vendredi 24 novembre 2017

PLAGA ZOMBIE (1997)


Le moral dans les chaussettes suite à un accident qui semble avoir remis en cause une carrière prometteuse, le jeune médecin Bill Johnson rumine en silence dans l'appartement qu'il partage avec son pote Mike. Un soir Mike est enlevé par des extra-terrestres qui pratiquent toutes sortes d'expériences dégueulasses sur lui avant de le renvoyer dans ses pénates, des expériences qui entraînent chez le jeune homme une horrible mutation le conduisant à se métamorphoser progressivement en mutant répugnant. Parallèlement, deux autres copains de Bill se retrouvent confrontés à une situation plus ou moins similaire : l'ex-catcheur John West, dont le manager Willie n'est pas non plus au meilleur de sa forme, et l'informaticien Max Giggs, persuadé que les aliens ont débarqué et que pour conquérir plus aisément notre monde ils s'apprêtent à y répandre une véritable peste zombie. Et c'est ce qui finit par se produire : les quelques quidams victimes des envahisseurs se métamorphosent en bouffeurs de cerveaux et commencent à contaminer tout leur entourage. Reclus dans la maison de Bill, les trois amis vont tout mettre en œuvre pour détruire l'armée de monstres menée par Mike. 
Commence alors une boucherie délirante pour tenter de sauver l'humanité.


Il était une fois en Argentine deux copains passionnés par le cinéma d'exploitation et les films d'horreur. Pablo Parés et Hernán Sáez sont nés en 1978 et se lient d'amitié dés la maternelle. Au fil des années ils se rendent compte qu'ils partagent la même vision de l’art et du divertissement, admirant des metteurs en scènes comme Sam Raimi, John Carpenter, Steven Spielberg, Peter Jackson (période Bad Taste) et les maquilleurs Tom Savini et Stan Winston. Chez eux ils montent toutes sortes de projets : petits films d'animation, effets spéciaux faits maison, pièces de théâtre, avant de lancer en 1988 un fanzine baptisé "La Incompleta" qui sera édité dés le quatrième numéro sous un label qu'ils auront eux-mêmes créé : Editorial Farsa. Un numéro qui sera d'ailleurs le dernier puisqu'en compagnie d'autres potes du même âge, Sebastian "Berta" Muñiz, Walter Cornás, puis un peu plus tard Paulo Soria, ils transforment leur "Editorial Farsa" en "Farsa Producciones" et se lance dans la mise en scène de courts-métrages. Tous ces lascars s'improvisent alors acteurs, maquilleurs, musiciens, scénaristes; la réalisation restant exclusivement du domaine de Parés, de Sáez, voire des deux en même temps. Leur premier bébé est terminé en 1991 et s'intitule "Saga del Hombre Invisibile", pas besoin de connaitre l'espagnol pour savoir de quoi ça parle. S'ensuivront plus d'une dizaine d'autres réalisations du même style : New York Cop, El Último Gaucho Ninja, La Cama, Farsatoons, Mutantes Compactos, El Hombre Rata, El Ataque Del Vampiro Espacial, etc.... le tout s'étalant de 1991 à 1996, année où ils tournent pour environ 600 dollars un tout petit film d'une heure dix du nom de Plaga Zombie.

"Non mais qu'est-ce que c'est que ce bordel encore ? Vous allez fermer vos gueules !"

"Hé Bil, y'a ton coloc Mike avec une bande de copains à lui qui veulent entrer. A mon avis ils ont tous un peu trop forcé sur le Beaujolais.
Je te préviens, c'est pas moi qui vais encore éponger la gerbe comme la dernière fois."

Réalisé sur une quinzaine de mois, essentiellement les week-ends et jours fériés dans la demeure d'un de nos petits démerdards, Plaga Zombie se pose comme tout le tout premier film de zombies made in Argentine (même si Farsa avait déjà tâté du quidam en décomposition avec le court-métrage de 7 minutes, La Cama). Pablo Parés et Hernan Sáez se coiffent de quasiment toutes les casquettes en s'occupant de la mise en scène, de la photographie, du montage... Muñiz les assiste pour l'interprétation, l'écriture du scénario et la production tandis qu'un certain Pablo Vostrouski s’attelle à la bande sonore du machin. Cornás et Soria leur filent également un coup de pouce en apparaissant dans divers rôles et mettent bien entendu la main au portefeuille afin d'être crédités comme producteurs associés. L'équipe est complète, le carnage peut commencer. 
Filmé avec une seule et unique caméra et ce bien souvent de manière très approximative, le film, au fil de sa mise en scène, tend à s'améliorer et ose prises de vues originales, travelings façon montagnes russes et autres zooms propres à vous exploser le crâne. Sáez et Parés savent ce qu'ils font, c'est certain, même s'il leur manque encore la maturité qui leur permettrait de construire une œuvre moins brouillonne et mieux structurée.
Il faut reconnaître que le scénario est ultra-simpliste et qu'il a tendance à partir dans tous les sens. Nous présentant tout d'abord les prémices de l'épidémie zombie le plus sérieusement du monde, il bascule dans le burlesque le plus total dans sa seconde moitié, laissant tomber les dialogues pour se focaliser exclusivement sur le démastiquage sauvage de morts-vivants. 
Soyons honnêtes avec Plaga Zombie : le script ne sert que de prétexte à nous servir un bain de sang démentiel et à nous balancer non-stop de la tripaille et diverses autres saloperies à la gueule. 

"Greeeuuuargh !"

"No Panic. Avec mon super maquillage réalisé avec le Tiramisu de maman, ce zombie n'y verra que du feu et me prendra pour un pote à lui."

"BLEEUUUUUAAAAAAARRRRRRGHHHHHHH !"

"Ah non, merde, j'ai dû trop forcé sur la dose, ça a carrément retourné l'estomac de ce blaireau.
Je me demandais pourquoi il était si vert, j'ai compris. Arf, j'en prend plein la tronche."

"Cet enfoiré a ruiné des heures de boulot. Putain ça va chier !"

A première vue le budget microscopique du métrage semble être entièrement passé dans les effets spéciaux et pourtant, avec des moyens aussi modestes, autant dire que ça tient plutôt bien la route; surtout quand on sait qu'une très grande partie des maquillages a été confectionnée avec des bouts de ficelle. Ainsi tous les excès de barbaque purulente balancée sur les murs ou restant collée aux surfaces relèvent en vérité du milieu de la pâtisserie, bidouillés ingénieusement avec des gâteaux broyés et colorés. Idem pour les gerbes torrentielles que propulsent régulièrement les macchabées au visage de leurs victimes, chose bien plus acceptable quand on voit ce que ces dernières ont très certainement dues ingérées au cours des scènes d'action. 
Les maquillages des zombies sont assez corrects et ciblent carrément la palette de couleur d'un arc-en-ciel. Jaune, rouge, vert, violet, bleu... les cadavres ambulants adoptent tous les tons, se déplacent plus vite que leurs copains de chez Romero et possèdent même un semblant d'intelligence. On les voit dés lors jouer au poker, fumer des clopes, commander des pizzas par téléphone afin de boulotter le livreur (clin d'œil au Retour des Morts-Vivants) ou jongler avec des cerveaux. Ouaip, on vous avait prévenu, ce sont de sacrés comiques chez Farsa Producciones
Ces derniers ne cherchent jamais à nous tromper sur la marchandise et tentent avant toute chose de démontrer leur amour pour les merveilles que sont Bad Taste et surtout Evil Dead : constamment le  visage barbouillé d'hémoglobine, Bill et ses potes nous rappellent ce bon vieux Ash Williams, contraint d'encaisser des litres et des litres de sang durant son long combat contre les Deadites. Sans oublier le remplacement de la fameuse tronçonneuse par son petit frère : le taille haie, arme tout aussi efficace à ce qu'il semblerait. On posera juste un petit bémol sur le look craignos des aliens, réalisés probablement à partir de banales action figures en plastique.


Tout cela pue donc l'enthousiasme à plein nez, la joie éprouvée par Parés, Sáez et Muñiz étant communicative dés que l'ambiance générale vire au délire visuel le plus total, et ce même si nos trois gaillards se cherchent encore dans leur jeu d'acteur. Pas qu'ils soient mauvais, mais leur manque d'assurance est visible dés le début, les dialogues n'aidant pas beaucoup; surtout avec cette foutue manie de répéter le prénom de son interlocuteur à chaque phrase (un défaut que nos réalisateurs en herbe réutiliseront volontairement pour les deux opus suivants de Plaga Zombie afin d'en faire l'une des caractéristiques les plus fendardes de la saga). 
Le premier quart d'heure traîne un peu la jambe avec la présentation des différents protagonistes qui de prime d'abord ne remportent pas la palme des héros les plus charismatiques du cinoche mais heureusement tout cela ne dure pas. Dés que se propage la fameuse peste zombie c'est open bar, les bonhommes se métamorphosent en véritables bêtes sauvages et semblent trouver un sens à leur petite vie misérable et monotone lorsqu'ils se décident à libérer leurs instincts les plus bas.


Pablo Parés incarne donc le personnage principal, à savoir le jeune toubib Bill Johnson. On ne sait pas trop s'il a foiré une opération ou merdouillé autrement comme le suggère ce fameux "accident" que se plait à ressasser son pote Mike, le fait est qu'il passe le plus clair de son temps désormais à tailler ses plantes vertes dans son minuscule appartement. Plus très sûr de lui, dépassé lorsque se manifestent les premiers symptômes de l'épidémie chez son coloc, il hésite à prendre part au combat qui se présente. Il changera vite d'avis une fois contraint de mettre la main à la pâte et éprouvera un plaisir malsain à écharper du zombie. Un peu comme le catcheur John West (Berta Muñiz), en pleine traversée du désert professionnellement parlant, et qui trouvera de cette même manière une occasion en or pour distribuer à nouveau torgnoles et mornifles. Pour Max Giggs (Hernán Sáez) les motifs diffèrent quelque peu de ses comparses. Féru d'informatique il est la représentation même du nerd binoclard au physique chétif. Il est le seul personnage qui comprendra immédiatement la véritable menace qui s'abat sur sa ville et sa transformation en machine à tuer se fera dans l'humiliation et la douleur : tabassé, torturé, il se fera gerber dessus par des adversaires putrides à l'estomac bien fragile avant d'être à moitié trépané par une tondeuse à gazon, l'obligeant par la suite à porter un casque de cycliste pour protéger son crâne balafré.  

"Avant j'étais un gros geek qui passait son temps à mater Youporn. Mais ça c'était avant.
Amenez-vous les zomblards !"

Alors bien entendu l'aspect amateur du machin pourrait en rebuter plus d'un mais il ne faut pas s'arrêter à si peu, les deux épisodes à venir sont de bien meilleure qualité et représentent à coup sûr ce qu'il s'est fait de plus fun dans le genre. Rappelons que cette trilogie constitue une seule et même histoire et que tout se suit. Et puis Plaga Zombie numéro 1 ça reste surtout l'exemple typique du métrage fauché qui, avec un minimum d'ingéniosité et de débrouillardise, se permet tout et n'importe quoi : oreilles et langues découpées à la cisaille, visage humain en guise de pizza, zombie qui se délecte d'une chiasse verdâtre qui n'est en fait que le bras d'un de ses congénères réduit en bouillie après être passé dans un ventilo, gorges tranchées, perforations ventrales à mains nues, jambes arrachées, décapitations à coups de poings, énucléations, improvisation d'un match de catch entre un mort-vivant et John West, et surtout des litres et des litres de gerbe. Bref, l'inventivité des mecs de Farsa est quasi sans limite et pourrait servir de leçon à pas mal de cinéastes actuels. 
Le public argentin, lui, a immédiatement saisi le potentiel dont disposait la bande de potes, faisant de Plaga Zombie un succès inespéré et lui permettant d'être édité en DVD quelques années plus tard.

"Ouuuudaaaaahh ! Ooouuuyaaaaaahhhh ! Ouada-da-da-da !"

"Heu... non mais là vous en faites trop les mecs. On arrivera jamais à vendre le film si vous êtes pas sérieux."

A la base je ne voulais présenter que le troisième épisode de cette série délirante mais je me suis dit que pas mal de personnes ne la connaissaient surement pas et qu'elles n'y capteraient que dalle si elles n'avaient pas vu les deux premiers volets. J'ai donc récupérer la totale sur le net via Farsa Prodduciones en personne qui a eu la gentillesse de tout mettre en ligne, le tout en version DVD Rip. Chacun des films ne sera par contre dispo qu'en mp4; j'avais essayé de les transformer en mkv mais cela altérait à chaque fois la qualité d'image. Pour les sous-titres de Plaga Zombie 1 j'ai sournoisement subtilisé ceux réalisés par la Team french, laquelle a fait un excellent travail. Je me suis juste contenté de recalibrer le time-code sur la vidéo dénichée et vogue la galère ! J'espère que vous prendrez autant de plaisir que moi en visionnant les aventures de ces tueurs de zombies en folie et je vous donne rendez-vous bientôt pour le deuxième épisode : Plaga Zombie Zona Mutante.

 Ah oui, j'oubliais ! Les trois Plaga Zombie comportent chacun une scène post-générique censée se dérouler cinq ans plus tard. Pas cinq ans après chaque film mais cinq ans après la fin de la saga. 

FILM : https://1fichier.com/?h6rmnzt412

Sous-Titres : https://1fichier.com/?wsz9r3dmhu

En bonus voici également La Cama,  un court-métrage que Parés et Sáez réalisèrent à l’âge de douze ans et qui met en scène pour la première fois chez Farsa Producciones un mort-vivant. Pas besoin de sous-titres, croyez-moi.

https://1fichier.com/?ue6iztdaf7



dimanche 19 novembre 2017

Ça va charcler !


Des zombies, des aliens et des héros complètement barjots ! C'est la nouvelle trad en cours !

mardi 14 novembre 2017

News Books & Zines



Dispo le 10 décembre, le vingtième Videotopsie entièrement dédié à la boite de Joe D'Amato, la Filmirage, s'annonce comme absolument incontournable pour tous ceux qui aiment les productions fauchées, racoleuses et au fond sacrément bandantes des années 80/90.
Au programme : des guerriers futuristes évoluant dans des décors en carton-pâte, des spectres et des zombies qui ne font pas dans la dentelle, des gnomes dégueulasses bavant comme le père Macron quand il vous expédie votre avis d'imposition, des plantes carnivores à vous dégoûter d'être végétarien et des gonzesses peu avares de leurs charmes. Umberto Lenzi, Lucio Fulci, George Eastman, Fabrizio Laurenti, Deran Serafian, Michele Soavi et D'Amato lui-même mènent la danse dans l'avant dernier opus d'un des meilleurs fanzines français. Eh oui, l'ami David Didelot nous assure que son bébé cessera définitivement de paraître l'an prochain avec le numéro 21. Bien entendu, quand on connait la passion du bonhomme pour ce genre de péloches on sait parfaitement qu'il n'est pas prêt de lâcher sa plume. Mais bon, ça fait bien chier quand même.

Pour le précommander c'est par là : http://videotopsie.blogspot.fr/


Medusa 28 par contre est déjà parmi nous. Paru en octobre, le nouveau pavé du sieur Lefevre vous réserve des heures de lecture en perspective avec ses dossiers sur les vilains bozos peinturlurés du ciné, la mythique Amicus, les slashers des années 80, la coccinelle teutonne Dudu alias Super Bug, les entretiens avec John et Paul Hough, la pléthore de chroniques en tous genres.... Du lourd, du très très lourd ! Et je ne parle pas que du poids du bouquin à même de faire plier la plus résistante de vos étagères. Bref, largement de quoi vous faire sortir les yeux des orbites pendant un bon moment.
Si vous cherchez donc de la lecture pour les longues soirées d'hiver c'est par là : http://lapetiteboutiquedemedusa.tictail.com/product/medusa-fanzine-n28


Passons à présent aux lecteurs maniant aussi bien la langue de Shakespeare que celle de la Cicciolina (même si certains préfèrent la langue de cette dernière, ce qui est fort compréhensible).
Même s'il n'est pas aussi sexy que la blonde Ilona Staller, le grand Sergio Martino sait aussi nous faire rêver et avec bientôt un demi siècle de carrière il pouvait largement se permettre de sortir son autobiographie. Editée par Bloodbuster, la célèbre boutique Milanaise déjà à l'origine de plusieurs bouquins hautement recommandables, "Mille Peccati... Nessuna Virtù"  nous replonge dans cette folle période où le cinéma italien était en mesure de produire plus de 300 films par an, où les metteurs en scènes travaillaient vitesse grand V et avec des bouts de ficelles pour profiter des grands succès US du moment tout en essuyant les foudres de critiques pas vraiment tendres à leur égard. Avec ses 264 pages, dont 32 composées de photos issues des archives personnelles de Martino, voilà un bouquin qui mérite d'avance d'être traduit en français. M'enfin, on peut rêver....
Toujours chez Bloodbuster, déboule simultanément à "Mille Peccati... Nessuna Virtù" une autre autobiographie, celle de l'acteur Luc Merenda, figure inoubliable du poliziotesco des seventies. Mais loin de s'enfermer dans les rôles de flics d'acier à l'image de Maurizio Merli, le français a su s'adapter au fil du temps et continuer sa carrière jusqu'à la fin des années 80, fréquentant quasiment tous les genres : le western, le giallo, la comédie... Complément idéal aux mémoires de Martino, "La Mia Vita a Briglie Sciolte" fleure bon le bis transalpin, les deux livres étant disponibles soit directement sur le site de Bloodbuster soit sur Mamazon.


The Darkside, le magazine du macabre et du fantastique made in UK, ça vous dit quelque chose ? Non ? Alors vous ne savez pas ce que vous ratez. Revue spécialisée dans le cinéma horrifique, Darkside propose toutes les six semaines de parcourir la longue histoire de ces bobines infâmes que nous aimons tant. Avec eux le fantastique actuel passe au second plan. Pas d'Annabelle ou autres saloperies pour ados débiles, mais des monstres, des vrais. Ceux qui nous faisaient frémir étant gosses et que les nouvelles générations qualifient aujourd'hui de ringards. Un mag pour le "real fan" en somme ! Hormis leur canard mensuel, l'équipe de Darkside sort également des bouquins. Ainsi après un excellent volume entièrement consacré à la firme anglaise Amicus, il fallait s'attendre à en voir débouler un sur la Hammer. Ce sera chose faite fin novembre avec "Hammer Haunted House of Horror". En couleur, avec un max de photos, d'affiches, de lobby cards, de prospectus et d'illustrations inédites, ce livre retrace pour notre plus grand plaisir toute l'histoire de la Hammer.
A commander sur le site de Darkside (allez-y sans crainte, j'ai testé et ça arrive rapidos à la casbah).

http://thedarksidemagazine.com/product/hammer-the-haunted-house-of-horror/


Et pour ceux qui auraient loupé le coche au moment de sa campagne de crowdfunding, on rappelle que le B-Movies Posters signé Damien Granger a été financé en totalité et viendra bientôt lui aussi hanter nos chaumières avec toutes les belles affiches qu'il contient. Il était temps !

jeudi 26 octobre 2017

HOUSE OF WITCHCRAFT (1989)


Depuis plusieurs mois Luke Palmer fait régulièrement le même cauchemar : courant dans la campagne, il se réfugie dans une immense demeure et y rencontre une vieille sorcière occupée à faire bouillir une tête humaine dans un chaudron. Une tête qui n'est autre que la sienne. Sa belle-sœur Elsa, qui est également son médecin traitant, lui demande si tout cela ne serait pas lié à ses problèmes conjugaux actuels, son épouse Martha lui ayant depuis déjà  pas mal de temps fermé l'accès à sa petite culotte pour se consacrer exclusivement à l'occulte. Pourtant, sous prétexte de vouloir sauver son mariage, Martha lui fait la surprise d'aller passer un peu de bon temps dans une somptueuse demeure louée au cœur de la Toscane.... la même que celle qu'il visite régulièrement dans ses rêves. Sur place ils rencontrent le propriétaire des lieux, Andrew Mason, un ex pianiste aveugle, ainsi que sa nièce Sharon venue passer quelques vacances chez son tonton. Une nuit, par la fenêtre de sa chambre, Luke aperçoit la sorcière de ses cauchemars en train d'exploser la caboche d'un curé. Et quand d'autres personnes commencent à disparaître autour de lui, ses soupçons se portent immédiatement sur sa propre femme dont le comportement apparaît de plus en plus singulier. 

"- Viens, mon petit Luke ! Viens goûter la bonne tambouille de Tata Maria ! 
- Heu... franchement, vu comme ça fouette j'hésite un peu."

"- Mais non, viens. Y'a que des bonnes choses dans la marmite. J'en mange tous les jours.
- Vu comme ça me brûle les poils du nez je comprends mieux l'état de vos ratiches."

"- Et puis vous vous foutez de ma gueule ? C'est quoi ce truc qui bout ? Une tête humaine ?
- Mais non enfin, pour qui me prenez-vous ? Ce n'est qu'un œuf.
- Un œuf ? Un œuf de quoi ? De pachyderme ? Et en plus il me regarde votre œuf !"

Troisième baraque maudite du cycle "Case Maledette" tourné pour la télévision italienne, voici la Maison du Sortilège, un nouveau charmant petit coin de paradis proposé non plus par Lucio Fulci mais par un autre maestro du bis transalpin, Umberto Lenzi. Bossant pour le petit écran après le sympathique Ghosthouse en 1988, le réalisateur de L'Avion de l'Apocalypse vient tout juste d'emballer Le Porte dell'Inferno, une sombre histoire de moines diaboliques démastiquants des spéléologues coincés dans un réseau souterrain, quand il s'attelle à cette série de téléfilms pour la chaîne Reteitalia. S'il savait que le fruit de son labeur n'allait pas être visible avant un bon paquet d'années, peut-être aurait-il réfléchi à deux fois avant de se lancer dans l'aventure. Pourtant habitué au thème classique de la maison hantée, Lenzi tente de mettre en image un scénario pondu par Daniele Stroppa (Contamination.7, L'attaque des morts-vivants... ouille ça pique !) et Gianfranco Clerici ( L'Antéchrist, Cannibal Holocaust, La Maison au Fond du Parc). 
Les deux premiers segments du papa de Zombi 2 ne cassant pas trois pattes à un canard, celui-ci allait-il parvenir à remonter le niveau ? 

"- Dis donc, le vieux pianiste qui habite ici n'a pas vraiment la main verte. Lui qui est si fier  de sa serre.
- Je te rappelle qu'il est aveugle, crétin !"

La première chose qui saute immédiatement aux yeux lorsque l'on visionne House of Witchcraft c'est la qualité technique bien supérieure aux deux précédents épisodes. Quel que fût le genre auquel il s'est adonné, Lenzi a toujours démontré une maîtrise parfaite de la caméra, ses réalisations étant toujours construites de façon claire et précise. Eléments que nous retrouvons ici et qui font toutes la différence avec les autres métrages signés Fulci. Pas que ce dernier soit un mauvais metteur en scène, loin de là, mais il faut quand même reconnaître que House of Clocks et Sweet House of Horrors sont à certains moments assez bordéliques, avec une furieuse tendance à partir dans tous les sens. Son histoire, Lenzi choisit de la situer en Toscane, profitant de l'occasion pour exploiter au mieux les somptueux paysages de la région italienne via la photographie de Giancarlo Ferrando, l'un des cinématographes les plus prolifiques du bis transalpin (Iron Master, Le Grand Alligator, 2019 après la Chute de New-York, etc....). 
Décors sublimes donc à l'image de la somptueuse villa choisie pour orchestrer ce sinistre conte de fées. Située sur la commune de Rufina dans la province de Florence, la bâtisse paumée aux abords d'une route défoncée (Località Scopeti 28 si ça vous prend l'envie d'aller y faire un tour) est parfaite à tout point de vue. Le sieur Palmer a un sacré bol de pouvoir aller se reposer dans ce coin paisible et idyllique. 
Bon ok, y'a peut-être bien une ou deux sorcières qui y traînent mais on ne peut pas tout avoir non plus.


La sorcière c'est Maria Cumani Quasimodo, là aussi choix idéal puisque la dame, aperçue juste avant dans Nosferatu à Venise ou She, est impressionnante. Flippante, hystérique et grimaçante, elle incarne de par son jeu et son physique l'image que l'on se fait de ce genre de bonne femme diabolique. Chacune de ses apparitions se fait de la manière la plus dramatique qui soit et se termine à chaque fois en véritable bain de sang (même si contrairement à son comparse Lucio, Lenzi préfère mettre la pédale douce sur le gore, se limitant au mieux à quelques décapitations). Le souci c'est que la vieille femme en impose tellement qu'elle éclipse totalement le reste d'un casting composé en majeure partie de comédiens soit pas vraiment folichons soit très mal exploités: Andy J.Forest dans le rôle de Luke n'a aucune consistance avec son air benêt et son jeu approximatif, Sonia Petrovna en épouse somnambule et aux agissements douteux ne semble être là que pour jeter les soupçons sur elle, Susanna Martinkova et Maria Stella Musy en tant que belle sœur et nièce du héros ne servent que de chair à canon pour la tueuse, etc...
Restent le très prolifique Paul Muller et la belle Marina Giulia Cavalli (Andrew et Sharon) qui sont probablement les seuls personnages à influer quelque peu sur l'intrigue. Car visiblement, malgré toute la bonne volonté du monde, Lenzi ne parvient jamais à imposer un rythme correct à un script qui visiblement aurait été parfait pour un épisode de série TV format 45 minutes. Et le réalisateur de meubler le tout avec des courants d'air, des portes qui claquent, des loupiotes qui pètent, des plantes qui flétrissent vitesse grand V ou qui saignent, étirant l'ensemble pour atteindre l'heure et demi exigée par Reteitalia. Il s'applique à brouiller les pistes au maximum, à installer un certain doute quant à la véritable identité du tueur ou de la tueuse. 
Et c'est là que tout devient compliqué. Andrew révèle à Sharon que leur famille est maudite parce que sa femme a brûlé dans un incendie et que sa mère est morte en lui donnant la vie; okay c'est bien mais qu'est-ce que cela a à voir avec Martha ? Martha qui s'applique à porter tous les soupçons sur elle, qui s'habille en robe blanche et, dans un état de transe, entame régulièrement des promenades nocturnes dans le jardin de la villa. Martha qui semble aussi capable de se transformer en un chat noir comme le pense son époux; qui apparaît à chaque fois qu'il y a un mort, qui laisse traîner des cartes de tarot à l'image de la faucheuse partout où elle passe, qui essaie de renverser Sharon avec sa voiture... Serait-elle possédée par une sorcière tuée au sein même de la demeure quelques siècles auparavant ? Vous trouvez ça confus ?

"- Eh ben mon salopiaud, je croyais que tu étais impuissant !
- Non c'est ce que je fais croire à ma femme. 
T'irais te taper une timbrée de cartomancienne qui passe toutes ses nuits à gambader à moitié à poil dehors ?"

Confus, le film l'est également envers tout ce qui concerne les éléments paranormaux. Mis à part la sorcellerie standard, les cartes de tarot et la malédiction familiale, il est fait mention d'orchidées antillaises aux vertus inquiétantes, au vaudou haïtien, à un médaillon étrange porteur de symboles égyptiens. Une camarde squelettique au visage en putréfaction fait même une petite apparition durant le final. Sans oublier cette fameuse scène surréaliste quand Elsa, à la recherche de sa gamine, déboule dans une cave en pleine tempête de neige, le tout avant de succomber comme les autres sous les coups de la vieille rombière qui venait d'adopter l'apparence de sa fille. C'est beau, certes, mais tout ces éléments tombent comme un cheveu sur la soupe, n'apportant pas grand chose au développement de l'intrigue et ne nous filent aucun indice pour résoudre le mystère de cette casbah hantée. Mille fois dommage puisque si l'on écarte tout cela, le reste du film serait plus que recommandable, éclipsant de loin les segments signés Fulci. L'atmosphère est oppressante, l'ambiance poisseuse et la tension palpable à chaque apparition de la sorcière. Fable noire inquiétante dont le déroulement reste imprévisible jusqu'à un final sans espoir, House of Witchcraft profite également des sons harmonieux du Goblin Claudio Simonetti. Peut être pas l'un de ses meilleurs scores mais un travail tout ce qu'il y a de plus honnête de la part du musicien.

"Mais bon dieu, voilà pourquoi ça caille tant dans cette baraque !"

"- Ma chérie, c'est toi qui a laissé les fenêtres du sous-sol ouvertes ?
- Ouaip, j'ai décidé de transformer la cave en patinoire.
- Mais enfin, on gèle ici ! 
- Meuh non, y'a tout plein de bouteilles de pinard pour se réchauffer. C'est pas pour rien que j'ai choisi la cave. Pas conne, hein ?"

Au final La Casa Del Sortilegio reste pour l'instant (reste à mater le second métrage mis en boite par Lenzi, La Casa Delle Anime Erranti) le meilleur segment des Case Maledette, et ce malgré sa durée inadaptée. Mais un film signé par le réalisateur de Cannibal Ferox ça ne se refuse pas et y jeter ne serait-ce qu'un rapide coup d’œil reste hautement recommandable pour tous les fans du bonhomme, surtout en ces heures sombres où la faucheuse une fois de plus s'est décidée à frapper très fort. Depuis le 19 octobre dernier le grand Umberto n'est plus parmi nous, allongeant un peu plus la trop longue liste des metteurs en scène disparus en cette sinistre année 2017. Parti rejoindre l'immense Tomas Milian avec qui il avait réalisé certains des meilleurs polars de la péninsule italienne, Lenzi a définitivement acquis son statut d'icone représentative de tout un pan de ce cinéma Bis qui nous fait encore rêver aujourd'hui. Bon nombre de ses œuvres restant toujours inédites par chez nous. 
Ciao Maestro et encore merci pour tout ! 


House of Witchcraft est disponible en DVD chez nos voisins britanniques via deux éditions: la première sortie en 2003 chez Vipco et la seconde en 2009 chez Cornerstone Media. On le trouve également en Allemagne chez X-rated sous le titre de Ghosthouse 4 (Le 2 c'est La Maison de l'Ogre de Lamberto Bava et le 3 La Casa Delle Anime Erranti de Lenzi... cherchez pas.). Inédit en France, le film attend toujours qu'une âme charitable se penche sur sa traduction, sachant qu'aucun timecode ne semble être dispo sur la toile. A voir au pire en anglais sur Youtube.




mercredi 11 octobre 2017

RETRO WIZARD DAY 2017



Le 8 octobre dernier se tenait donc dans la douce ville de Liège le second Retro Wizard Day, convention ciné/comics/manga/etc... en passe de sérieusement concurrencer le fameux Bloody Weekend Audincourtois. N'ayant pu assister à la première édition je m'étais sérieusement fait pourrir par l'organisateur du festoche, le pourtant ultra-sympathique Pascal Gillon, lequel s'apprêtait à balancer sur la toile des montages photos de ma personne en train de trinquer avec Macron si je refusais de débouler cette fois-ci en Belgique. Connaissant le lascar il ne valait mieux pas prendre de risques (je plaisante, Pascal est une crème).


Après huit bonnes heures de route me voilà donc en terre liégeoise avec Madame pour une soirée pré-convention qui se tenait dans la salle de spectacle nommée "La Zone". Rapidement je retrouve avec une joie indescriptible tous les copains bisseux : mon frangin et partenaire aquaphile Rigs Mordo (alias ze human machine who never sleeps), Mister Videotopsie David Didelot (toujours aussi furax envers Tarantino pour avoir plagié sans vergogne le travail de Bruno Mattei), le papa ours du fanzinat Didier Lefèvre qui avait ramené pour l'occasion l'énooooorme dernier numéro de Medusa, le Fanzinophile au grand cœur Laurent Faiella et l'un des ténors de l'excellent site Monster Squad, le poto Tom Phénix. Même si cela ne faisait que quelques mois qu'on ne s'était pas revus "en vrai", on avait l'impression de s'être quittés depuis une éternité. Ensemble nous assistons à la projection de quatre courts-métrages tout spécialement sélectionnés pour l'occasion : Le Hibou de Laetitia Arquembourg avec l'actrice Vee Honoré en nouvelle quinquagénaire sur le point de sérieusement péter un câble, La Quatrième Nuit de Vincent et Stéphane Leroux, belle et délicieuse fable onirique sur fond d'enlèvement extra-terrestre, le tonitruant Revolution de Joffrey Schmitt, véritable déclaration d'amour au cinéma d'exploitation des années 80 (voir chronique sur ce même blog) et Cruelle Est La Nuit d'Alan Deprez avec ses trois activistes complètement fêlés qui s'en vont traquer un politicien véreux en pleine partouze échangiste (violence, sexe, gore... que demander de plus ?). Ambiance de feu et véritable déchaînement d'applaudissements viennent ponctuer la séance, le summum de cette folie jubilatoire ayant été certainement atteint après le passage de Revolution qui visiblement faisait l'unanimité. Occasion rêvée de pouvoir enfin discuter face à face avec son réalisateur et lui demander comment il avait pu accoucher tout seul d'une œuvre aussi bandante et aussi bien foutue. Honte à vous si vous ne l'avez toujours pas vue et honte à tous ceux qui la refuse dans leurs soi-disant festivals de courts-métrages ! Le sieur Schmitt est un gars en or et mérite bien mieux que ça ! Honte aussi de boycotter la réalisation d'autres "gars en or" : les frères Leroux. Difficile de trouver plus gentils, vous pouvez me croire. Leur immense talent mériterait vraiment d'être reconnu à sa juste valeur, et si vous les connaissiez vous aussi vous sauriez que mes propos ne tiennent nullement du banal cirage de pompes.
La soirée se poursuit avec la diffusion sur grand écran du cultissime Braindead de Peter Jackson, mais l'appel du ventre ayant pris le dessus nous décidons de nous éclipser pour refaire le monde au resto du coin. Et comme ce genre de discussion se prolonge toujours tard dans la nuit, il faut se faire violence pour lâcher prise et regagner nos chambres d'hôtel. Je tente bien de parcourir à bout de bras le dernier Medusa allongé sur ma couche mais celui-ci m'échappant des mains, m'assomme jusqu'au petit matin. A lire sur un lutrin donc.


Dimanche matin, Centre Culturel de Chenée, ouverture à 10h00 d'un Retro Wizard Day qui s'étale sur deux immenses salles. Des exposants à foison, du DVD, des goodies, des auteurs, des acteurs, des cosplayers et nous-mêmes, tous installés à nos tables respectives afin de présenter le matos que nous avions ramené. Rigs et ma pomme présentons l'ultime micro-tirage de notre fanzine Black Lagoon, même si au final nous avons passé plus de temps à papoter à droite et à gauche, laissant la charge du stand à Tata Jack. Il faut dire que ce genre d'événement est l'occasion ou jamais de rencontrer à la fois nos lecteurs (big thanx à Ruben, Vincent, Lucas, Stéphanie et tous les autres) mais aussi de retrouver d'autres personnes chères à notre cœur : Romuald et Patrice le duo d'enfer d'Uncut Movies, le romancier tatoué Eric Palumbo (Les Ténèbres de l'Aube que je ne cesserai jamais de recommander chaudement), Richard Duquet et son étal démentiel de galettes numériques en tous genres, Lemmy Lemonhead, Luis, Patrick et Christian du Boulevard du Cinéma, etc... etc... Un panard d'enfer !


Il y a surtout ceux que l'on n'espérait pas. Petertaste, pilier incontestable de la blogosphère et maître chevronné en traduction de péloches improbables vient me serrer la pogne ! Si je m'étais attendu à ça ! Autour d'une bonne bière (la prochaine tournée est pour moi mon pote !) nous nous remémorons les films sur lesquels nous avons travaillé, du plus recommandable à la plus sinistre des daubes. Sans parler du temps passé à essayer de décrypter tel ou tel dialogue. Que de souvenirs !


Et pendant que le sieur Mordo partait jouer les tyrans en tant que membre du jury cosplay (T'étais en stormtrooper, t'avais perdu d'avance), je lâche encore une fois mon stand pour aller glaner quelques revues de presse made in Empire auprès de la charmante Hélène Merrick, sympathique "fille de Starfix" et de quoi nourrir mon lecteur DVD/BR chez les dangereux comparses d'Uncut et le sieur Richard. Dangereux pour mon portefeuille j'entends bien.

"Cette fois-ci, Mr. Mordo, si vous n'aimez pas le déguisement de cette jeune fille, évitez de le montrer avec autant d'entrain. 
Ne faites comme avec le candidat précédent, celui qui est assis tout penaud dans le fond.
Les parents apprécient moyennement de retrouver leurs bambins avec un couteau de boucher planté dans le crane."

Quand vient l'heure de quitter tout ce beau monde on en a gros comme dirait Perceval, on remblaye tout son matos dans le coffre de la bagnole en se disant que la journée est passée bien trop vite à notre gout. Comme le Bloody Weekend, le Retro Wizard Day s'est imposé à son tour comme un lieu unique de rendez-vous pour tous les passionnés du genre. Une bouffée d'air frais au milieu du train-train quotidien. Une occasion inespérée de se retrouver entre potes et de laisser de coté pour un temps les Facebooks et autres Messengers qui pallient au fait que nous habitons tous loin les uns des autres. A l'heure où je tape ces lignes, ces mecs-là me manquent déjà énormément. Pour ça et pour tout le reste, merci Pascal ! Tu as bien fait de me faire chanter pour venir à ta convention ! ;)


Alors si vous aussi vous avez l'occasion l'année prochaine d'aller faire un tour à Liège n'hésitez pas à venir au RWD. Non seulement c'est pour la bonne cause (l'ensemble des bénéfices a été reversé à CAP 48, organisation belge permettant de récolter des fonds à destination des personnes handicapées) mais c'est aussi parfait pour vous rebooster jusqu'au prochain événement du même acabit.

See you next year comme qui dirait !

 Quelques liens bien pratiques pour visionner certains des courts-métrages cités ci-dessus : 



Le Hibou

lundi 25 septembre 2017

THE SWEET HOUSE OF HORRORS (1989)



Deux enfants, Marco et Sarah, sont confiés et à leur oncle Carlo et à leur tante Marcia après que leurs parents aient été brutalement tués par un cambrioleur. Mais les deux défunts refusent d’abandonner leur progéniture et reviennent sous la forme de spectres, entraînant l’inquiétude de Carlo et Marcia, fort soucieux devant le comportement singulier des bambins et les manifestations surnaturelles qui sévissent autour d’eux. 

Message de l'Association contre la Maltraitance des Têtes-à claques :
"L'A.M.T se réserve le droit de coller un procès à tout individu qui laissera un commentaire pouvant laisser penser 
que les deux enfants aperçus dans cette oeuvre cinématographique méritent de bonnes baffes."

Seconde baraque maudite pour le père Fulci après la maison des horloges réalisée à la même période pour les Case Maledette, la mini série commandée par la chaîne télé Reteitalia. La Casa Nel Tempo, malgré certains défauts facilement identifiables, constituait une toute petite série B qui se laissait plutôt bien regarder. En est-il de même pour cette Dolce Casa Degli Orrori emballée la même année ? Rien n'est moins sûr. Pourtant le premier quart d'heure promettait un spectacle bien dégueulasse comme seul le metteur en scène de Zombi 2 savait nous en offrir.
Surprenant un voleur cagoulé pas très discret dans leur demeure, Mary et Roberto Valdi se font littéralement mettre en pièce par le malfrat. L'homme est tabassé, se fait exploser la boite crânienne contre un mur et termine le visage lacéré par une espèce de tisonnier. La femme quant à elle reçoit des coups de pilon en pleine poire qui lui font jaillir les globes oculaires des orbites, scène absolument immonde où aucun détail ne nous est épargné.
Sang, chair arrachée, barbaque... la boucherie est totale et le spectateur trépigne de joie en se disant que le maestro Lucio est enfin de retour !
Manque de bol, l'extase ne durera pas plus longtemps, Fulci délaissant le semblant de giallo craspec entamé avec le carnage du début pour se concentrer exclusivement sur les deux enfants du couple assassiné, les très têtes à claque Marco et Sarah interprétés par le blondinet Giuliano Gensini, déjà aperçu en marmot bouffeur de rats dans La Reine des Hommes-Poissons, et la future madame Francesco Totti, Ilary Blasi.

"- Alors comme ça on punit ses enfants pour avoir foutu le feu à la bagnole des voisins ?
L'A.M.T ne peut tolérer ce genre de violences ! Ça va vous rentrer dans le crâne oui ou non ?
- Aïlleuh... m'enfin...."

"- Et toi tu refuses de les laisser regarder Dorcel TV ? Non mais dans quel monde vit-on ?
Tiens, pour la peine tu regarderas plus tes feuilletons à la con que d'un œil !
- Ah la vache, rigole pas à l'A.M.T. Aie ça pique !"

Fulci, les moutards il connait bien et en a dirigé plus d'un tout au long de sa carrière. Il prend généralement un malin plaisir à leur attribuer certaines capacités hors du commun : ils peuvent entrer en contact avec l'au-delà, voir des spectres, ressentir le danger à venir, etc... Des bambins paumés la plupart du temps, incompris des adultes et seuls conscients de la gravité des choses qui surviennent autour d'eux (remember le petit Bob de La Maison près du Cimetière). Marco et Sarah ne dérogent pas à la règle. Recueillis par leur oncle et leur tante qui viennent vivre avec eux dans la demeure qu'ils occupaient avec leurs parents, les enfants entrent très vite en contact avec l'âme de leurs défunts géniteurs. Errant d'abord dans la villa sous la forme de flammèches ricanantes, les parents adoptent ensuite une forme plus humaine histoire de confirmer à leurs gosses qu'ils sont bien revenus pour veiller sur eux et leur doux foyer.

"- Les enfants ! Ça sent le cramé ! C'est vient de votre chambre ?
- Ouais on joue avec des allumettes ! Là on voit qui va tenir le plus longtemps avec la main en feu.
Pourquoi, ça te dérange la vioque ? Fais pas chier ou j'appelle qui tu sais !
- Non, non, pas de souci mes chéris, amusez-vous bien. Et si vous avez besoin d'un peu d'essence dites-le moi."

La violence exacerbée des premiers instants est alors oubliée au profit d'une ambiance sucrée façon Disney, pleine de bonnes intentions et sirupeuse à souhait. Fulci n'ayant nullement l'intention de mettre en boite un énième giallo, l'identité du cambrioleur sadique nous est révélée dés la seconde séquence du film, au moment de l'enterrement du couple. Si certains s'attendaient à ce que le meurtrier soit démasqué lors des dernières minutes comme dans tout bon thriller qui se respecte, eh ben c'est raté ! Le coupable est Guido, l'homme à tout faire de la maison auquel prête ses traits une trogne bien connue des amateurs de bis transalpin, Lino Salemme, un bon pote de Lamberto Bava puisque déjà aperçu dans les deux Démons, Delirium ou Une nuit au Cimetière. Bien entendu ses victimes lui régleront rapidos son compte histoire que le scénario pondu par Fulci ne se fixe plus qu'exclusivement sur les petits orphelins. La mort du tueur sera l'ultime séquence un tant soit peu violente de l'oeuvre, la seconde moitié de cette douce maison des horreurs se déroulant dés lors comme n'importe quel téléfilm diffusé en première partie de soirée sur Gulli. Jouets se déplaçant tous seuls, escaliers taquins qui font chuter un vilain promoteur... témoins de ces étranges phénomènes, les mômes s'amusent comme des petits fous. On se demande d'ailleurs s'ils ont vraiment la lumière à tous les étages ces deux mouflets, suffit de voir leurs réactions lors de la mise en terre de leurs géniteurs. Pleurant à chaude larme tout en faisant des bulles de chewing-gum, ils se moquent de certains adultes et explosent de rire en pleine cérémonie funéraire. On veut bien qu'ils soient fortement marqués par le drame survenu mais la suite n'est pas plus rassurante pour autant : vêtus de masques d'animaux en carton pâte les gnomes entament chez eux un rituel étrange sous les yeux médusés de leurs tuteurs. Et que dire de cette dernière scène où les petits salopiauds se marrent comme des bossus alors que devant eux un homme hurle de douleur quand sa main se liquéfie sous la chaleur d'une pierre aux vertus surnaturelles. Ravagés je vous dis !

"- Non mais c'est bon, arrête de chialer ! Je sais que L'A.M.T y a été un peu fort après que les parents nous aient engueulé 
pour le coup du chat crevé dans leur lit, mais ce qui est fait est fait !
- C'est pas ça ! C'est le curé là ! Y m'fait peur avec sa tronche de vieux pervers. 
Je suis sûr qu'il va essayer de nous tripoter après la cérémonie !
Va t-en vieux vicelard !Tiens je te crache à la gueule moi ! Ptiuuu !!!"

"Mais... mais qu'est-ce que c'est que ça ?! Enfin jeune homme, pourquoi me crachez-vous dessus ?
Un peu de respect quand même, ce sont les obsèques de vos parents.
Aie ! Mais c'est qu'il m'a balancé du chewing-gum dans les yeux le petit saligaud !"

"- Ha, ha, ha ! Excellent ma couille, tu l'as pas raté !
- Attends je vais lui asséner le coup de grâce. 
M'en vais te lui coller tout le chewing-gum sur la caboche grâce à mon méga-glaviot supersonique. 
Rrrrrrrrrraaaaaat-peuh !"

" Bon dieu de bon dieu, trop c'est trop. A cause de ces petits merdeux mon galure est foutu !
Sales dégueulasses ! Rien à battre, je me tire ! Terminez sans moi !"

Cinzia Monreale (Blue Holocaust, L'au-Delà) et Jean-Christophe Bretigniere (le Lucifer des Rats de Manhattan) semblent se demander dans quel merdier ils ont bien pu se fourrer en acceptant de prendre en charge leur neveu et nièce.Témoins involontaires du retour des deux membres assassinés de leur famille, ils ne font que subir les événements étranges qui se déroulent dans leur nouvelle demeure. Histoire d'en finir au plus vite avec tout ce cinéma ils tenteront de soustraire malgré eux Marco et Sarah à l'influence de la bâtisse. Peine perdue puisque papa et maman fantômes sont bien décidés à garder auprès d'eux leur marmaille en empêchant si besoin est toute tentative de quitter la propriété, et ce de quelque façon que ce soit (brouillard à couper au couteau, mur invisible, bagnole en carafe...). Pas découragés pour autant Marcia et Carlo font appel à un exorciste allemand incarné par le vétéran Vernon Dobtcheff. Dés lors le film atteint des sommets de ridicule. Voyant qu'il lui est impossible de virer les spectres de la demeure, le cureton fait venir un tractopelle pour raser la casbah. On ne va pas quand même pas se faire chier pendant des plombes à essayer d'exorciser la maison, autant la foutre en l'air ça ira plus vite. Mais là aussi c'est peine perdue. Possédé par les parents fantômes, le bulldozer pète un câble, sautille de partout en accéléré sur une musique style Benny Hill et refuse d'obéir à celui qui le manœuvre. Les mioches se fendent la poire, tonton et tata ne savent plus quoi faire et nous, nous sommes atterrés par un spectacle aussi trompeur. Eh bien oui, on commence avec quelque chose d'ultra violent et on termine avec un machin cul-cul la praline destiné aux moins de 12 ans. Difficile de trouver donc des excuses à Fulci qui semble visiblement ne pas savoir quoi foutre de son long-métrage. Est-ce un film d'horreur ? Non, puisque les trois derniers quarts ne peuvent être appréciés que par nos chères tètes blondes. Une comédie fantastique pour gamins alors ? Non plus, les dix premières minutes à elles seules pouvant être déconseillées aux moins de 16 ans. Damned, qui pourrait donc apprécier ce truc à sa juste valeur ?

"Qu'est-ce tu fous Carlos ? Fais gaffe avec ton engin ! T'es encore torché ou quoi ?"

"- Ma quésse que cé qué cé bordel ? Hic.... les commandé elles font n'impourte quoi....
- Elles sont à ta gauche les commandes, grosse piche !"

Avec un budget rachitique, Lucio Fulci s'essaie ici au mélange des genres mais se gaufre dans les grandes largeurs, l'écart entre la première séquence et la suite du métrage étant beaucoup trop prononcée. Comme pour la Casa nel Tempo, Vince Tempera et Giuseppe Ferranti font des merveilles dans leurs attributions respectives, à savoir la musique et les effets spéciaux. Tout cela est mélodieux et bien dégueulasse mais ne nous empêche nullement de nous demander ce que l’on est réellement en train de mater pendant les 90 minutes réglementaires.
Ajoutez-y une bonne rasade de mièvrerie bien sirupeuse sur fond d’hymne au pouvoir de l’amour et vous constaterez qu’avec cette Douce Maison des Horreurs, Fulci s’est décidé en cours de route à troquer ses habits de maestro du gore contre les vieilles charentaises d’un banal papy gâteau. 

"- Regarde frangin, un autre vieux pédophile tout rabougri !
- Bouge pas je vais lui cracher à la gueule. Rrrrrrrrrrr...."

"- Vade retro, engeance de Satan ! Gardez vos mollards putrides pour votre géniteur infernal !
- Heu... mon père, quand on a dit que c'était de véritables petites diables ce n'était quand même pas à ce point-là."

Mais malgré tout, et pour éviter de faire comme les critiques habituelles qui ont tendance à dézinguer le pauvre Lucio dés qu'il s'agit d'aborder la fin de sa filmographie, ce film réalisé sept ans avant le décès du réalisateur  mérite d'être vu par tout fan du bonhomme. Déjà parce que le scénario est signé Fulci himself et, mis à part ce coté inquiétant des deux gosses que cherche à imposer le metteur en scène et qui est plutôt bien foutu, on en vient à se demander comment le film a pu vriller de la sorte dans sa deuxième moitié. Ensuite parce que malgré tous les défauts cités plus haut, le métrage n'est à aucun moment ennuyeux. Souvent affligeant tellement il est niais quand il se centralise sur les deux marmots, ça c'est certain. A se pisser dessus de rire dans son dernier quart, y'a pas de doute. Mais ennuyeux, ça ô grand jamais ! Nous sommes quand même à mille lieues de somnifères transalpins comme  l'indéfendable Killing Birds de Claudio Lattanzi (L’Attaque des Morts-Vivants en français) et si Fulci a facilement fait mieux tout au long de sa carrière, tout visionnage du machin est recommandé afin de se faire soi-même sa propre opinion. Après tout, une œuvre aussi versatile dans sa construction ça ne se voit quand même pas tous les jours.

"- Prête frangine ? Le premier qui arrive en bas des escaliers sans faire tomber la bougie et foutre le feu à la moquette à gagné !
- Ouais mais j'y vois rien avec ce masque.
- Normal, sinon ce serait trop fastoche."

"- Mon chéri, il faut se rendre à l'évidence, je crois qu'il va falloir les interner. 
Ils sont complètement à la masse.
- Je sais pas trop. Depuis qu'ils portent ces masques j'ai nettement moins envie de les baffer."

Inédit en France aussi bien en VHS qu'en DVD, Sweet House of Horrors est disponible soit chez nos voisins d'outre-manche via la galette éditée par Cornerstone en 2009 (Piste anglaise sans sous-titres) soit chez Shriek Show aux USA (Pistes anglaise sans sous-titres non plus).

Ou si quelqu'un a une trad sous la main, qu'il n'hésite pas à nous la faire partager.