jeudi 1 février 2018

MASSACRE (1988)



Sur le bord d'une route une prostituée se fait sauvagement étriper, allongeant toujours plus le nombre de victimes qu'aligne un maniaque insaisissable. Pendant que la police pédale dans la choucroute, le réalisateur du film d'horreur "Dirty Blood", qui se tourne dans les environs, décide de donner un peu plus de réalisme à son oeuvre. Pour cela il engage une médium afin que cette dernière organise une véritable séance de spiritisme sur le plateau; tant qu'à mettre en image un truc fantastique autant y apporter un semblant d'authenticité. Manque de bol la donzelle invoque malencontreusement l'esprit de Jack l'éventreur qui après avoir pris possession du premier blaireau qui passait va s'en aller démastiquer l'intégralité du casting.
Le rapport entre ça et le tueur fou cité un peu plus haut ? Heu.....

"- Oh my god ! Mais non chérie, l'affiche au dessus n'est pas celle de Phantasm 2 mais plutôt celle de Massacre !
- Massacre ??!! Aaaaaaaaaahhhhh ! Cours doudou, cours !"

Aborder les Lucio Fulci Presents pourrait d'emblée faire trembler les spectateurs les plus dingos d'horreur made in Italia. Pour ceux qui sont à la traîne rappelons rapidement comment est née cette série de téléfilms. Fin 1987 début 1988 le producteur Pino Burricchi, pas vraiment connu pour des œuvres d'une grande finesse (Il Giustiziere del Bronx, Gunan Il Guerriero) approche Fulci et lui demande l'autorisation d'utiliser la phrase "Lucio Fulci Presents" dans les crédits d'un film qu'il vient d'écrire,"I Fratti Rossi" (alias The Red monks). Moyennant quelques billets, Lucio accepte et commence à se demander si prêter son nom à d'autres péloches ne serait pas une excellente idée après tout. Il passe alors un accord avec d'autres producteurs : Luigi Nannerini et Antonino Lucidi pour dix films d'horreur à petit budget qui porteraient tous la fameuse mention "Lucio Fulci Presents", le papa de Zombi 2 en réaliseraient quatre, les six suivants seraient confiés à d'autres metteurs en scènes sans que Fulci n'y soit impliqué en quoi que ce soit.... excepté bien entendu pour récupérer des pépètes. Le premier à sortir est Bloody Psycho signé Leandro Lucchetti, puis vient le Massacro d'Andrea Bianchi; les tournages s’enchaînent à vitesse grand V jusqu'à ce que Giovanni Simonelli, derrière la caméra pour Hansel et Gretel, soit dans l'incapacité de terminer le taf qui lui a été assigné. Les producteurs prient alors Fulci de boucler le téléfilm, ce que ce dernier s'empresse de faire avant de retourner s'atteler à ses propres bobines, soit Les Fantômes de Sodome puis Touch of Death. C'est à ce moment qu'il réalise combien les budgets rachitiques qui lui sont refilés n'arrangent en rien la mise en image de scénarios qu'il a lui-même écrit. Le résultat est loin d'être à la hauteur de ses espérances et forcément des tensions commencent à s'installer, entraînant le départ du vieux Lucio. Au final la série estampillée "Lucio Fulci Presents" ne comptera que huit films au lieu des dix voulus ( aux quatre cités plus haut on ajoutera Luna di Sangue d'Enzo Millioni, Non Aver Paura della Zia Marta de Mario Bianchi et Le Porte dell'Inferno d'Umberto Lenzi). Bilan global de tout ce micmac ? Une poignée de longs-métrages que beaucoup redoutent comme la peste. Et il est clair que ce n'est pas ce Massacro qui risque de les faire changer d'avis.


Pauvre Andrea Bianchi ! Il est loin le sympathique Manoir de la Terreur avec ses morts-vivants complètement craignos mais hyper généreux quand il s'agissait de bouffer du vivant ! Au moins en ce temps-là on savait divertir son client à défaut de lui balancer un gros coup derrière la caboche pour l'envoyer rejoindre Morphée. Car il est difficile de ne pas choper un sévère coup de barre en visionnant Massacre. La première scène nous promettait pourtant quelque chose de bien sanglant : une prostituée est tuée, tête et main tranchée nette par son bourreau. Le souci c'est que tous les autres meurtres seront en majorité réalisés hors-champs et que du carnage en titre nous n'apercevrons que le piètre résultat des méfaits du psychopathe.
Une belle arnaque, surtout que le bodycount (12 morts en tout) voulu par le scénario signé aussi par Bianchi est quand même assez conséquent.
Et justement puisque nous en sommes à parler du script on est quand même en droit de se demander pourquoi l'intrigue délaisse illico le meurtrier introduit les premières minutes au profit d'un fantôme chtarbé qui s'en vient prendre possession d'un quidam pour poursuivre le boulot commencé de son vivant. L'esprit de Jack l'éventreur donc. Même si la médiocre médium qui semble choper les oreillons dés qu'elle entre en transe ne se contente que de citer son prénom, nous ne sommes pas dupes ! Et encore moins quant à l'identité du perso sous l'emprise du vilain esprit, laquelle ne nous sera révélée qu'en fin de bobine. Pas d'astuce ni d'espièglerie au pays de Bianchi, le spectateur le plus demeuré saura immédiatement qui est le meurtrier.

"Putain les mecs, je crois que la voyante nous fait une mauvaise réaction à je sais pas trop quoi.
Regardez un peu cette ganache !"

"-  ♪ Arrivaaaaa Gigi l'amorosooooooo ! ♫
- Ah non, tout va bien. Elle est juste possédée par l'esprit de Dalida."

Se disant qu'il pourrait certainement retrouver l'ambiance qu'il était parvenu à instaurer en 1975 avec son "Nue pour l'assassin", le metteur en scène nous sert quelques passages giallesques du plus bel effet, comme ce triple meurtre commis dans un hangar à bateaux. Le suspense monte crescendo avant que le tueur passe à l'acte.... encore une fois hors champs ! Bordel de bordel ! On nous fait longuement saliver tout ça pour nous frustrer lamentablement par la suite ! C'est sponsorisé par Fulci quand même, le mec qui éborgne des gonzesses en gros plan et qui fait barboter des zombies dans de la tripaille fumante ! Alors pourquoi autant de timidité graphiquement parlant ? Bref, Massacre veut taper dans le giallo mais se pose comme un slasher sans âme tout juste bon à aligner lascivement les cadavres, pillant sans vergognes certains clichés inhérents au genre tel ce couple trucidé en plein coït au fond des bois. La possibilité d'être en présence de plusieurs assassins ne parvient même pas à brouiller les pistes de manière intelligente, l'intrigue bien trop confuse couplée aux phénomènes surnaturels suggérés à la suite du bordel engendré par la médium n'arrangeant en rien les choses. Etant donné que ce n'est pas coté violence et barbaque que ce machin va nous rassasier il faudra donc se tourner vers l'humour, involontaire bien entendu, pour y trouver une once d’intérêt et éviter d'arrêter le visionnage une fois passée les trente premières minutes.
Et question rigolade par contre Bianchi  n'y va pas avec le dos de la cuillère. Déjà les personnages ont tous le charisme d'un plat de gnocchis froids. Cons comme des manches, incarnés par de pseudo-comédiens en roue libre, ils accumulent réactions improbables et dialogues absurdes.
Regardez un peu cette belle brochette d'abrutis ! Suivez bien parce que c'est du costaud.
On a tout d'abord le gros goret chauviniste de service, Robert, un producteur qui bat sa femme Lisa, lui reprochant de se conduire comme une véritable salope devant les autres mâles vu qu'elle s'amuse à se dépoiler pour un oui ou un non. Cela ne l’empêche pourtant pas d'essayer de convaincre son assistante Mira, une lesbienne, de venir les rejoindre lui et sa moitié pour une partie de galipettes à trois. Mira qui est bien plus intéressée par Jennifer, l'actrice principale de Dirty Blood, laquelle n'a d'yeux que pour son ténébreux boyfriend, l'inspecteur de Police Walter. On trouve également le belâtre John qui passe son temps à mater Lisa au grand dam d'Adrien, acteur gay ultra efféminé et transexuel à ses heures perdues. Viennent s'ajouter un metteur en scène sans scrupules qui refuse d’arrêter le tournage alors que ses stars tombent comme des mouches autour de lui, une voyante bonne à nib qui a du prendre des leçons de spiritisme auprès de Gérard Majax, une équipe de flics qui attend qu'un tueur en série ait fini de buter ses victimes pour l'interpeller, etc... Et que dire de ses dialogues délicieux indignes d'être entendus dans la pire des émissions de téléréalité ?


Hormis toute cette franche poilade, Andrea Bianchi nous rappelle qu'il est avant tout un fier artisan du cinéma érotique et qu'il a l’œil quand il s'agit d'engager de pulpeuses comédiennes, n'hésitant pas à effeuiller longuement la belle Silvia Conti (Lisa) jusqu'à ce que cette dernière nous révèles tous ses atouts. Et ils sont de taille les atouts ! Une chance rarissime de les apprécier à leur juste valeur puisque la jeune femme ne connaîtra pas une carrière mirobolante devant les caméras. Pas plus d'ailleurs que Patrizia Falcone (Jennifer), Gino Goncari (Walter), Danny Degli Esposi (Adrian) ou Lubka Lenzi (Mira) que l'on peut également apercevoir dans La Dolce Casa degli Orrori de Lucio Fulci. De la main d'oeuvre bon marché qui ne brille pas par son talent tout approximatif. Le seul qui pourrait à la rigueur relever le niveau reste le vétéran Paul Muller coincé dans un petit rôle de commissaire qui ne lui autorise qu'un temps très restreint à l'écran.

"- Oh seigneur dieu ! Comment peux-tu jouer les voyeurs avec cette immonde créature ?
Oh là là là là là là !
- Ah ouais ? Tu peux m'expliquer d'où sortent ces revues planquées sous ton plumard ?
Celles avec Hanouna à poil en train de s'emmancher une marmotte."

On peut aussi apprécier la photographie soignée de Silvano Tessicini, à l'oeuvre sur plusieurs segments des "Lucio Fulci Presents" et une musique bontempique définitivement emblématique d'une époque révolue et dispensée par Luigi Ceccarelli (Les Rats de Manhattan, Pénitencier de Femmes, Nosferatu à Venise...). C'est bien maigre mais ça apporte un petit coté nostalgique pas déplaisant qui nous fait dire que les années 80 en Italie c'était quand même vachement fun.
En définitive que dire pour vous donner l'envie de visionner Massacre ? Heu.... je ne sais pas trop, c'est pour ça que je laisserai le mot de la fin à cette grande folle d'Adrien qui a su trouver les mots justes dés sa première réplique.


Si vous avez donc une petite heure et demi à perdre vous pouvez toujours visionner le film du père Bianchi grâce au lien ci-dessous. Une VO trouvée sur le net et qui comprend plusieurs sous-titres dans différentes langues. Il y a bien quelques fautes sur ceux en français mais ça reste plus que convenable. Allez, bonne chance !

https://1fichier.com/?kzd2pptfp3


dimanche 7 janvier 2018

B-MOVIE POSTERS VOL. 1 is here !!!!


On peut dire que cette année 2018 commence plutôt pas mal, et ce grâce à Damien Granger.
L'ex-rédac chef de Mad Movies a méchamment galéré pour sortir son fameux B-Movies Posters premier du nom mais au final l'attente valait le coup, la passion du bonhomme pour les séries B en tous genres est indubitablement omniprésente via la reproduction d'une partie des nombreux flyers qu'il a collectionnés au fil des ans et qu'il nous propose de (re)découvrir en parcourant les quelques 200 pages en couleur qui composent ce recueil.
Si certains hésitent encore à le commander (on peut les comprendre, il n'est jamais aisé d'investir quelques billets dans des bouquins qu'on ne peut pas feuilleter) je me suis amusé à jouer les Youtubeurs du pauvre en réalisant une petite vidéo. Disons que c'est surtout histoire d'offrir un aperçu du bel ouvrage signé par le sieur Granger et son maquettiste Matthieu Nédey. Bon ok, c'est filmé avec un téléphone portable mais c'est toujours plus réaliste qu'une review du machin faite par un gazier bossant pour Télérama ou les Cahiers du Cinéma.



Pour les retardataires qui désireraient donc se procurer le livre vous pouvez soit consulter la Page Facebook B-Movie Posters soit directement passer à la caisse



vendredi 15 décembre 2017

PLAGA ZOMBIE : REVOLUCION TOXICA (2011)


Bill, John et Max ont fini par découvrir l'horrible vérité qui se cachait derrière la peste zombie : les aliens n'avaient jamais projeté de transformer les terriens en morts-vivants afin que ces derniers s'entretuent pour leur laisser le champ libre. En réalité le stade décrépi et purulent des cobayes n'était que symptomatique d'une gestation en cours à l'intérieur de leurs corps. Une fois arrivées à maturation, les carcasses s'ouvrent littéralement pour libérer un nouvel envahisseur extra-terrestre. Les trois copains mettent alors au point un plan astucieux afin de stopper le vaisseau-mère ennemi avant que celui-ci ne se décide à aller infecter une autre ville: Max devra capturer un zombie et le bourrer de poudre à canon avant qu'il ne soit récupéré par l'engin spatial que Bill et John auront préalablement localisé. Mais si sur le papier tout cela parait simple, la réalité va très vite leur rappeler que rien ne se fait sans effort : Bill aura maille à partir avec un agent du FBI belliqueux afin de récupérer un radar à aliens, John, privé de sa force spectaculaire suite aux effets dévastateurs d'un rayon tracteur s'engagera dans une véritable quête pour redevenir celui qu'il était, et Max s'éprendra malgré lui de Junior, le sympathique mort-vivant qui doit lui servir de cheval de Troie.

Dix ans séparent Plaga Zombie Zona Mutante de Revolución Tóxica. Dix longues années pendant lesquelles les comparses de Farsa  n'ont pas chômé un seul instant, accumulant les productions à succès, chacun d'entre eux jouant tour à tour le rôle de metteur en scène, d'acteur ou de scénariste. Leur renommée n'est désormais plus à faire et leurs budgets un peu plus confortables, même si loin d’être mirobolants, leur offrent toujours plus d'opportunités. Ils auraient pu facilement mettre de coté la franchise Plaga Zombie mais ces p'tits gars n'étaient pas du genre à laisser tomber les nombreux fans qui réclamaient à corps et à cris la suite des aventures de Bill Johnson et compagnie. En 2001 ils avaient promis de réaliser un jour ou l'autre un troisième et dernier épisode, histoire de finaliser l'intrigue entamée en 1997; en mars 2008 leur parole est tenue, la Révolution Toxique est officiellement lancée. Le tournage aura lieu à Buenos Aires et le film sera définitivement bouclé en mars 2012, le temps à Pablo Parés et Hernán Sáez, de nouveau derrière la caméra, de peaufiner leur bébé et d'en faire l'opus le plus abouti visuellement. Il est loin le petit truc amateur  de la fin des années 90, mis en boite avec deux copecks et quelques pâtisseries en guise d'effets spéciaux, Farsa Producciones pond désormais des produits capables de rivaliser voire de surpasser des bobines vingt fois plus friquées.


Le long-métrage débute quelques minutes après la fin du précédent opus : Bill, John et Max viennent de faire la lumière sur la mystérieuse peste zombie et, pour avoir subtilisé un bouffeur de cervelle sur le point d’être récolté, sont poursuivis par le gigantesque vaisseau-mère alien.
A l'aide d'un faisceau tracteur l'appareil tente d'embarquer le colis transporté par John et finit par y parvenir après avoir carrément pompé toute la musculature du cowboy. Une combine astucieuse pour expliquer en fait l'importante perte de poids subie par Sebastián "Berta" Muñiz depuis Zona Mutante. Pas toujours évident de mettre en boite une suite une décennie plus tard tout en essayant de faire croire qu'elle se déroule à la même période que la précédente.
On sait bien que nos acteurs ont  pris de la bouteille mais malgré tout l'illusion est parfaite, la transformation de John est plus que crédible et ses deux potes semblent ne pas avoir changé d'un iota. L'étude de leur personnalité déjà bien entamée dans le second opus atteint ici son paroxysme. Peut-être aux dépens de l'action non-stop auquel nous étions habitués diront certains et ils auront surement raison. Mais s'il est en effet plus calme que son prédécesseur, Revolución Tóxica n'est nullement ennuyeux et sait éviter les temps morts grâce à des situations toujours plus délirantes.
A bien y regarder on pourrait même découper le film en trois genres via les croisades respectives des personnages principaux : ainsi si les mésaventures de John ont tout du drame psychologique, celles de Bill s'orientent manifestement vers l'action; Max de son coté incarnant le coté purement comique.

"- Pas de pleurnicheries, je t'avais prévenu que si tu bouffais encore un voisin je te mettais à la diète.
- Gné gné gné gné bleuarrrghhh !
- Comment ça, c'est pas toi ? Et la tête de la vieille mère Tapdur que j'ai retrouvée sous ton lit ?
Te fous pas de ma gueule ! A partir d'aujourd'hui c'est pâté pour chien et puis c'est tout !"

"Et le Yorkshire de la vieille qui sèche dans ton armoire, tu vas me dire que tu n'y es pour rien non plus ?
Allez hop, privé de jeux vidéo pendant un mois ! De toute façons "Zombies Ate My Neighbors" c'est pas bon pour toi !"

Parés, Sáez et Soria, tous trois à l'origine du scénario, savent définitivement où ils vont et éliminent ce petit coté brouillon auquel ils nous avaient habitués jusqu'à présent. Fini les querelles puériles entre les personnages, leur amitié prend ici toute sa valeur et les fait reconnaître pour ce qu'ils sont vraiment : des héros. Et puisqu'on parle de Soria, le lascar abandonne la simple figuration pour enfin trouver un rôle important dans la saga: celui de Junior, le zombie verdâtre mangeur de sucettes de Zona Mutante et qui devient ici ce fameux "zombie de Troie" que veut construire Max.
A l'image du Bub du Jour des Morts-Vivants, Junior est le seul monstre "gentil" du film; une créature répugnante au visage jovial qui s'exprime par borborygmes et que son supposé tortionnaire finit par considérer comme son propre fils à force de le côtoyer.
Rôle plus conséquent également pour le cinquième larron de chez Farsa, Walter Cornás dans la peau de l'agent fédéral Jack Taylor, tête de nœud hautement entraînée au combat qui va donner pas mal de fil à retordre à Bill. Façon Monthy Python, chacune de leur confrontation se terminera par un nouvel estropiage du bonhomme. A noter également le retour du frangin de Pablo Parés, Diego, qui incarnait Willie dans le premier épisode.
Toujours dans le rôle du manager de John, il revient à son tour d'entre les morts pour filer un coup de main à son vieux pote et le remettre sur les rails après le coup dur que lui ont infligé les envahisseurs d'un autre monde. Mais est-ce vraiment lui ?


Tout comme ses grands frères, Revolución Tóxica combine le meilleur des B' Movies, les productions bas du front, gores, autogérées et au final créées pour n’être que de purs divertissements, allusions intelligentes aux grands classiques du cinéma de genre (voir cette fois-ci un hommage direct à Terminator avec ces hideux cyborgs travestis en agents fédéraux où à Rocky via l'entrainement intensif de John pour redevenir maousse costaud). Face aux œuvres étrangères qui s’intéressent au thème du mort-vivant le plus sérieusement du monde, le plus souvent sur un ton paranoïaque ou maladif, la saga Plaga Zombie est surement la première du genre à aborder la question comme une bande dessinée, voire une parodie féroce, toujours truffée d'excellents effets cradingues, d'amputations et de mutilations en tous genres.
Revolución Tóxica ne déroge pas à la règle et respecte à la lettre près le style et l’esthétique de ses prédécesseurs, même si, comme je l'ai déjà dit, il est moins frénétique dans sa construction. Rassurez-vous il comporte son lot de dégueulasseries bien allumées. On ne compte plus les membres arrachés, les coups de pompe qui défoncent les cages thoraciques, les geysers d'hémoglobine, les organes vitaux extraits à mains nues et recyclés en armes létales, les lames de taille-haies maniées comme des tronçonneuses.... L'amateurisme des premiers films made in Farsa a laissé place à des maquillages, certes toujours faits maison, mais extrêmement élaborés et cinquante mille fois mieux foutus que les merdasses en CGI du moment.
Suffit de voir le soin apporté à l'animation des aliens ou de leur gigantesque astronef ; difficile de se dire en constatant tout cela que la péloche a été entièrement autofinancée.

"Yeeeeaaahhhh !!! C'est le moment de jouer à 'Charcle un max de zomblards' !
Celui qui amasse le plus de barbaque en une minute se fait payer à bouffer par les autres !
C'est partiiiiiii !!!!!"

"Yaaaaaaaahhh ! Quel panard !"

Armés d'un admirable autodidacte perfectionné au fil des années, les membres de Farsa Producciones, plus créatifs que jamais et à la plus grande joie de tous les disciples de la franchise Plaga Zombie, terminent donc en beauté via une ultime bataille apparemment inégale entre leurs trois héros et les hargneux envahisseurs grisâtres à l'origine de la peste zombie. Et en guise de cadeau d'adieu ils nous offrent "le" moment culte de toute la saga : encerclés par une horde de mutants enragés, Bill, John et Max afin de distraire ces derniers le temps qu'ils soient suffisamment "murs" pour être embarqués par le vaisseau-mère en orbite au dessus de leur tête (et qui leur permettra par la même occasion d'y introduire leur fameux Zombie de Troie) leur chantent une chanson qui restera dans les anales. Vous vous souvenez du sympathique thème sur West dans Zona Mutante ?
Eh bien oubliez-le, il est minable en comparaison de l'incroyable Plaga Zombie The Musical, un titre dément, hyper entraînant et que vous ne pourrez plus vous sortir de la tête une fois entendu. Un mois après avoir visionné le film je me surprends encore aujourd'hui à le fredonner.
C'est aussi ça le label Farsa, un savoir-faire indiscutable non seulement sur la réalisation et les effets spéciaux mais également sur la composition de délicieuses bandes originales. Mais par dessus tout c'est l'histoire d'une bande de copains soudés, partageant une même passion, et qui savent se serrer les coudes en cas de coups durs. La preuve en est l'hommage que décerne le plan d'ouverture de Revolución Tóxica au responsable de la photographie Diego Echave, décédé subitement en 2011 et qui interprète également dans le film le colossal zombie catcheur que John affronte sur le ring.


Prestations impeccables, mise en scène intelligente, photographie splendide, montage au poil, bande son géniale, humour savamment dosé et effets spéciaux au top, Plaga Zombie Revolución Tóxica clôt avec maestria une aventure débutée en 1997. Un moyen métrage fauché mais réalisé avec amour, passion et ingéniosité aura permis à une bande de copains de percer alors que tout était contre eux, le cinéma horrifique n'ayant jamais été vraiment reconnu dans leur pays d'origine. De quoi furieusement nous donner envie de jeter un coup d’œil à l'intégralité de leur travail.
D'ici là on se contentera de cette trilogie hyper fun, c'est peu mais en même temps beaucoup vu que les œuvres argentines qui arrivent à foutre un pied sur le sol français se comptent au final sur les doigts de la main.
Pour ceux qui ont Netflix vous pouvez y trouver actuellement la dernière réalisation de Pablo Parés, le démentiel Daemonium que je vous recommande chaudement. Un délire sous acide complètement dingue avec des effets spéciaux toujours aussi impressionnants. Si  vous aimez les bastons non-stop entre soldats et démons dégueulasses alors n'hésitez pas une seconde. 
Dernière petite info pour tous les fans de la peste zombie argentine : une pseudo suite purement américaine réalisée par un certain Garry Medeiros est actuellement en postproduction. Même s'il sera difficile de rivaliser avec la trilogie originale, Plaga Zombie Invasion USA s'annonce toutefois sous les meilleurs auspices, Sáez, Parés et Muñiz y faisant même une petite apparition.
  

Comme pour Plaga Zombie noumero ouno, la version proposée ci-dessous est en mp4 et a été mis en ligne par les mecs de Farsa. La qualité est vraiment très bonne, le tout en version originale bien évidemment. Je me suis amusé à créer les sous-titres via un time-code piqué sur Youtube, ces derniers étant en anglais la traduction fût plutôt aisée et assez rapide. J'espère en tous cas que la saga Plaga Zombie vous plaira autant qu'à moi, j'ai certes découvert celle-ci sur le tard mais bon dieu, je dois reconnaître que ça fait du bien de voir encore de tels trucs de nos jours.


Et comme c'est bientôt noël, voici en cadeau la bande originale de toute la trilogie.


FARSA PRODUCCIONES
Walter Cornás, Pablo Parés, Hernán Sáez, Paulo Soria et Sebastián "Berta" Muñiz

dimanche 3 décembre 2017

PLAGA ZOMBIE : ZONA MUTANTE (2001)


Quelques heures après le début de l'épidémie propagée par des êtres venus d'une autre planète, la situation s'est considérablement aggravée chez nos copains argentins. La petite ville qui sert de terrain d'expérience est désormais complètement envahie par les zombies et se retrouve coupée du monde. Quatre personnes semblent toutefois avoir survécu au fléau, mais considérées comme des témoins gênants par un gouvernement visiblement impliqué dans les expériences aliennes, elles sont réexpédiées illico sur place avec espoir que cette fois-ci les morts-vivants leur règlent leur compte une fois pour toute. C'est ainsi que l'étudiant en médecine Bill Johnson est dégagé manu militari de la voiture qui l'avait pris en charge à la fin de l'opus précédent.
Il retrouve très vite ses copains John West, miraculeusement revenu d'entre les morts, et Max Giggs, tout juste sorti du coma, ainsi qu'un sac à cadavre dans lequel semble coincé une mystérieuse personne. Pourchassés par les mutants baveux et par des agents du FBI eux aussi piégés dans la cité contaminée, les trois copains vont tenter de se frayer un chemin vers une hypothétique porte de sortie. 


Personne ne s'attendait à ce que Plaga Zombie, petit film amateur réalisé avec deux francs six sous, obtienne un tel succès. Il faut dire qu'en Argentine ce n'est pas tous les jours qu'on voit débouler un moyen métrage horrifique bien craspec avec des zombies multicolores qui gerbent dans tous les coins et qui se font démembrer par des héros complètement chtarbés. Même la presse ne tarit pas d'éloges sur les trublions de Farsa Producciones : "Comment réussir un film avec 1987 Pesos" ou "Avec un peu moins de 300 pesos, un groupe d'étudiants en cinéma réalise Plaga Zombie, un film qui a très vite atteint le statut d'œuvre culte" peut-on lire à la une de plusieurs canards. L'idée de mettre en branle une suite vient rapidement en tête du réalisateur Pablo Parés et du comédien Berta Muñiz, tous deux friands de trilogies cinématographiques. Ils en parlent à leurs comparses de Farsa : Hernán Sáez, Paulo Soria et Walter Cornás, lesquels sont d'accord pour lancer la mise en chantier d'un second opus intitulé Plaga Zombie Zona Mutante. Pablo et Hernán planchent longuement sur le scénario, étudient plusieurs possibilités, rédigent différents scripts où il est question tour à tour d'un Bill Johnson vivant en ermite au milieu de la forêt, d'une explication en bonne et due forme concernant le retour de John, de l'arrivée d'un éventuel frère jumeau pénible de Mike ou d'un cousin de West, etc.... Mais au bout du compte ils réalisent que la franchise Plaga Zombie tient principalement à ses trois personnages principaux et qu'il ne sert à rien de changer une équipe qui gagne. Le tournage débute en octobre 1998 après de long mois de gestation. Commence alors un véritable chemin de croix qui va s'étaler sur plusieurs années.

John West : Catcheur, cowboy et kinésithérapeute à ses heures perdues.

Difficile tout d'abord de récupérer tous ceux qui participèrent au premier film, les emplois du temps de certains ne collant pas avec le planning souhaité. Les ténors de Farsa ont besoin de monde et décident de faire publier une annonce dans les journaux locaux, demandant à qui voudrait bien se présenter s'il est d'accord pour jouer un zombie purulent dans leur nouveau long-métrage. Les réponses ne se font pas attendre et une pléthore de figurants déboule pour se faire tartiner la tronche à grands coups de latex. L'ambiance y est bon enfant, ça déconne plein pot et chacun y  met du sien pour concrétiser cette nouvelle boucherie folle furieuse, réalisée le plus souvent à l'arrache dans les rues du voisinage et sans aucune autorisation. Entre les mamies du coin outrées de voir autant de dégueulasseries et de mecs braillants comme des damnés à coté de chez elles ou les riverains qui appellent la police dés qu'ils aperçoivent un gars plein de sang déambuler sur la voie publique, les anecdotes ne manquent pas. Parés affirme même qu’à force d'intervenir les autorités locales les considéraient comme des copains.
Malheureusement tous ces bons moments ne durent pas, le tournage s'éternise, traîne en fonction non seulement des disponibilités mais surtout de l'envie de chacun. Coups de mou, fatigue, ras-le-bol, découragement et moral à zéro commencent à gagner l'ensemble des troupes. Alors qu'à peine la moitié de Plaga Zombie 2 est mise en boite, les compères de Farsa décident de s'octroyer une pause et se lancent dans la réalisation d'un autre film bien plus pépère : Nunca Asistas a Este Tipo De Fiestas, l'histoire d'un général à la retraite qui, avec son fils, se retrouve face à une bande de teenagers dégénérés. Nunca Asistas..., qui deviendra le second long-métrage de Farsa Producciones, rebooste tout l'équipe, laquelle après cette bonne bouffée d'air frais créative, décide de finir Zona Mutante. Les dernières scènes sont dés lors achevées le plus sereinement du monde.
Parès, Sáez, Muñiz, Soria et Cornás planchent ensuite pendant un mois complet sur la bande originale de leur œuvre, écrivant eux-mêmes les différentes chansons, quitte à ne pas dormir plus de 6 heures en une semaine. Au final, commencé fin 97, ce second opus sera véritablement terminé quatre ans plus tard; le montage, effectué dans l'urgence absolue, nécessite la suppression de près de 30 minutes de scènes jugées superflues et sera bouclé à peine trois quarts d'heure avant la diffusion programmée du film dans un cinéma de Buenos Aires. La bande de potes déboule ainsi à fond les bielles dans une salle pleine à craquer avec leur ordinateur et projettent le film directement à partir de celui-ci, croisant les doigts pour qu'il n'y ait aucun bug. Leurs efforts seront récompensés : avec ses quelques 3000 dollars de budget global, Plaga Zombie Zona Mutante est un succès instantané, le public l'adore !

"Je pense avoir suffisamment prouvé que j'étais largement en mesure de gérer une nation envahie de déficients mentaux et de moutons décérébrés.
C'est pour ça que je vous annonce ma candidature aux prochaines élections présidentielles françaises !"

Désireux de surpasser le premier épisode en tout point, Farsa Prod. a mis les bouchées doubles voire triples pour en foutre plein la vue au spectateur.
Première étape : toujours plus de zombies, toujours plus d'effets gores ! Les maquillages des morts-vivants sont dés lors beaucoup plus soignés qu'auparavant et restent conformes aux looks voulus par Parés et Sáez dans Plaga Zombie premier du nom. Certains de ces joyeux cadavres peinturlurés deviennent quasiment des seconds couteaux tellement leur présence à l'écran est marquante. On pense à ce mutant verdâtre interprété par Paulo Soria, qui apparaît à intervalles réguliers avec une sucette à la main et qui tente de communiquer à sa manière avec les trois héros; un personnage au final très attachant, presque naïf, et qui aura un rôle majeur dans l'opus suivant. Un autre mangeur de cervelle marque également les esprits : le fameux zomblard éventré qu'affronte Bill au milieu d'une rue déserte et qui, tout en tenant son intestin à la main, arrose le jeune toubib avec des litres d'un liquide couleur chiasse. Ce genre d'humour pipi-caca ne vous fait même pas sourire un peu ? Alors tant pis pour vous ! Zona Mutante ne fait pas dans la dentelle et même s'ils n'ont pas un radis en poche les copains de chez Farsa n'ont de leçons à recevoir de personne en matière de tripailles fumantes. Lors des combats qui parsèment les quelques 100 minutes du métrage, des dizaines et des dizaines de membres auront été arrachés à leurs propriétaires, enfoncés dans des gorges, transformés en armes létales... Un bon paquet d'objets de tous calibres auront été introduits dans diverses parties du corps humain, provoquant à la fois dommages irréparables, gerbes torrentielles d'hémoglobine et fous rires assurés. C'est presque du Itchy et Scratchy en version live. Tout n'est que prétexte à s'amuser, à se défouler, les hommages aux classiques du genre étant cette fois encore plus qu'évident : John qui se reçoit des bassines entières de sang à travers la tronche façon Evil Dead 2, Bill qui court sur les murs comme le Neo de Matrix, la musique de Zombie pendant la visite du supermarché, les agents du FBI Dana et Fox....

"- On peut au moins reconnaître que t'as des tripes, enfoiré de macchab ! 
- Gne the chie à la gôle, moà ! Argh....
- Déjà fait, sac à m..... ! "

Si d'apparence Plaga Zombie n°1 se voulait résolument fauché, tout cela part en fumée avec Zona Mutante. Sans avoir les qualités techniques d'une production à gros budget, le film offre des scènes tournées avec une maestria incroyable, le tout via des cadrages totalement barrés et souvent inventifs. Le montage est frénétique, la castagne omniprésente, l'énergie déployée communicative; le découpage du script ne permet d'ailleurs qu'un seul et unique instant de détente, histoire de souffler quelques minutes. Un moment inoubliable qui devient culte sur le champ : alors que le trio a trouvé refuge dans la maison de John, Max découvre émerveillé la chambre du catcheur, emplit de trophées, de produits dérivés à l'effigie de son cow-boy de copain. Ce dernier, tout fier d'avoir trouvé un fan, cherche à lui en mettre plein les yeux et entame une chanson narrant l'héroïsme de son personnage, nous gratifiant par la même occasion d'un titre fichtrement bien écrit et dont le refrain restera longtemps imprégné dans votre subconscient. 


Et nos acteurs en herbe dans tout ça ? Ont-ils amélioré leur jeu depuis le premier épisode ? La réponse est oui, sans l'ombre d'un doute ! Et histoire de nous le prouver ils se sont mis en tête, au milieu du carnage déliro-dégueu qu'est Zona Mutante, de fouiller un peu plus le passé de leurs personnages. Si John est certes à l'honneur via la fameuse scène musicale complètement débile dans sa chambre, ses deux comparses ne restent pas non plus sur le banc de touche. Bill continue de s'imposer comme le leader du groupe, celui qui prend toutes les décisions, qui éprouve incontestablement un plaisir malsain à démembrer du zombie, qui oblige West à transporter l'encombrant sac à cadavre ou qui demande à Max de bien vouloir décrypter une disquette trouvée sur un agent du FBI, laquelle indiquerait la seule voie d'accès existante pour quitter la ville. Un Max qui par contre semble très mal gérer le fait d'avoir été à moitié trépané par une tondeuse à gazon dans le premier film. Absolument imprévisible, complètement incontrôlable, il cherche à négocier avec les ennemis quand il ne les réduit pas en charpie, laisse un gosse se faire bouffer sans bouger le petit doigt, se fait de nouveau méchamment écharper et pétera ses derniers plombs quand le quatrième survivant que lui et ses associés ont trimbalé comme un fardeau sortira enfin de son emballage en plastique. Un survivant (interprété aussi par Paulo Soria) qui sera indirectement l'allumette qui mettra le feu aux poudres entre les trois bonshommes et les conduira à un affrontement musclé sur un toit alors que se déroule sous leurs pieds un ultime carnage entre zombies, vigilantes armés jusqu'aux dents et rescapés non-contaminés. Inutile de trop s'étendre sur ce final démentiel, retenons juste que les dernières minutes nous révèlent enfin le pourquoi du comment de tout ce merdier. Ben oui, pourquoi les aliens ont-ils répandu cette saloperie de peste zombie ?
La réponse donnée changera carrément la donne et permettra de relancer l'histoire afin de permettre à Bill, John et Max de se jeter dans une ultime aventure aux conséquences forcément cosmiques.
Mais avant d'en arriver là notre trio barjot en aura vu de toutes les couleurs, aura donné mille et un combats, fait couler des citernes de sang, éclaté la gueule d'agents gouvernementaux véreux et surtout nous aura fait passer un putain de bon moment ! Rien que pour ça, bénie soit l'Argentine ! 

"Regarde, John ! Un zombie qui fait le singe au milieu de la rue. Je vais me le faire !"

"- Cowabungaaaaaaa ! 
- Max ! Attends ! C'est pas un zombie ! C'est le rappeur Jul venu tourner un clip en Argentine !"

SCHHHHLAAAAFFFFFFFFFFFFF !

"- Yeah, t'as vu la branlée que je lui ai collé à ce macaque ?
- M'ouais.... Bon, on dira qu'au final tu as rendu service à toute une génération."

Plaga Zombie Zona Mutante est le seul opus de la trilogie qui a réussi à se frayer un chemin jusqu'en France et ce grâce à Uncut Movies et leur dvd sorti il y a déjà quelques temps (donc pas de lien sur ce blog pour télécharger le film). De l'excellent travail, surtout qu'en plus du long-métrage en VOSTFR (Obligé ! Un doublage aurait été une hérésie), leur galette propose un making of hilarant de près de 40 minutes ainsi que toutes les scènes coupées au montage (une bonne demi-heure au total). Un achat indispensable ! 



Vous pouvez également aller trouver l'ami Anacho sur son blog du Zomblard From Outer Space si ça vous dit :  Lien vers la Zomblard Zone

Et on se retrouve bientôt pour l'ultime volet de cette saga décapante avec une traduction du toujours inédit Plaga Zombie : Revolucion Toxica.
Vous pensiez avoir tout vu ? Détrompez-vous.

vendredi 24 novembre 2017

PLAGA ZOMBIE (1997)


Le moral dans les chaussettes suite à un accident qui semble avoir remis en cause une carrière prometteuse, le jeune médecin Bill Johnson rumine en silence dans l'appartement qu'il partage avec son pote Mike. Un soir Mike est enlevé par des extra-terrestres qui pratiquent toutes sortes d'expériences dégueulasses sur lui avant de le renvoyer dans ses pénates, des expériences qui entraînent chez le jeune homme une horrible mutation le conduisant à se métamorphoser progressivement en mutant répugnant. Parallèlement, deux autres copains de Bill se retrouvent confrontés à une situation plus ou moins similaire : l'ex-catcheur John West, dont le manager Willie n'est pas non plus au meilleur de sa forme, et l'informaticien Max Giggs, persuadé que les aliens ont débarqué et que pour conquérir plus aisément notre monde ils s'apprêtent à y répandre une véritable peste zombie. Et c'est ce qui finit par se produire : les quelques quidams victimes des envahisseurs se métamorphosent en bouffeurs de cerveaux et commencent à contaminer tout leur entourage. Reclus dans la maison de Bill, les trois amis vont tout mettre en œuvre pour détruire l'armée de monstres menée par Mike. 
Commence alors une boucherie délirante pour tenter de sauver l'humanité.


Il était une fois en Argentine deux copains passionnés par le cinéma d'exploitation et les films d'horreur. Pablo Parés et Hernán Sáez sont nés en 1978 et se lient d'amitié dés la maternelle. Au fil des années ils se rendent compte qu'ils partagent la même vision de l’art et du divertissement, admirant des metteurs en scènes comme Sam Raimi, John Carpenter, Steven Spielberg, Peter Jackson (période Bad Taste) et les maquilleurs Tom Savini et Stan Winston. Chez eux ils montent toutes sortes de projets : petits films d'animation, effets spéciaux faits maison, pièces de théâtre, avant de lancer en 1988 un fanzine baptisé "La Incompleta" qui sera édité dés le quatrième numéro sous un label qu'ils auront eux-mêmes créé : Editorial Farsa. Un numéro qui sera d'ailleurs le dernier puisqu'en compagnie d'autres potes du même âge, Sebastian "Berta" Muñiz, Walter Cornás, puis un peu plus tard Paulo Soria, ils transforment leur "Editorial Farsa" en "Farsa Producciones" et se lance dans la mise en scène de courts-métrages. Tous ces lascars s'improvisent alors acteurs, maquilleurs, musiciens, scénaristes; la réalisation restant exclusivement du domaine de Parés, de Sáez, voire des deux en même temps. Leur premier bébé est terminé en 1991 et s'intitule "Saga del Hombre Invisibile", pas besoin de connaitre l'espagnol pour savoir de quoi ça parle. S'ensuivront plus d'une dizaine d'autres réalisations du même style : New York Cop, El Último Gaucho Ninja, La Cama, Farsatoons, Mutantes Compactos, El Hombre Rata, El Ataque Del Vampiro Espacial, etc.... le tout s'étalant de 1991 à 1996, année où ils tournent pour environ 600 dollars un tout petit film d'une heure dix du nom de Plaga Zombie.

"Non mais qu'est-ce que c'est que ce bordel encore ? Vous allez fermer vos gueules !"

"Hé Bil, y'a ton coloc Mike avec une bande de copains à lui qui veulent entrer. A mon avis ils ont tous un peu trop forcé sur le Beaujolais.
Je te préviens, c'est pas moi qui vais encore éponger la gerbe comme la dernière fois."

Réalisé sur une quinzaine de mois, essentiellement les week-ends et jours fériés dans la demeure d'un de nos petits démerdards, Plaga Zombie se pose comme le tout premier film de zombies made in Argentine (même si Farsa avait déjà tâté du quidam en décomposition avec le court-métrage de 7 minutes, La Cama). Pablo Parés et Hernan Sáez se coiffent de quasiment toutes les casquettes en s'occupant de la mise en scène, de la photographie, du montage... Muñiz les assiste pour l'interprétation, l'écriture du scénario et la production tandis qu'un certain Pablo Vostrouski s’attelle à la bande sonore du machin. Cornás et Soria leur filent également un coup de pouce en apparaissant dans divers rôles et mettent bien entendu la main au portefeuille afin d'être crédités comme producteurs associés. L'équipe est complète, le carnage peut commencer. 
Filmé avec une seule et unique caméra et ce bien souvent de manière très approximative, le film, au fil de sa mise en scène, tend à s'améliorer et ose prises de vues originales, travelings façon montagnes russes et autres zooms propres à vous exploser le crâne. Sáez et Parés savent ce qu'ils font, c'est certain, même s'il leur manque encore la maturité qui leur permettrait de construire une œuvre moins brouillonne et mieux structurée.
Il faut reconnaître que le scénario est ultra-simpliste et qu'il a tendance à partir dans tous les sens. Nous présentant tout d'abord les prémices de l'épidémie zombie le plus sérieusement du monde, il bascule dans le burlesque le plus total dans sa seconde moitié, laissant tomber les dialogues pour se focaliser exclusivement sur le démastiquage sauvage de morts-vivants. 
Soyons honnêtes avec Plaga Zombie : le script ne sert que de prétexte à nous servir un bain de sang démentiel et à nous balancer non-stop de la tripaille et diverses autres saloperies à la gueule. 

"Greeeuuuargh !"

"No Panic. Avec mon super maquillage réalisé avec le Tiramisu de maman, ce zombie n'y verra que du feu et me prendra pour un pote à lui."

"BLEEUUUUUAAAAAAARRRRRRGHHHHHHH !"

"Ah non, merde, j'ai dû trop forcé sur la dose, ça a carrément retourné l'estomac de ce blaireau.
Je me demandais pourquoi il était si vert, j'ai compris. Arf, j'en prend plein la tronche."

"Cet enfoiré a ruiné des heures de boulot. Putain ça va chier !"

A première vue le budget microscopique du métrage semble être entièrement passé dans les effets spéciaux et pourtant, avec des moyens aussi modestes, autant dire que ça tient plutôt bien la route; surtout quand on sait qu'une très grande partie des maquillages a été confectionnée avec des bouts de ficelle. Ainsi tous les excès de barbaque purulente balancée sur les murs ou restant collée aux surfaces relèvent en vérité du milieu de la pâtisserie, bidouillés ingénieusement avec des gâteaux broyés et colorés. Idem pour les gerbes torrentielles que propulsent régulièrement les macchabées au visage de leurs victimes, chose bien plus acceptable quand on voit ce que ces dernières ont très certainement dues ingérées au cours des scènes d'action. 
Les maquillages des zombies sont assez corrects et ciblent carrément la palette de couleur d'un arc-en-ciel. Jaune, rouge, vert, violet, bleu... les cadavres ambulants adoptent tous les tons, se déplacent plus vite que leurs copains de chez Romero et possèdent même un semblant d'intelligence. On les voit dés lors jouer au poker, fumer des clopes, commander des pizzas par téléphone afin de boulotter le livreur (clin d'œil au Retour des Morts-Vivants) ou jongler avec des cerveaux. Ouaip, on vous avait prévenu, ce sont de sacrés comiques chez Farsa Producciones
Ces derniers ne cherchent jamais à nous tromper sur la marchandise et tentent avant toute chose de démontrer leur amour pour les merveilles que sont Bad Taste et surtout Evil Dead : constamment le  visage barbouillé d'hémoglobine, Bill et ses potes nous rappellent ce bon vieux Ash Williams, contraint d'encaisser des litres et des litres de sang durant son long combat contre les Deadites. Sans oublier le remplacement de la fameuse tronçonneuse par son petit frère : le taille haie, arme tout aussi efficace à ce qu'il semblerait. On collera juste un petit bémol sur le look craignos des aliens, réalisés probablement à partir de banales action figures en plastique.


Tout cela pue donc l'enthousiasme à plein nez, la joie éprouvée par Parés, Sáez et Muñiz étant communicative dés que l'ambiance générale vire au délire visuel le plus total, et ce même si nos trois gaillards se cherchent encore dans leur jeu d'acteur. Pas qu'ils soient mauvais, mais leur manque d'assurance est visible dés le début, les dialogues n'aidant pas beaucoup; surtout avec cette foutue manie de répéter le prénom de son interlocuteur à chaque phrase (un défaut que nos réalisateurs en herbe réutiliseront volontairement pour les deux opus suivants de Plaga Zombie afin d'en faire l'une des caractéristiques les plus fendardes de la saga). 
Le premier quart d'heure traîne un peu la jambe avec la présentation des différents protagonistes qui de prime d'abord ne remportent pas la palme des héros les plus charismatiques du cinoche mais heureusement tout cela ne dure pas. Dés que se propage la fameuse peste zombie c'est open bar, les bonhommes se métamorphosent en véritables bêtes sauvages et semblent trouver un sens à leur petite vie misérable et monotone lorsqu'ils se décident à libérer leurs instincts les plus bas.


Pablo Parés incarne donc le personnage principal, à savoir le jeune toubib Bill Johnson. On ne sait pas trop s'il a foiré une opération ou merdouillé autrement comme le suggère ce fameux "accident" que se plait à ressasser son pote Mike, le fait est qu'il passe le plus clair de son temps désormais à tailler ses plantes vertes dans son minuscule appartement. Plus très sûr de lui, dépassé lorsque se manifestent les premiers symptômes de l'épidémie chez son coloc, il hésite à prendre part au combat qui se présente. Il changera vite d'avis une fois contraint de mettre la main à la pâte et éprouvera un plaisir malsain à écharper du zombie. Un peu comme le catcheur John West (Berta Muñiz), en pleine traversée du désert professionnellement parlant, et qui trouvera de cette même manière une occasion en or pour distribuer à nouveau torgnoles et mornifles. Pour Max Giggs (Hernán Sáez) les motifs diffèrent quelque peu de ses comparses. Féru d'informatique il est la représentation même du nerd binoclard au physique chétif. Il est le seul personnage qui comprendra immédiatement la véritable menace qui s'abat sur sa ville et sa transformation en machine à tuer se fera dans l'humiliation et la douleur : tabassé, torturé, il se fera gerber dessus par des adversaires putrides à l'estomac bien fragile avant d'être à moitié trépané par une tondeuse à gazon, l'obligeant par la suite à porter un casque de cycliste pour protéger son crâne balafré.  

"Avant j'étais un gros geek qui passait son temps à mater Youporn. Mais ça c'était avant.
Amenez-vous les zomblards !"

Alors bien entendu l'aspect amateur du machin pourrait en rebuter plus d'un mais il ne faut pas s'arrêter à si peu, les deux épisodes à venir sont de bien meilleure qualité et représentent à coup sûr ce qu'il s'est fait de plus fun dans le genre. Rappelons que cette trilogie constitue une seule et même histoire et que tout se suit. Et puis Plaga Zombie numéro 1 ça reste surtout l'exemple typique du métrage fauché qui, avec un minimum d'ingéniosité et de débrouillardise, se permet tout et n'importe quoi : oreilles et langues découpées à la cisaille, visage humain en guise de pizza, zombie qui se délecte d'une chiasse verdâtre qui n'est en fait que le bras d'un de ses congénères réduit en bouillie après être passé dans un ventilo, gorges tranchées, perforations ventrales à mains nues, jambes arrachées, décapitations à coups de poings, énucléations, improvisation d'un match de catch entre un mort-vivant et John West, et surtout des litres et des litres de gerbe. Bref, l'inventivité des mecs de Farsa est quasi sans limite et pourrait servir de leçon à pas mal de cinéastes actuels. 
Le public argentin, lui, a immédiatement saisi le potentiel dont disposait la bande de potes, faisant de Plaga Zombie un succès inespéré et lui permettant d'être édité en DVD quelques années plus tard.

"Ouuuudaaaaahh ! Ooouuuyaaaaaahhhh ! Ouada-da-da-da !"

"Heu... non mais là vous en faites trop les mecs. On arrivera jamais à vendre le film si vous êtes pas sérieux."

A la base je ne voulais présenter que le troisième épisode de cette série délirante mais je me suis dit que pas mal de personnes ne la connaissaient surement pas et qu'elles n'y capteraient que dalle si elles n'avaient pas vu les deux premiers volets. J'ai donc récupérer la totale sur le net via Farsa Prodduciones en personne qui a eu la gentillesse de tout mettre en ligne, le tout en version DVD Rip. Chacun des films ne sera par contre dispo qu'en mp4; j'avais essayé de les transformer en mkv mais cela altérait à chaque fois la qualité d'image. Pour les sous-titres de Plaga Zombie 1 j'ai sournoisement subtilisé ceux réalisés par la Team french, laquelle a fait un excellent travail. Je me suis juste contenté de recalibrer le time-code sur la vidéo dénichée et vogue la galère ! J'espère que vous prendrez autant de plaisir que moi en visionnant les aventures de ces tueurs de zombies en folie et je vous donne rendez-vous bientôt pour le deuxième épisode : Plaga Zombie Zona Mutante.

 Ah oui, j'oubliais ! Les trois Plaga Zombie comportent chacun une scène post-générique censée se dérouler cinq ans plus tard. Pas cinq ans après chaque film mais cinq ans après la fin de la saga. 

FILM : https://1fichier.com/?h6rmnzt412

Sous-Titres : https://1fichier.com/?wsz9r3dmhu

En bonus voici également La Cama,  un court-métrage que Parés et Sáez réalisèrent à l’âge de douze ans et qui met en scène pour la première fois chez Farsa Producciones un mort-vivant. Pas besoin de sous-titres, croyez-moi.

https://1fichier.com/?ue6iztdaf7