mercredi 16 avril 2014

JOHN RUSSO : MIDNIGHT / THE MAJORETTES

On continue aujourd'hui notre exploration cinématographique des longs-métrages adaptés de romans parus dans la collection GORE (et MANIAC pour l'occasion) en abordant le cas de l'américain JOHN RUSSO.

                                                                                           John Russo en zombie dans LA NUIT DES MORTS-VIVANTS

Quand on parle de JOHN A. RUSSO la première chose qui nous vient immédiatement à l'esprit c'est LA NUIT DES MORTS-VIVANTS qu'il scénarisa au coté de GEORGES ROMERO.
Mais s'arrêter à cet indémodable chef d’œuvre serait une hérésie puisque notre bonhomme a su par la suite laisser son empreinte aussi bien dans le cinéma fantastique que dans la littérature d'épouvante.
Après le succès rencontré par LA NUIT DES MORTS-VIVANTS en 1968, JOHN RUSSO se querelle avec ROMERO au sujet de ce que devait être la suite du fameux long-métrage et décide de se dissocier complètement du réalisateur.


Il  écrit alors sa propre séquelle intitulée RETURN OF THE LIVING DEAD.
ROMERO, de son coté, s'associera un peu plus tard avec DARIO ARGENTO pour nous concocter un ZOMBIE qui deviendra culte par la suite.
Le script de RUSSO embraye ainsi directement sur le film de Big John et nous conte les périples d'un nouveau groupe de survivants face à la prolifération des zombies.
Les droits furent vendus pour une adaptation cinématographique, mais après être passé entre les mains de plusieurs studios le scénario terminera malheureusement sa course aux oubliettes.

RUSSO se rattrapera quelques années plus tard en signant un nouveau script portant exactement le même titre et qui permettra à son nouvel associé DAN O'BANNON de réaliser en 1985 un petit bijou d'humour noir : LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS.

Pour éviter toute confusion dans nos contrées, la première nouvelle sortira chez nous sous l'appellation du REVEIL DES MORTS-VIVANTS tandis que la seconde, en conformité avec le film, conservera l'appellation de RETOUR DES MORTS-VIVANTS.
Hormis les récits à base de cadavres ressuscités amateurs de cervelles fraiches, RUSSO est également à l'origine de plus d'une vingtaine de romans d'épouvante.

Parmi les plus connus on trouve MIDNIGHT (1980) où de jeunes donzelles se retrouvent prisonnières d'un groupe d'adorateurs du démon, MAJORETTES (1979), un slasher à base de collégiennes victimes d'un psycho-killer fanatique, BLACK CAT (1982), AWAKENING (1983), INHUMAN (1986), etc...
En France, seul huit de ses romans ont trouvé le chemin de nos chères librairies :


                                                                         COLLECTION GORE (FLEUVE NOIR)

                                                      LA NUIT DES MORTS-VIVANTS (NIGHT OF THE LIVING DEAD)
                                                                                              GORE n°1
                                                                  Réédité en 2008 en version intégrale par MILADY

                                                  LE REVEIL DES MORTS-VIVANTS (RETURN OF THE LIVING DEAD)
                                                                                              Gore n° 6
                    
                                                  LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS (RETURN OF THE LIVING DEAD)
                                                                                                 Gore n° 9

                                                                                   ZERO HEURE (MIDNIGHT)
                                                                                               Gore n° 79

                                                                        COLLECTION MANIAC (PATRICK SIRY)

                                                              CREVE, MAJORETTE, CREVE... (THE MAJORETTES)
                                                                                            MANIAC N° 7

                                                                           J'AI LU COLLECTION EPOUVANTE

                                                                              PANTHERE NOIRE (BLACK CAT)


                                                                        L'APPEL DU SANG (THE AWAKENING)

Et parmi ces derniers, deux parvinrent à se frayer un passage jusque sur les rayons de nos regrettés vidéoclubs : MIDNIGHT et MAJORETTES.

                                                                                    MIDNIGHT (1982)


Persécutée par son beau-père alcoolo qui cherche en permanence à abuser d'elle, la jeune Nancy s'enfuit de chez elle et rejoint deux garçons qui traversent le pays à bord de leur camionnette.
Après le meurtre de ses compagnons de voyage par des psychos habillés en policiers, Nancy se retrouve séquestrée par une famille d'adorateurs du démon qui ont prévu de la sacrifier à minuit précise le soir de Pâques.
Parallèlement, son beau-père se lance à sa recherche et ne tarde pas à découvrir le sinistre destin qui attend la malheureuse.

 
Avec MIDNIGHT, RUSSO entreprend d'adapter lui-même son roman au cinéma et prouve que si l'on maitrise parfaitement la plume, il n'en est pas toujours de même quand il s'agit d'une caméra.
Ne disposant probablement que de très peu de moyens, l'écrivain n'arrive pas une seule seconde à nous faire prendre en pitié son héroïne, ni même à éprouver une once de sympathie pour elle
En effet, si le roman parvenait à mettre en valeur la personnalité de l’intéressée et sa détresse au vu de la terrible situation dans laquelle elle se retrouve, le film, lui, nous laisse de marbre quant à ce qu'il peut bien lui arriver.

                                                        " Hé les poufiasses, regardez ce qui vous attend ! Schlaaack !
                                                Hé, hé, hé, vous faites moins les malignes là, hein ? Hé, ho, je vous parle !"

                               "- Ho, gros crado, tu peux gueuler moins fort ? Tu vois pas que je parle avec ma copine ?
                                  Qu'est-ce que je disais déjà ? Ah oui, je te jure, Samantha a galoché Raoul dans les chiottes du lycée!
                                - La salope ! Attends un peu que je lui mette la main dessus à cette chaudasse !
                                  Raoul, c'est moi qui l'ai vu en premier. Putain, j'hallucine. j'ai envie de mourir... snif !"

Le gros défaut de RUSSO c'est de vouloir en arriver au plus vite au moment où vont commencer à s'aligner les cadavres sans prendre le temps de bien poser ses personnages et de les rendre ne serait-ce qu'un minimum intéressants. Les scènes s'enchainent à la va-vite et les acteurs ne semblent être là que pour se faire trucider le plus rapidement possible. Difficile de cette façon de ressentir un quelconque malaise à la vision de ce long-métrage; sans parler de la fin, complètement différente de celle du roman, qui ne vient pas arranger les choses. D'un dénouement sombre et cruel on se retrouve avec un pseudo-happy end complètement crétin et torché à la va-vite.
Ajoutez à cela des acteurs plus qu'approximatifs dans leur jeu et aux réactions parfois plus que douteuses, des dialogues à ras les pâquerettes, une image style "grindhouse made in 70's" et vous comprendrez que ce film n'est pas près de faire de l'ombre au MASSACRE A LA TRONCONNEUSE du père HOOPER.

                                           " Hé, frangin, c'est toi qui a encore laissé maman s'endormir près du radiateur ?"

En ce qui concerne la fidélité vis-à-vis du roman, on peut affirmer que la trame principale du bouquin est bien là : Nancy se tire de chez elle, est capturée par les barjos qui l'enferment dans une cage afin de la sacrifier à Satan, son beau-père part à sa recherche..... Bref, ça colle à peu près jusqu'à ce final foiré qui vient foutre en l'air tout le film... dommage !
Attention, ce n'est pas non plus une bouse phénoménale, n'exagérons pas; c'est juste que l'ensemble de l’œuvre manque cruellement d'humanité et de sentiments, choses que je juge indispensables pour pouvoir s'immerger totalement dans l'intrigue et prendre part au calvaire que subit le personnage central. Restent toutefois quelques égorgements bien sanglants et un ou deux méchants bien débilos.

 


                                                                                        Et on poursuit avec :

                                                                          THE MAJORETTES (1986)


C'est l'acteur WILLIAM HINZMAN (le zombie du cimetière de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS c'est lui) qui réalise en 86 cette nouvelle adaptation d'un roman de Russo, laquelle nous conte les mésaventures d'une troupe de majorettes victimes d'un tueur en série qui, après les avoir sauvagement écharpées, les baptise en les plongeant dans l'eau.


Un peu plus fidèle au matériel d'origine que MIDNIGHT, THE MAJORETTES est un énième slasher ni pire ni meilleur que la flopée d'autres titres du même acabit qui pullulaient dans les années 80.
Les meurtres commis par un mystérieux tueur vêtu d'un treillis et d'une cagoule se succèdent à intervalle régulier et la présence d'une pléthore de personnages tous plus suspects les uns que les autres nous permet de cogiter (pas trop longtemps quand même) sur la véritable identité du psychopathe.

                                                  "- Coucou, c'est qui ?
                                                   - Heu.... attendez... heu..... ah, je l'ai sur le bout de la langue... je dirais le shérif Br.....
                                                   - Trop tard ! "
                                                                                  SCHLAAAARKKKKK !

Le principal défaut de cette œuvre ne provient pas du film en lui-même mais plutôt du manuscrit de Russo qui a quelque peu tendance à partir dans tous les sens.
On a d'un coté ce meurtrier à l'arme blanche qui taille dans la lycéenne ramollie du bulbe, d'un autre un groupe de loubards dégénérés qui terrorisent tout le monde, et pour terminer une infirmière manipulatrice et vénale qui profite du handicap de la grand-mère d'une des majorettes pour lui voler son fric (et qui pourrait bien tenir un rôle primordial dans tout ce micmac).
On se retrouve au final avec un mélange de plusieurs genres, le tout allant du slasher basique avec démasticage au couteau, au revenge film avec un étudiant qui pète les plombs et qui part casser du loulou à grands coups de fusil à pompe. Une impression de fouillis qui ne permet pas ici non plus de s'identifier à tel ou tel protagoniste ou d'avoir de la compassion pour ces pauvres majorettes.


Bien moins violent que ne l'est le bouquin de Russo (fini les viols à répétition de la part du meurtrier), ce long-métrage reste tout de même d'excellente facture et se regarde sans réel ennui.




Et pour ceux qui s'intéressent à cette mythique collection de bouquins gerbeux, je recommande à nouveau le livre GORE : DISSECTION D'UNE COLLECTION de DAVID DIDELOT qui, précisons-le, a atteint le chiffre des 100 souscriptions et qui sera par conséquent imprimé sous peu par ARTUS FILMS.

                                                                      http://www.ulule.com/gore/



            Même le sieur RUSSO a l'air d'apprécier ce bouquin.
            Regardez-moi un peu cet air enjoué !








Encore merci à Ninja Tobikage sans qui cet article n'aurait pas été possible.

20 commentaires:

  1. Une bonne adaptation et suite logique de "je suis une légende" de Richard Matheson (1954!!!!)
    John Russo reste une des valeurs sures de la collection gore.
    La couv du N°6 c'est égaré du coté d'"evil dead "il semble.
    Nancy (spungen ou Thompson) un prénom aussi fatal que Barbara...........
    Merci (le congélo est plein de nouveau:)





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    1. Il n'y a pas que la couverture du 6 qui lorgne du coté d' EVIL DEAD.
      Dugévoy, le dessinateur, a fait de nombreux clins d’œil au ciné fantastique tout au long de la collection.
      C'est d'ailleurs assez amusant de mater certaines couvs en cherchant sur quel film il a bien pu prendre modèle....

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    2. j'adore joué à ce jeux aussi avec Elvifrance & autres bouquins populaires...;)
      Rien de secret tout se recycle comme au bon vieux temps des VHS relooké custom pour la solderie^^
      Ktulhu devient Alien ,Vampira devient Vampirrella et Sarko devient Satanik et Vall :Wallenstein...

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  2. auriez vous un lien pour trouver les bouqins qui m'intéresse bien plus que les films eux même ? le livre d'artus bien mais c'est plus une analyse de la collection. merci

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    1. Pour info entre 1€ ou 2 le morceau ou le carton en foire à tout ou au secours populaire.
      Et sans frais de porc ;)
      Comme on se croise depuis longtemps entre deux toiles d'araignée et que les amis de James Whale sont mes amis :
      je dois avoir des doubles suite à l'achat de plusieurs glacières,te tiens aux jus après spéléologie.
      Les vendeurs sont souvent de braves céréales killers bien plus inoffensifs que les lecteurs de "détective" ou de "Voici".


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  3. Pour trouver des bouquins de la collection Gore, la meilleure adresse reste encore price minister sinon tu as le blog de Petula Von Chase qui propose plusieurs de ces romans en pdf.
    http://petulavonchase.blogspot.fr/

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    1. Epub chéri, Epub ! Pas de pdf ;-)

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    2. A cette adresse là maintenant : http://petulavc.free.fr/index.php?post/2015/08/08/Inscription-Newsletter

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  4. Encore pleins de merci à vous pour ce travail! Génial ce blog!!! :))

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    1. Merci à toi.
      Par contre le "tu" est de rigueur ici. =)

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  5. Très bonne idée cette série de films tirés de la collection GORE.
    Merci a vous... deux, les Tontons bisseux.

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  6. Je dis rien ! Merci a tonton Jack pour ce sujet un peu débile^^

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  7. Bravo à toi pour cette programmation Zédement inspirée...

    Les livres de Russo sont-ils bons ? C'est ce que tu as l'air d'écrire...

    Pour ma part, son Midnight m'a effectivement poussé vers le sommeil de minuit.

    Merci pour les films, congratulations à Tobikage, et pour tes présentations toujours super top !

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    1. La trilogie des morts-vivants de Russo est excellente.
      Midnight est très différent mais bien meilleur que le film (et surtout bien plus noir).
      Pour les Majorettes c'est à peu près la même chose que le film mais en un peu plus violent quand même.
      Les deux autres bouquins chez j'ai lu, je ne saurais te dire puisque contrairement au nom de l'éditeur, je ne les ai pas lu.

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  8. Merci Oncle Jack et Ninja Tobikage pour ces deux films.
    J'ai lu "Panthère noire" et je l'ai trouvé bien sans plus, il m'a donné l'impresion d'un livre inspiré d'un film.

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  9. rien à voir mais t'as jamais pensé à traduire satanik (1968) ???? de Piero Vivarelli

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  10. Artus Films l'a fait à ma place puisque le DVD vient tout juste de sortir chez eux.

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  11. Chouette petite madeleine de Proust perso que ce Midnight de sinistre mémoire... Une des rares VHS d'horreur dans le minuscule vidéo club de mon bled gamin... Devenu un "classique" pour moi et mes potes, j'ai du le voir et revoir une dizaine de fois celui la... Ce qu'il m'en restait ? Le souvenir vivace de cette 'interminable succession de plans inutiles et mal raccordées montrant la camionnette des jeunes parcourant ces petits bouts de routes déserts... Sûrement a l'origine du simple "remplissage" pour obtenir une durée d'exploitation acceptable; au final un (involontaire ?) sentiment de malaise et de glauque... Merci beaucoup, je l'ai revu avec grand plaisir cette petite pelloche!!

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