www.mindshadow.fr/histoire-vraie-annabelle-la-poupee/

Comme d'habitude l'avis que je donne ici n'engage que moi et je ne jette pas la pierre à ceux qui ont pu apprécier Annabelle (sauf aux débiles cités plus haut).
Et promis, la prochaine fois on se fera un petit inédit bien plus appétissant que ce truc-là.
Vous aimez les fruits de mer ?

lundi 9 février 2015

DYLAN DOG : VITTIMA DEGLI EVENTI (2014)


Un an après le fiasco total que fût le film Dylan Dog réalisé par Kevin Munroe, les fans italiens décident de venger leur héros préféré de l'affront commis par le cinéma américain en créant eux-mêmes leur propre long-métrage. C'est ainsi qu'apparait Dylan Dog: La Morte Puttana, un fan-film de deux heures à but non lucratif réalisé par un certain Denis Frison qui endosse pour le coup les vêtements de l’enquêteur en cauchemar. Si l'intention est louable, le résultat l'est un peu moins : l'intrigue s'avère difficile à suivre (surtout pour ceux qui ne connaissent par le fumetto), les effets spéciaux sont dignes d'un film d'Ed Wood, les dialogues volent au ras des pâquerettes et les acteurs sont tout sauf convaincants. On retrouve certes une bonne partie des personnages inventés par Tiziano Sclavi (à la différence du machin de Munroe) mais c'est loin d'être suffisant. Un coup d'épée dans l'eau donc pour les adorateurs du "old boy". Tout comme ce second fan-film sorti également en 2012 et réalisé par Roberto D'Antona, Dylan Dog: Il Trillo Del Diavolo, qui, bien que quelque peu supérieur à La Morte Puttana, souffre des mêmes problèmes.


En 2014, un jeune réalisateur prometteur Claudio Di Baggio (le film "Freaks" en 2011) entreprend de réaliser un moyen-métrage mettant en vedette l'enquêteur en cauchemar. Nait alors le projet Dylan Dog: Vittima Degli Eventi en collaboration avec la maison de production The Jackal et avec dans les rôles de Dylan et Groucho deux acteurs issus de la web-série italienne The Pills: Valerio Di Benedetto et Luca Vecchi (celui-ci étant également le scénariste de l’œuvre en question). Financé par une opération de crowdfunding lancée par Di Bagio lui-même sur le site Indiegogo, le film sera finalement disponible gratuitement sur le canal YouTube de The Jackal le 2 novembre 2014.
Le verdict tombe immédiatement: Vittima Degli Eventi, avec un budget ridicule, est la meilleure adaptation du fumetto de la Bonelli.


Luca Vecchi, en fin connaisseur du matériel original, rédige un script totalement en symbiose avec l'ambiance bien particulière de la BD. Adele Moreschi, en passant sur le pont Saint Ange à Rome est victime d'une étrange hallucination: une jeune femme lui ressemblant trait pour trait s'arrache la tête avant de la lui tendre. Fortement traumatisée par cette vision et hantée par des cauchemars de plus en plus récurrents, Adele se décide à engager Dylan Dog pour tenter de comprendre ce phénomène. L’enquêteur ira jusqu'au bout de lui-même pour mettre à jour la sinistre vérité, quitte à prendre des risques inconsidérés.


Formaté comme un épisode de série TV (50'), Vittima Degli Eventi est un OFNI qui se veut respectueux de son public. Délaissant les rues Londoniennes au profit de la capitale italienne (budget oblige), Di Bagio tente, malgré ce changement de cadre, de coller au plus près du petit monde créé par Sclavi. Dylan, peut-être un peu trop viril, est bien l'ex-policier bourré de phobies que l'on s'attend à trouver, son bureau est la copie exacte de celui que l'on aperçoit dans ses aventures dessinées et une bonne partie de ses compagnons d'aventure répondent à l'appel: l'inspecteur Bloch (Alessandro Haber), la médium Madame Trelkovsky (Milena Vukotic), le brocanteur Hamlin (Massimo Bonetti) et surtout Groucho, celui sans qui notre héros ne serait rien. De tous les acteurs présents dans ce fan-film, et ce même s'ils sont tous excellents, c'est bien Luca Vecchi qui offre le plus gros cadeau à tous les fans du old boy. Celui d'interpréter un Groucho de toute beauté, loufoque à souhait, et qui, entre calembours et jeux de mots à gogo, n'a pas son pareil pour nous faire rire. Le look rétro, les mimiques, la démarche, il ne manque rien au jeu du comédien pour redonner vie au plus célèbre des frères Marx. Du pur bonheur.

 
Même si aucun acteur ne parviendra jamais à nous faire oublier que Dylan Dog ne peut être interprété que par Rupert Everett, Di Benedetto fait du bon boulot et réussit, tout en s'autorisant quelques petites libertés, à coller à son rôle bien mieux que Brandon Routh dans le long-métrage américain (pas difficile me direz-vous). On retrouve avec plaisir la clarinette, le galion, la coccinelle VW, le bestiaire peuplant l'entrée du bureau de Dylan ainsi que toutes ces autres choses abandonnées ou délaissées jusqu'à présent par tous ceux qui ont voulu adapter les aventures de l’enquêteur en cauchemar.

                                             "- Chef ! Le contrôleur des impôts a appelé des renforts cette année.
                                              - Va me chercher mon pistolet, Groucho. Et n'oublie pas la boite de bastos."

En véritable professionnel, Di Bagio parvient à nous faire oublier pendant un peu plus de 45 minutes que nous sommes en train de visionner un film amateur. Le bonhomme, à l'image d'un Sam Raimi, donne vie à sa caméra. Il faut voir cette dernière plonger en chute libre sur les personnes attablées chez la vieille Trelkovsky au moment de la séance de spiritisme ou voler dans tous les sens quand Dylan ingurgite la datura stramonium, nous faisant partager en même temps que lui les effets de cette plante hallucinogène. Mélange improbable des œuvres de Bava ou d'Argento, Vittima Degli Eventi oscille constamment entre illusion et réalité tout en profitant au maximum de la beauté de Rome, de ses rues pavées et de son fameux château Saint Ange. La photographie somptueuse, les costumes impeccables, le score envoutant et les effets spéciaux plus que convaincants ne font que renforcer notre sentiment d'être devant un véritable petit bijou de poésie macabre.

                                   "- Hé chef, pourquoi la Trelkovsky nous inflige toujours la présence de ses momies
                                      quand elle nous demande de venir chez elle ? 
                                    - C'est parce qu'a coté d'elles la vieille taupe passe pour une petite jeune.
                                      Méfie-toi, c'est une vraie cougar la mamie."

                               "Et je vous rappelle qu'en plus d'être médium je suis loin d'être sourde, espèces de petits cons."

                                                                                                  "Et m........"

Bien que n'ayant reçu aucun accord de la part de la maison d'édition Sergio Bonelli (normal puisque que le film est à but non-lucratif), Di Bagio et Vecchi eurent l'honneur de voir leur bébé approuvé par Roberto Recchioni en personne, le nouveau responsable du fumetto. Autant dire que pour nos deux lascars le pari de réaliser un produit fidèle aux aventures papiers du sieur Dog est remporté haut la main.

                     "- Fini la rigolade l'ancien. 
                        Mon client Charles Band demande la restitution des jouets que vous lui avez dérobé.
                      - Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
                      - Ah ouais. Et c'est quoi ce Tunneler à poil sur l'étagère juste devant vous ?
                      - Damned ! I'm decouverted !"

On rêve maintenant de la série TV que pourrait éventuellement engendrer ce moyen-métrage; et pour patienter il nous faudra nous contenter de ce fan-film que je me suis amusé à traduire tout spécialement pour l'occasion.
Une fois de plus les sous-titres ont été faits "à l'oreille" et il m'a fallu changer le sens de plusieurs phrases, ces dernières étant impossibles à transposer en français. Les boutades de Groucho en sont l'exemple type. Comment les traduire alors qu'elles sont basées sur l'orthographe ou la prononciation de mots italiens ? Pas facile. J'ai aussi conservé tels quels les noms originaux des monuments romains ainsi que l'expression "Giuda Ballerino" de Dylan (parce que "Judas Danseur" ça faisait un peu craignos).
J'espère que ces petites modifications ne vous choqueront pas trop et que vous apprécierez à sa juste valeur ce que je considère personnellement comme un véritable petit chef d’œuvre.
Comme quoi, pas besoin d'avoir un max de fric pour réaliser des œuvres de qualité.

https://1fichier.com/?82myewh1r1

dimanche 1 février 2015

DYLAN DOG : Storia di un Fumetto


GENÈSE
Toute commence avec la maison d'édition milanaise Sergio Bonelli Editore, leader incontesté en matière de fumetti (bandes dessinées) sur le marché italien depuis la fin des années 40. Proposant principalement du western, elle connait son premier vrai succès en 1948 avec Tex, un ranger du Texas dont les aventures se vendent encore de nos jours à plus de 200 000 exemplaires. C'est dans l'optique de diversifier ses collections que l'éditeur sort en 1982 Martin Mystère, un titre considéré comme le point de passage entre la période dite classique de la firme et la période actuelle; une frontière entre l'ère western et l'ère moderne en quelque sorte. Surfant plus ou moins sur la vague des films d'aventure lancée par Les aventuriers de l'arche perdue, Martin Mystère, surnommé le détective de l'impossible, cherche à résoudre les plus grandes énigmes de l'humanité (le triangle des Bermudes, l'Atlantide, le Yéti, etc....) et fait souffler un certain vent de fraicheur sur le petit monde des fumetti. Mais la véritable révolution pour l'éditeur italien survient en 1986 quand il est décidé de mettre sur le marché de la bande dessinée un nouveau mensuel basé cette fois sur le cinéma fantastique, genre très en vogue dans les années 80.
L'écrivain Tiziano Sclavi (le monsieur sur votre gauche), en se basant sur le détective de l'occulte John Silence, personnage inventé au début du siècle dernier par le romancier anglais Agernon Blackwood, vient proposer un héros complètement différent de ce que les lecteurs pouvaient trouver jusqu'à présent dans leurs kiosques à journaux. Il a d'emblée une idée bien précise de l'aspect physique et du comportement que doit adopter sa créature; aussi demande-t-il aux dessinateurs Claudio Villa et Angelo Stano de prendre comme modèle l'acteur américain Ruppert Everett (a destra) pour la conception du visage de celui qu'il prénomme déjà Dylan (un prénom que l'auteur italien a choisi en hommage au poète Dylan Thomas).

Au format 16x21 cm, comprenant 96 pages de bandes dessinées entièrement en noir et blanc (comme les autres mensuels Bonelli d'ailleurs), le premier numéro de Dylan Dog parait le 26 septembre 1986 et fait l'effet d'une véritable petite bombe.
Immédiatement vendu à des milliers d'exemplaires, cet album intitulé "L'alba dei morti viventi" (L'aube des morts-vivants) se veut une resucée de La nuit des morts-vivants de Romero, confirmant ainsi les liens unissant cette BD au cinéma de genre.
Le petit livre, aujourd'hui coté à plus de 250 euros, s'arrache en un rien de temps et trouve immédiatement son public. Très vite Dylan Dog devient le troisième fumetto le plus vendu en Italie, juste derrière Tex et Mickey.
Dans la foulée, encouragée par cette initiative particulièrement rentable, la Bonelli ne tarde pas à créer d'autres personnages originaux, explorant ainsi des contrées qui lui étaient inconnues jusqu'à présent (SF, horreur gothique, etc....).


QUI EST DYLAN DOG ?
Demeurant à Londres, au 7 Craven Road (clin d’œil volontaire à Wes Craven), Dylan Dog exerce une profession qu'il a lui-même inventée: celle d’enquêteur en cauchemar (en gros un détective spécialisé dans les phénomènes surnaturels). Ancien policier à Scotland Yard, ex-alcoolique, bourré de phobies en tous genres (vertige, claustrophobie, peur de l'avion ou des chauve-souris), végétarien, réfractaire aux technologies nouvelles, refusant de se séparer de sa vieille coccinelle Volkswagen, passionné de lecture, de films d'horreur, de musique classique et Rock, joueur de clarinette (dont il ne connait qu'un seul air), ne possédant qu'un seul style vestimentaire et considéré par les médias anglais comme un charlatan, le bonhomme ne donne pas l'image d'un véritable professionnel et son activité ne lui permet pas de vivre convenablement (il est même régulièrement sur la paille). Et pourtant, aidé par un sens intuitif hors du commun qu'il surnomme lui-même "cinquième sens et demi", Dylan est un détective extrêmement doué qui ne croit pas aux coïncidences. Pour le seconder, notre anti-héros a embauché un certain Groucho, copie conforme du plus célèbre des Marx Brothers dont la véritable identité reste encore inconnue : est-ce un acteur raté amateur de comédies classiques hollywoodiennes ? Un malade mental se prenant pour une ancienne star de cinéma ? Ou tout simplement le véritable Groucho Marx, qui par un quelconque biz-biz spatio-temporel se serait retrouvé propulsé dans le Londres du 20ème siècle ? Peu importe la réponse puisque Groucho, en fidèle compagnon, se révèle indispensable pour éviter à Dylan de replonger dans ses vieux démons; et même s'il le menace continuellement de le renvoyer, même s'il assure être en permanence agacé par son humour et reconnait ne pas être en mesure de lui donner un salaire décent, l'ex-policier le considère véritablement comme son meilleur ami. Un peu comme l'inspecteur Bloch, ancien supérieur hiérarchique de Dylan quand il bossait pour Scotland Yard et qui entretient toujours une relation père-fils avec lui; d'ailleurs ne l'appelle-t-il pas régulièrement "old boy". A deux doigts de la retraite, le vieil homme met bien souvent sa carrière en jeu quand son petit protégé vient lui demander un coup de main.

                                                                                Groucho, Dylan et l'inspecteur Bloch

D'autres personnages gravitent autour de l’enquêteur en cauchemar : Lord H.G Wells (un dandy scientifique), Maria Trelkovsky la médium; Xabaras pire ennemi de Dylan qui se révèlera également être son père, Hamlin, le tenancier de la boutique Safarà où l'on peut y acheter toutes sortes d'objets magiques, etc...
Sans parler des centaines de femmes dont Dylan est tombé amoureux au cours de sa vie et qu'il n'arrive jamais à garder à ses cotés. Il faut dire que bon nombre d'entre elles ont connu un destin tragique. Lillie Connely en est l'exemple le plus flagrant : jeune terroriste de l'IRA, elle passera la corde au cou de Dylan avant d'être condamnée à mort pour les attentats qu'elle a organisé. Ou encore Bree Daniels, une prostituée de luxe qui refusera une demande en mariage du détective avant de terminer ses jours dans un hôpital, atteinte du virus du SIDA. Malgré un pacte passé avec la mort elle-même, Dylan ne parviendra pas à la sauver. Oui, car la mort est ici un personnage à part entière, une créature manipulatrice et joueuse qui croisera plusieurs fois le chemin de notre héros sans jamais vouloir véritablement l'emmener avec elle; comme si elle le préservait pour on ne sait quel mystérieux dessein. Elle fait partie de tout un bestiaire fantastique qui viendra peupler au fil des mois les pages des quelques 340 numéros mensuels parus à ce jour. Des vampires, des loups-garous, des momies, des serial-killers à la pelle, des extra-terrestres, des savants fous....
Certains de ces personnages sont les copies conformes de créatures issues du cinéma de genre, les auteurs du fumetto piochant régulièrement leurs idées dans les succès cinématographiques ou télévisuels du moment.


Abordant tous les thèmes du fantastique, le titre se permet même des écarts qui lui auraient attiré les foudres de la censure s'il avait été publié en France à la même époque. Femmes nues, enfants massacrés, gore à gogo; et même si cette violence est plus souvent suggérée que montrée réellement, les accros à ce genre d'insanités (comme diraient certaines personnes bien-pensantes) en veulent toujours plus. Mais Dylan Dog n'est pas non plus le petit frère du magazine Splatter (voir sur ce même blog) et certains récits de toute beauté risquent de vous marquer à tout jamais.
Je défie quiconque de terminer des numéros comme le 81 (Johnny Freak) ou le 88 (Oltre la morte) sans verser une petite larme.


LA BONELLI HORROR TEAM
En presque trente ans un nombre incalculable d'artistes se sont succédé sur la série Dylan Dog. Outre Tiziano Sclavi,  plusieurs scénaristes reviennent régulièrement sur le titre : Luigi Mignacco, Claudio Chiaverotti, Carlo Ambrosini, Gianfranco Manfredi, Pasquale Ruju, Paola Barbato, Giovanni Di Gregorio, Roberto Recchioni....
Idem pour ce qui est des dessinateurs, bien plus fidèles à une série que n'importe quel artiste américain: Angelo Stano (qui reprendra également les couvertures du mensuel à partir du n°42, succédant ainsi à Claudio Villa), Corrado Roi, les duettistes Giuseppe Montanari et Ernesto Grassani, Giampero Casertano, Luigi Piccatto, Carlo Ambrosini, Pietro Dall'Agnol, Bruno Brindisi, Ugolino Cossu, Luigi Siniscalchi ou encore Claudio Castellini, créateur du design de Nathan Never, le flic futuriste de la Bonelli et qui depuis 1993 officie chez Marvel ou DC.
Depuis 2007 la nouvelle collection Dylan Dog Color Fest permet à d'autres artistes d’œuvrer sur le personnage en imposant leur propre style et en offrant des planches somptueuses, le tout magnifié par la mise en couleur des dessinateurs eux-mêmes ou de studios réputés.
Elle leur donne aussi la liberté de créer à leur guise toutes sortes d'univers parallèles ou futuristes dans lesquels évolue l’enquêteur en cauchemar, lui accordant la  possibilité de croiser les autres héros de l'éditeur milanais.
L'un de ces mondes imaginaires a également fait un véritable tabac auprès des lecteurs, obligeant la Bonelli à sortir de nouveaux numéros contant les péripéties d'un Dylan Dog cinquantenaire aux prises avec un monde presque entièrement peuplé de morts-vivants (merci Walking Dead).
Une merveille !


























Devant la demande pressante des fans, le titre mensuel s'est vite retrouvé avec une multitude de petits frères aux rythmes variés (trimestriel, annuel) et aux formats différents (géants, maxi, en couleur). A l'heure actuelle les lecteurs transalpins peuvent savourer au minimum 24 albums par an mettant en scène Dylan Dog, sans compter les rééditions.
En 2013, le quotidien La Repubblica propose même de ressortir les 150 premiers numéros en couleur en les réunissant par trois dans des albums hebdomadaires; une initiative chaleureusement accueillie par les fans. Bref, la Dogmania bat son plein: un festival de cinéma fantastique porte désormais son nom (le Dylan Dog Horror Fest), on aperçoit le héros dans un clip du chanteur Claudio Baglioni et son univers inspire pas mal d'artistes (voir le groupe 883 avec leur album "La donna, il sogno e il grande incubo"); on trouve des vêtements à son effigie, des jeux de société, des jeux vidéo, des montres, des pendules, des briquets, des tasses à café, des figurines, des brosses à dents, des brosses à chio.... heu non pas ça....
Sans oublier le fait que le 7 Craven Road à Londres est aujourd'hui devenu un lieu de pèlerinage pour la quasi-totalité des fans de Dylan.

                                                                       Le "vrai" numéro 7 Craven Road à Londres.
                                                                       Il y en a qui ont tout compris.

(R)EVOLUTION ?
Pourtant, la multiplication des titres et le désir des scénaristes de ne vouloir proposer que des histoires bouclées sans que cela n'ait d'incidence sur les suivantes a fini par lasser une bonne partie des lecteurs. Même si elle caracole toujours parmi les meilleures ventes de fumetti en Italie, la série s'enlise, son héros n'évoluant pas et se contentant d'engranger enquête sur enquête sans une once d'incidence sur sa propre vie.
Au mois de mai 2013, Tiziano Sclavi, fatigué de la "non évolution" de sa créature, décide d'amorcer ce qu'il a lui même baptisé l'opération "Dylan Dog 2.0". Le scénariste Roberto Recchioni se retrouve alors à la tête du titre et instaure toute une série de changements intelligents : Dylan s'adapte petit à petit aux technologies nouvelles, Bloch est mis à la retraite et remplacé par un commissaire particulièrement hostile au détective, les aventures mensuels ne seront plus des one-shots mais suivront un certain fil rouge, Xabaras disparaitra au profit d'un nouvel ennemi bien plus menaçant......
Recchioni et Sclavi décident donc de tout chambouler et de redonner un second souffle à cette BD.
En octobre 2014 le numéro 337 de la série régulière inaugure la nouvelle structure narrative du titre avant que les profonds changements décidés par Sclavi et Recchioni n'interviennent dés le mois suivant avec un titre qui annonce d'emblée ce qui attend les fans: "Mai piu ispettore Bloch" (soit mot à mot "Jamais plus inspecteur Bloch").
La révolution est en marche est il est encore trop tôt pour affirmer si ces choix éditoriaux s'avèrent payants ou pas. Mais une chose est sûre: tout est mis en œuvre pour faire évoluer le fumetto et propulser Dylan Dog dans de nouvelles aventures et relancer l’intérêt des lecteurs.


 

UN (TOUT) PETIT TOUR EN FRANCE
La première incursion de Dylan sur le territoire français se fait en juin 1987 avec la parution aux éditions Lug de ce qui était au départ annoncé comme un nouveau mensuel. Le format est le même que celui utilisé en Italie et l'éditeur lyonnais choisit de traduire le numéro 4 du fumetto ("Il fantasma di Anna Never"). Peut-être pas le choix le plus judicieux puisque, malgré un scénario excellent de Sclavi, les dessins de Corrado roi, au style très "Bill Sienkiewicz", peuvent ne pas être appréciés par tout le monde. En juillet de la même année sort "Le notti della luna piena", un récit plein d'action où notre héros affrontent des loups-garous en pleine forêt noire, le tout mis en image par le duo Montanari et Grassani. Malgré l'annonce d'un troisième numéro mettant en scène Jack l’éventreur, l'aventure s'arrête là pour le old boy, les lecteurs franchouillards n'ayant pas suivi. Le titre refera surface en 1993 chez Glénat, dans la collection Deux heures 1/2 en compagnie d'autres héros créés par Bonelli (Martin Mystère, Nathan Never...). Le rythme de parution est irrégulier et ces gros albums composés de trois mensuels regroupés en fonction des dessinateurs sera stoppé également en 1995 après six numéros.

En 2001, Glénat remet le couvert en proposant du grand format mais arrêtera rapidement les frais (seulement 4 volumes de parus).

Décidément le pauvre monsieur Dog semble ne pas trouver sa place sur le marché français, et histoire de bien enfoncer le clou c'est l’éditeur Panini Comics (France) qui récupère le titre et propose début 2013 deux numéros.
L'un regroupe les deux premières aventures originales et le second des histoires plus récentes en couleur, et ce au prix exorbitant de 16,30 euros... du Panini Francia tout craché.
Évidement c'est la cata et cette nouvelle collection est froidement abattue avant même d'avoir pu trouver son public.
De toute façon, au vu du nombre de numéros déjà sortis en Italie, le retard était d'ores et déjà irrattrapable.
Allez hop ! Ciao la France, Dylan reprend direct le train pour Milan.



DYLAN SE FAIT UNE TOILE
Si les rumeurs concernant de possibles adaptations du fumetto sur grand écran vont bon train dans les années 90, aucune d'entre elles ne s'avérera fondée. Ce n'est qu'en 1994 que le réalisateur Michele Soavi (Sanctuaire, Bloody Bird) met un pied dans l'univers du old boy en adaptant non pas le titre phare de la firme Bonelli mais le roman "Dellamorte Dellamore" de Tiziano Sclavi. 


Le héros en est Francesco Dellamorte, gardien du cimetière de Buffalora où les morts ont la fâcheuse tendance à revenir à la vie. Avec son assistant muet Gnaghi, il s'occupe de renvoyer les morts-vivants dans leurs tombes en leur collant une balle entre les deux yeux. Mais les choses vont se compliquer pour lui quand il va tomber amoureux d'une superbe veuve.
Sclavi écrivit ce livre bien avant d'avoir créé Dylan Dog mais ne le publiera qu'en 1991, probablement suite au succès de son fumetto. Il faut dire que les deux œuvres sont très proches, les personnages et l'ambiance générale de chacune d'elles étant à peu de choses près identiques. D'ailleurs ce n'est pas pour rien si Francesco Dellamorte arbore les traits de l'acteur Ruppert Everett, le modèle "humain" de l’enquêteur en cauchemar. Gnaghi, qui vient ici remplacer Groucho est interprété par le chanteur des Garçons bouchers François Hadji-Lazaro (Les deux personnages apparaissent également dans le troisième hors-série annuel de la BD où ils rencontrent Dylan et Groucho le temps d'une affaire se déroulant... dans un cimetière). Et il ne faudrait surtout pas oublier la magnifique Anna Falchi dans le rôle de la promise maudite de Francesco qui vient apporter la touche d'érotisme indispensable à ce type de production.


Le film en lui-même est donc une pure merveille et retranscrit en tous points l'atmosphère bien particulière que l'on retrouve dans la BD créée par Sclavi en 1986: les morts-vivants, le héros en quête d'amour impossible, la mort omniprésente en tant que personnage à part entière, la poésie, l'humour noir.... Soavi a su maitriser avec brio l'univers issu de l'imagination de l'auteur italien. Ce qui ne sera pas le cas de son successeur.

Tout d'abord intitulée Dead Of Night, la première œuvre cinématographique portant le nom de l’enquêteur en cauchemar sort en exclusivité sur les écrans italiens le 16 mars 2011. Réalisé par Kevin Munroe, produit par un studio américain (déjà fautif de l'immonde Ghost Rider 2) et mettant en scène l'acteur Brandon Routh (Superman Returns) dans le rôle titre, le long-métrage se ramasse dans les grandes longueurs. La faute à un scénario qui ne respecte en aucun point l'univers inventé par Sclavi. Ici Dylan a délaissé son job d’enquêteur en cauchemar pour celui de détective privé à la Nouvelle Orléans et ses affaires sont principalement liées à des histoires d'adultère. Il est toutefois contraint de reprendre son ancienne activité quand son assistant Marcus est tué et transformé en mort-vivant. Parallèlement, une jeune femme dont le père a été massacré par un loup-garou vient lui demander son aide. Dans le petit-monde de Dylan Dog version Munroe, lycanthropes, vampires et zombies cohabitent avec les humains depuis des lustres sans que cela ne gène personne. Les suceurs de sang tiennent des boites de nuit où viennent se défoncer les jeunes junkies décérébrés, les canidés sur deux pattes tiennent des usines à viande et il n'est pas rare de se faire servir un Big Mac par un mort-vivant au fast-food du coin.

                    "- Bienvenue chez Mc Dead. Que désirez-vous ?
                     - Je me laisserais bien tenter par un Vermine burger. Ça m'a l'air bien goutû.
                     - Voilà mon brave ! Vous voulez un jus de cloporte pour accompagner tout ça ?"

                   "- Non mais dites-donc, qu'est-ce que c'est que ça ?
                      Sur le menu il est indiqué " Sauce gerbe de chat". Et elle est où cette sauce, hein ?
                    - Oups, toutes nos excuses.
                      Géraaaaard !!! Ramène le chat pour le monsieur !"

Engagé dans la BD pour justement enquêter sur l'existence possible de ces créatures, Dylan est ici un personnage qui va carrément à contre-courant de cela puisque, à la demande de ces mêmes monstres, il sert en quelque sorte de médiateur entre leurs différents clans. Armé de gadgets de toutes sortes, maitre du combat au corps à corps, hésitant à se lancer dans une relation sentimentale après avoir perdu sa fiancée, le bonhomme n'a plus rien à voir avec le héros de chez Bonelli. N'espérez pas non plus apercevoir des persos comme Bloch, Trelkovsky ou Xabaras. Et encore moins Groucho qui est remplacé par un faire-valoir agaçant dont le seul intérêt réside dans le fait qu'il soit un mort-vivant.
A partir de là, on comprendra aisément la réaction négative des fans italiens en ressortant de la projection du film. Roberto Nepoti, journaliste à La Repubblica déclara dans sa critique du long-métrage: "Il n'était pas nécessaire de massacrer un fumetto culte pour mettre en scène un nouvel épisode d'Underworld". C'est pas faux Roberto; on a parfois l'impression de mater un truc mélangeant allégrement Underworld avec des séries comme Buffy ou True Blood. On n'est pas encore dans du Twilight mais presque.
Et chez Bonelli les avis ne sont pas meilleurs : Sclavi refuse d'en parler, la scénariste Paola Barbato affirme que les changements apportés vont à l'encontre du concept même de Dylan Dog, Mauro Boselli, créateur de la BD Dampyr (également editée par Bonelli), déclare que le film a trahi l'esprit même du personnage en recherchant une facilité narrative digne d'un téléfilm et Roberto Recchioni le qualifie carrément de "très mauvais".
En conclusion, le fiasco est total et les lecteurs ne digèrent pas d'avoir été trahis à ce point, eux qui attendaient avec impatience l'adaptation de leur fumetto préféré. Mais en 2014 ceux-ci vont prendre leur revanche de façon magistrale grâce au jeune réalisateur Claudio Di Baggio.
Et ça, ça mérite vraiment un autre article..... et une traduction du moyen-métrage signé Di Baggio, Dylan Dog: Vittima Degli Eventi.
A suivre....

Et pour tous ceux qui veulent découvrir l'univers de Dylan Dog (à condition bien entendu de connaitre l'italien), une seule adresse :
http://www.sergiobonelli.it/sezioni/14/dylan-dog